Leader du groupe de Manchester, The Charlatans (souvenez-vous du tube baggy The Only One I Love, 13 albums et toujours en activité), chanteur en solo (5 albums dont le tout récent I Love The New Sky), écrivain (3 livres), mais aussi figure respectée de la musique Outre-Manche (il a collaboré avec Chemical Brothers et Saint Etienne), Tim Burgess s’est fait remarquer pendant le confinement. D’abord avec son compte Twitter, et son site web The Listening Party, qui permet de réécouter des grands (ou moins grands) albums du passé agrémenté de commentaires en direct de leurs auteurs. Ensuite, avec un 5ème album solo, I Love The New Sky (sorti chez Bella Union, PIAS), qui marrie pop, rock et folk et donne l’envie de siffloter, le nez au vent. Explications avec l’intéressé…
Est-ce qu’il y a une vraie différence pour vous entre vos albums solos et ceux avec votre groupe The Charlatans ?
Tim Burgess : Dans ma tête, c’est différent. Mais votre question est intéressante parce qu’en fait, je ne suis pas sûr qu’il y ait tant que cela des différences. Là, par exemple, vous entendez au téléphone les oiseaux qui chantent autour de moi dans mon jardin, si j’en ai envie, je les intègre dans mes chansons sans trop me poser de questions. Si c’était pour The Charlatans, il y aurait peut-être débat. En solo, il y a une question d’esthétique différente. J’avais envie de quelque chose de très optimiste, radieux même. C’est ce que Daniel (O’Sullivan, de Grumbling Fur) m’a aidé à apporter en jouant de toutes sortes d’instruments (basse, batterie, piano). On se disait : « Castagnettes ? » Et on mettait des castagnettes. Les musiciens avec qui j’ai travaillé m’ont beaucoup encouragé à tenter des choses, à expérimenter.
L’un des titres de l’album est baptisé en français, Comme d’Habitude. Saviez-vous que c’était le titre original de la chanson My Way qui a fait le tour du monde ?
Tim Burgess : Je l’ai appris plus tard, après avoir enregistré le morceau. Il n’y a pas de connexion. C’est vraiment dans le sens de l’expression « Comme d’habitude… » Le fait qu’elle soit en français, c’est aussi moyen de créer une image quand je chante. J’aime bien cette idée que l’on ne comprenne pas du premier coup à quoi je fais référence mais que les sonorités emportent l’imagination.
Pensez-vous que I Love The New Sky aurait été très différent, moins enjoué, moins ensoleillé, s’il avait été enregistré avant la pandémie et le confinement ?
Tim Burgess : Il est comme il est. Je l’ai fait comme il est m’est venu. Je ne sais pas trop quoi vous répondre. Sauf, qu’il n’était pas question de retarder sa sortie (il a été publié le 21 mai).
Plus de trente ans ont passé depuis ce que l’on a appelé la fièvre Madchester, une sorte de mouvement musical où l’on mettait pêle-mêle Oasis, The Happy Mondays, The Charlatans, et une flopée d’autres groupes. Avez-vous l’impression d’être un survivant ?
Tim Burgess : Un survivant ? Bien sûr. C’était tellement ridicule en même temps cette période. Mais bon, je suis là. Toujours là.
Pendant la pandémie, vous avez fait le buzz en Grande-Bretagne en lançant sur votre compte Twitter des séances d’écoute d’anciens albums (Lowlife de New Order, Penthouse and Pavement de Heaven 17, Leftism de Letfield…) marquants que commentaient parfois, souvent leurs auteurs. Comment vous en est venu l’idée ?
