L’essentiel des oiseaux marins bretons nichent sur des falaises et des îlots où ils font escale et se reproduisent au cours de leurs migrations. Pollution. Pesticides. Urbanisation. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui menacés de disparition. La nécessité de les sauvegarder est un impératif dont la Bretagne est depuis longtemps fort soucieuse.

La pointe du Raz, les Sept-Îles, Belle-Île-en-Mer, les falaises du cap Fréhel, celles du cap Sizun, et bien d’autres moins connues sont autant de lieux de reproduction indispensables à certains oiseaux de mer. La Bretagne est leur ultime étape. Une étape de survie. Sorte de port d’attache où ils viennent nidifier, pondre et nourrir leurs poussins. Les côtes bretonnes sont depuis des siècles la limite méridionale de nombreuses espèces. Voici les plus emblématiques d’entre-elles.

Le fou de Bassan

Le fou de Bassan est le plus grand des oiseaux de mer d’Europe, mais surtout le plus beau et le plus emblématique des côtes bretonnes ; reconnaissable à sa tête jaune, son corps blanc et ses ailes noires. Chassés au XIXe siècle pour ses plumes, il doit (peut-être) son nom à une audace de plongée exceptionnelle : jusque 90km/h dans des vagues de plusieurs mètres ; l’autre hypothèse est phonétique, envisageant l’île écossaise de Bass-Rock (Bass-Rock/Bassan) où plusieurs colonies nichent depuis au moins quinze siècles. La France compte environ 4.000 couples dont une grande partie se retrouve à chaque migration sur la falaise de Rouzic, dans l’archipel des Sept-Îles (22). Les premiers arrivés d’Afrique à la fin de l’hiver, conquièrent ou reprennent les meilleures places occupées l’année précédente. Nourri par ses parents pendant 90 jours, le jeune fou passe en quelques semaines de 70g. à 4 kg. Une fois adulte, il avoisinera la taille d’une oie et survolera l’océan à la recherche des bancs de harengs, maquereaux et cabillauds qui constituent sa nourriture.

Le grand cormoran
Le grand cormoran se reconnait à son plumage noir, son bec jaune et son coup blanc. De même taille que le fou de Bassan, il est en revanche un médiocre voilier malgré une vaste envergure de 1,60m. Le cormoran ne parcourt guère plus de 50km d’affilés. Il pêche en plongeant par intermittence entre deux courses à la nage. Ses pattes sont largement palmées et ses yeux équipés d’un cristallin déformable pour s’adapter à la vision sous l’eau. Il ne peut toutefois y demeurer longtemps car ne possède pas, comme les autres palmipède, de glande uropygiennes permettant d’imperméabiliser son plumage. Perchés au vent,  les cormorans passent ainsi des heures à sécher leurs ailes dans la posture d’un aigle héraldique. On ne dénombre en France qu’une centaine de couples menacés par la pollution et les bruits intempestif des moteurs de bateaux qui détruisent leur « sonar » naturel.

La mouette tridactyle

La mouette tridactyle tient son nom de ses pâtes pourvues de longs trois doigts, contre quatre chez les autres laridés que sont les sternes, les mouettes rieuses, les guifettes, les goélands… La mouette tridactyle passe sa vie en haute mer et ne rejoint les falaises abruptes que pour se reproduire. Son nid exigu ressemble à celui des hirondelles, collé avec de la boue et des excréments durcis sur des aspérités de parois. Elle ne pond pas plus de deux œufs, contre trois pour les autres mouettes. Cloués à leur nid-balcon mais protégés des prédateurs, les poussins ne peuvent en sortir avant de savoir voler. Ils rejoindront ensuite les rassemblements tournoyants de mouettes tridactyles qui annoncent aux pêcheurs la présence de bancs de poissons. En France, on estime la population à quelques centaines de couples nicheurs, contre plusieurs centaines de milliers en Grande-Bretagne. Leur plumage initialement clair devient plus foncé en même temps que leur bec jaunit à l’âge adulte.

Le goéland argenté
Le goéland argenté est plumé blanc sur le cou, gris-clair sur le dos, et son bec comme ses yeux sont jaunes. Il niche aussi bien sur les corniches que dans les maquis et les dunes où la femelle pond trois œufs à chaque printemps. Les poussins savent d’instinct que, pour trouver de la nourriture, il leur faut piquer du bec au milieu de la tache rouge que l’on voit sur la mandibule inférieur des parents. Après cet appel, la mère ou le père régurgite. La Bretagne compte l’essentiel des couples dénombrés en France, toujours rassemblés en colonie. Le goéland consomme aussi bien du poisson que des déchets organiques ou des poussins d’oiseaux de mer, y compris ceux de sa propre espèce. Comme le font les corbeaux pour les noix, il brise les coquillages en les laissant tomber d’une vingtaine de mètres, avec la particularité de ne pas toujours choisir une surface dure, au risque de voir ses proies disparaissent dans l’eau ou s’enfoncer à nouveau dans le sable. Comme les rapaces, il rejette régulièrement par le bec des pelotes composées des parties indigestes.

