Fumer un joint dans les rues, parcs et lieux publics de l’agglomération rennaise coûtera bientôt 200€. À compter du 3 juin 2020, la capitale bretonne va expérimenter durant deux mois, une contravention forfaitaire pour usage de cannabis.
Fumer un joint dans l’espace public rennais va désormais pouvoir coûter 200€. On se souviendra que cette contravention votée par l’Assemblée Nationale le 23 novembre 2018 (28 voix contre 14) entend répondre à l’augmentation constante du nombre de consommateurs de cannabis sur le territoire français – environ 5 millions réguliers dont 700.000 usagers quotidiens, selon les chiffres officiels. Le ministre de la Justice, madame Nicole Belloubet, avait défendu une mesure qui «résulte d’un travail important» de la mission d’information parlementaire sur le cannabis menée notamment par Éric Pouillat (LREM), assurant que l’amende forfaitaire «marche bien pour d’autres types de contraventions», sans préciser lesquels.
Cette contravention pourra (au bon vouloir du verbalisateur) être minorée ou majorée en fonction du délai d’acquittement. Ainsi, sont prévus une réduction de 50€ en cas de paiement dans les quinze jours, et un supplément 250€ en cas de retard. Selon Philippe Astruc, procureur de la République de Rennes, « Le délit sera relevé de manière beaucoup plus simple par les services de police et de gendarmerie », puisque les forces de l’ordre n’auront qu’à dresser un procès-verbal électronique aux contrevenants. Ce nouveau dispositif a pour objectif de « s’attaquer à la demande » (sic) alors que la lutte antidrogue s’est jusqu’à présent essentiellement consacrée à l’offre, explique Philippe Astruc, qui souhaite « responsabiliser » (sic) les usagers. « Ce sont les clients qui font prospérer ces commerces à caractère mafieux et cela a un impact sur la qualité de vie dans certains quartiers », ajoute-t-il, espérant que cette amende ait « un effet dissuasif ».
La loi punit déjà l’usage de stupéfiants d’un an d’emprisonnement et de 3.750 Euros, mais, dans les faits, ces peines ne sont jamais prononcées ; d’où cette nouvelle contravention forfaitaire pour usage de cannabis – et cocaïne ! – sur la voie publique dont le test doit démarrer à Rennes le 3 juin. L’expérimentation aurait dû commencer fin 2019/début 2020, elle a été reportée en raison de la pandémie Covid-19, mais n’est hélas ! qu’une énième répression dont on sait pertinemment qu’elle ne changera rien : les consommateurs fumeront toujours autant, mais pas sur la voie publique, et le bon peuple rassuré de ne plus les voir n’aura qu’à se satisfaire de leur disparition avant de s’en souvenir aux prochaines élections.
Un bilan sera dressé à la fin du mois d’août afin d’envisager une possible généralisation du dispositif sur l’ensemble du territoire français dès fin 2020. Chacun est à coup sûr curieux de voir comment le police appliquera ensuite cette nouvelle loi dans les quartier difficiles autrement qu’à Rennes. Il est vrai qu’une dépénalisation eût été moins enrichissante pour les caisses de l’état. Raison pour laquelle Bretagne Actuelle s’était déjà interrogé il y a quelques mois sur la possibilité d’une légalisation régionale du cannabis.
Jérôme ENEZ-VRIAD











