Jamais trop tard pour se promener à La Gacilly. Entre les images aux formats formidables !
Cette année la mauvaise conscience reste comme d’habitude à l’honneur. On ne se passe pas si facilement des redoutables images qui nous montrent complices d’un monde fou et impuissants face à notre impuissance.
L’impuissance est ici majuscule
L’Amazonie brûlée, dévastée, le franchissement du mur trumpien, les mines d’or de Salgado. Toute l’horreur en grands formats. La Gacilly nous fait revoir ce qui ne va pas, ce qui n’ira jamais, notre déroute occidentale, capitalistique et vénale. Les hommes que nous sommes devenus.
Les commentaires des promeneurs sont formidables ! Ah si tous les gars du monde étaient les spectateurs de La Gacilly. Les adeptes de la world-photo, léchée, lyrique et en même temps si douloureuse.
Ce dolorisme entretenu des fêtes pascales en Amérique latine. Nous sommes tous ces gens déguisés en Christ avec les larmes peintes sur les joues. Larmes feintes ?
Interrogeons-nous quand même, ce ne sera ni la première ni la dernière fois, sur ce beau fait avec le vil, sur cette esthétisation du mal. Hannah Arendt à l’aide !
J’aime monter et descendre dans la vallée de l’Aff où courent au fil des photos mes affres.
Salgado donc, mais aussi David Bart et sa Chine folle, ses barrages mégalomaniaques -les trois gorges, et le fleuve rouge de Coline Jourdan, et la montée des eaux des trumpiens qui trouvent ça bien d’écoper bientôt leur lit et de continuer à voter pour lui !
Commentaires atterrés des spectateurs bretons : ils continuent de voter Trump… Ah si la Bretagne était l’Amérique…
Mais non bien-sûr, rien n’est aussi simple ! Tout est fou. Rien n’est foutu. Il restera la terre et la lune, les rituels, et les fêtes pour la pluie ou le vent. La Gacilly nous descend dans les abysses avec Greg Lecoeur, au cœur des mer, entre les dents des rorquals ! Gare ! Ouf, on se soulage dans les prairies, avec le monde ancien des photos d’Emmanuel Honoro-Vasquez, les années 20 qu’elles étaient belles ! Mais non ! Misère intacte des paysans, inégalité parfaite à la sortie de la messe ! Les vaches sont donc – et les abeilles de Nadia Shira Cohen, bien gardées !
Reste que le festival La Gacilly est un rendez-vous magnifique, populaire, gratuit, offert plutôt (Gel hydroalcoolique Yves Rocher à gogo !), masqué mais au grand air ! Une belle rencontre avec des commentaires de gens en bleu de chauffe, plutôt âgés :
- C’est vraiment moche ce garage…
- C’était un beau garage !
Ce sont presque les cimaises qu’on préfère entre les sentiers de pâlis et les rues fleuries ou la vallée des joncs. La Gacilly nous repose du monde en nous montrant un monde pas de tout repos, fou !
Jusqu’à ces formats géants des maisons de La Gacilly avec les péruviennes à chapeau melon, leurs vies semblent aussi belles que leurs costumes ! On peut rêver à La Gacilly !
Avec les formats incroyables de Luisa Dorr.
Place aux femmes ! Mulheres ! Viva mulheres !
Gilles CERVERA











