La poésie aura toujours filé son ru jusqu’aux estuaires de nos yeux. Qui veut suivre la ria profonde ? Qui veut voir ?
Peu, mais qui regardent avec amour, lisent à voix haute, et ont toujours tant plaisir à un nouveau livre.
Ce sont les belles éditions Mesures, faites pour passer entre les gouttes, qui nous donnent à lire le bel Assomption de Françoise Morvan.
Beaucoup connaissent son chemin d’auteure, ses chemins devrait-on dire, de bretonnante à pourfendeuse des mauvaises causes, au risque de l’excès qui valent à vie des ennemis. Peu nous importe. Nous sommes du parti des libertés absolues, des poésies de mains et de battoirs, de musique de battage et de meules de foin ! Du foin qu’on sent, qu’on mâche, qu’on donne au bétail en lui parlant, pas de ces foins inutiles ou autres ramdams vains. Nous sommes tenants des poésies d’andains ou de friches, d’odeurs et d’écorce.
Donc, la belle métrique, ma foi fort classique, de Françoise Morvan est à lire vite ! Ou plutôt à savourer entre Soleil du soir odeur du café/ Glissant sur le bois ciré de l’armoire et L’ogre à bouche aboyeuse agite des brassées de feuilles.
On peut avoir des frissons en lisant les poèmes de Françoise Morvan, ses contes au compte-gouttes nous glacent, ou nous caressent, ou nous étreignent.
Le lierre étreint le soleil sous la pierre, la poète est du côté des pierres, du lierre, que rien n’entrave ni n’empêche ou arrête, du chêne qui vainc la poutre et des maisons, ah la maison enfouie de lointaine et proche Bretagne.
Un seau qui tinte au bord de la margelle/Dans le temps que tout se repose/Donne à sentir l’immensité du monde. Entre Guillevic ici ou Saint-John Perse là, nous allons l’amble, heureux lecteurs-goûteurs, dans les vers en latin ouvrant aux psaumes et parfois, souvent, plus douillets qu’un châle !
Toute la biographie de Françoise Morvan est ici entre signes et intersignes. Elle est vivante, le noir violet de la colline de ronce dit de son village et donc d’elle. Assomption est un livre à poser entre les beaux livres, lyriques et existentiels, bretons et universels, riants et douloureux comme un pain qui vient à manquer, de ménage, quand l’épicier ne corne plus au bout du chemin et que le dernier dépôt est trop loin pour qu’on y aille à pied.
Un peu de nostalgie, c’est de la poésie ! Pas trop, c’est la vie qui vainc : Elle va vers l’orée du dernier bois/Cueillir sans être vue/Des mûres comme autrefois !
Nous sommes tous de cette poésie roncière, griffeuse et sucrée ! Vive les confitures !
Nous sommes tous de ce sacré quand le soleil disparaît du vitrail. Chaque poème est assomption.
Gilles CERVERA
Assomption de Françoise Morvan aux éditions Mesures – 18 euros