Tim Burgess : Cela a commencé comme un jeu sous le nom de The Listening Party. C’est ce que j’avais trouvé de mieux à faire pendant le confinement pour apporter quelque chose aux gens. Très vite, Alex Kapranos de Franz Ferdinand qui était fan du premier album des Charlatans a accepté de participer, puis Dave Rowntree (le batteur de Blur) nous a rejoint. L’idée a fait tâche d’huile. Mais il n’y a pas que des gens que je connais qui participent. Je crois que le site web a touché ainsi plus de 8 millions de personnes. C’est assez incroyable. C’est comme si l’on avait réinventé un très vieux concept qui est celui d’écouter un album tout seul dans son coin, mais cette fois avec plein de nouveaux amis qui ont des choses intéressantes à raconter.
En Grande-Bretagne, vous êtes l’ambassadeur du Record Store Day. Quel est dans vos souvenirs, le tout premier album que vous ayez acheté ?
Tim Burgess : Le 2ème album des Buzzcocks (de Manchester, plus précisément Bolton en banlieue), Love Bites (avec le tube Ever Fallen In Love). Mais je ne l’ai pas acheté. C’est ma grand-mère qui me l’avait offert pour Noël. Et honnêtement, c’était un sacré cadeau car ce n’était pas du tout le genre de musique qu’elle écoutait. Non… Pas du tout. Mais c’est ça l’Amour avec un grand A. Elle voulait me faire plaisir.
Savez-vous ce que vous avez en commun avec John Lennon et David Lynch ?
Tim Burgess : Ils boivent ou buvaient du café ?
Non… La méditation transcendantale…
Tim Burgess : Ah oui ! C’est vrai. J’ai commencé voilà douze ans de cela. J’étais dans une fête à Londres où j’étais bien alcoolisé et défoncé à je-ne-sais-trop quoi, et il y avait dix personnes qui se battaient autour de mon ordinateur pour passez des morceaux. Et il y avait cette fille, si tranquille, assise dans un coin. On a commencé à discuter et elle m’a parlé de ça : la méditation transcendantale. J’étais curieux, intéressé et j’ai fini par suivre une formation à la David Lynch Foundation. Au début, quand tu commences, tu as la sensation d’être vide. Et puis, cela passe. Tu médites. C’est l’une des choses les plus géniales que j’ai décidé de faire mais je n’ai pas grand-chose à raconter dessus. Sauf, que j’en fais, deux fois par jour. Je n’essaie pas d’appliquer cela à la musique que je fais, mais je suis devenu constant dans ma pratique. Et cela me va très bien.
Vous êtes originaire de Manchester (il est né dans la grande banlieue, à Salford), et on estime que 35 % de la population locale a des racines irlandaises. Est-ce que cela a eu un impact sur votre musique ou celle des Charlatans ?
Tim Burgess : J’écoute assez souvent de la musique irlandaise ou dite celtique, en particulier quand je vivais à Los Angeles. Cela fait partie de mon ADN mais je ne peux pas vous dire comment cela infuse dans ma propre musique. Je sais juste qu’un titre comme le single Empathy For The Devil qui figure sur I Love The New Sky doit beaucoup autant à The Cure qu’aux Waterboys dans mon esprit, mais aussi aux Beach Boys. Je suppose que j’agglomère tout ça et que j’en tire mon propre style.
Avec la France, les Charlatans n’ont jamais eu une grande histoire d’amour. Vous y êtes connus mais pas vraiment reconnus, au contraire d’Oasis, New Order ou des Chemical Brothers. Vous avez une explication ?
Tim Burgess : Je pense qu’à nos débuts, notre maison de disques a vraiment voulu que l’on se focalise sur le public britannique si bien qu’on a négligé nos fans français et étrangers. Après, c’est difficile de raccrocher les wagons. Et puis le monde de la musique a beaucoup changé, en particulier depuis le début des années 2000. Je pense que si The Charlatans sont encore là, il y a moins de curiosité de la part du jeune public sur ce que l’on fait. Mais promis, dès que la pandémie s’éloigne vraiment, je fais tout mon possible pour venir chanter à Paris et dans le reste de la France.
Interview Frédérick RAPILLY, mai-juin 2020
I Love The New Sky (Bella Union, PIAS)