Le macareux moine
De la taille d’un pigeon ramier, le macareux moine est parfois surnommé « clown de mer ». Pour nicher, il creuse avec le bec et ses pâtes dans la terre meuble au sommet des falaises. Son terrier pénètre jusqu’à deux mètres de profondeur. La ponte faite à même le sol a lieu courant mai, et la couvaison dure 40 à 43 jours. Jusqu’à l’âge de six semaines, le petit est nourri de poissons entiers qui pendent de chaque côté du bec des adultes ; ensuite, il est soumis à un jeûne total durant une huitaine de jours, lorsque père et mère l’abandonnent pour retourner en mer afin de muer. Ils perdront leurs grandes plumes et ne pourront plus voler pendant quelques temps. Poussé par la faim, leur descendance quitte seul le terrier à la nuit tombante, puis se jette du haut de la falaise en agitant ses deux ébauches d’ailes. L’effectif français d’environ 10.000 individus est pour l’essentiel établi dans la réserve des Sept-Îles. La protection de cette colonie fut instaurée au début des années 1990, après un massacre en grand nombre par des chasseurs soucieux de vendre leur butin aux plumassiers parisiens. La Ligue Française pour la Protection des Oiseaux a fait de cette espèce son emblème.

Le guillemot de Troïl
Chaque famille d’oiseaux de mer niche à un endroit spécifique des falaises. Les macareux s’installent toujours sur le plat des hauteurs, alors que les cormorans affectionnent d’être au ras des écumes. Le guillemot de Troïl (famille des pingouins) s’installe, lui, volontiers à mi-hauteur. Ce pêcheur-plongeur-nageur émérite est toutefois un piètre voilier. Il pond à la fin du printemps un œuf unique en forme de poire, dont le galbe ovoïde l’empêche de rouler en bas de la corniche. Dès qu’il atteint deux semaines, le jeune n’est plus gavé au bec ; ses parents le nourrissent alors sur l’eau jusqu’à l’achèvement de sa croissance : la taille d’un gros canard qu’il atteindra vers la fin de l’été. Très longtemps menacé par la pollution pétrolière, on ne trouve plus en France qu’une petite centaine de couples confinés aux côtes nord de la Bretagne, contre plusieurs centaines de milliers le long des côtes insulaires britanniques.  Après quelques migrations vers le sud, prenant goût à un climat moins rude, les adultes deviennent quasi sédentaires.

Le pingouin torda
Comme son parent le guillemot de Troïl, le pingouin torda ne peut guère marcher sur ses pattes très en arrière du tronc. Les adultes restent d’ordinaire au bord de leur habitat surplombant la mer d’où ils se laissent tomber pour aller pêcher sous l’eau. Courtes et arrondies, leurs ailes ne leur permettent que des efforts vifs et brefs. Trop lourd en l’air pour sa surface de voilure, le torda utilise ses ailes comme nageoires, faisant de son handicap un avantage essentiel sous l’eau, où il pénètre jusqu’à des profondeurs inaccessibles aux mouettes et autres oiseaux plongeurs. L’œuf unique du couple est pondu entre la mi-mai et la mi-juin au fond d’une anfractuosité naturelle. Il est piriforme comme celui du guillemot. Le petit est également nourri de poissons, mollusques et crustacés. Alors qu’elle passe huit mois sur douze dans l’eau, cette espèce est une des plus menacée par la pollution.

Le pétrel tempête
L’ornithologie n’a toujours pas élucidé comment les oiseaux migrateurs se dirigent nuitamment par temps nuageux, sans aucun repère astronomique ni vision possible des rivages. Certains spécialistes émettent l’hypothèse d’une boussole cérébrale formée de cellules magnétisées. Rien n’est moins sûr. Guère plus gros qu’une hirondelle et parent de l’albatros, le pétrel tempête est un grand voyageur. Il migre l’hiver en direction des eaux sud-africaines. Son œuf unique pèse jusqu’à 30 % du poids de l’adulte. Il est couvé pendant 40 jours et la croissance du petit demande 53 jours de nourrissage en plancton. Les pétrels ingurgitent des mollusques, du poisson, des crustacés et des charognes trouvées en mer. Ils nichent sur les rebords rocheux et la mère nourrit à même le bec l’unique petit de sa couvée annuelle.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2020 –  J.E.-V. & Bretagne Actuelle

Parmi les sources : GEO Magazine n°38 – Avril 1982 – Georges Dif //Dictionnaire des oiseaux, de Jean-Paul Gisserot //Guide des oiseaux, du Reader’s Digest (première édition)//Les plus beaux oiseaux de nos régions – Éditions Atlas //Le grand catalogue des oiseaux de mer – Éditions Milan // Guide des oiseaux des bords de mer – Éditions Belin //Identifier les oiseaux par la couleur, de Marc Duquet & François Desbordes //Petit Larousse des oiseaux de France et d’Europe – Éditions Larousse // La vie des animaux, Larousse 4 volumes – Éditons Larousse // Wikipédia

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