L’industrie du tourisme et du voyage est l’une des plus impactées par la crise du Covid-19. Les principales séquelles se jugeront à moyen et long terme. D’ici-là, nos comportements vont devoir changer. Voyager ne se fera désormais plus comme avant.

L’industrie du tourisme souffre depuis plusieurs années. Les Printemps libérateurs du monde arabes ont déstabilisé de nombreux pays fort appréciés des touristes. Vint ensuite une vague d’attentats meurtriers qui, à leur tour, ont modifié les destinations de plaisir et entaché la confiance des voyageurs. S’y ajoutent moult catastrophes naturelles, l’incertitude politique de régions dangereuses, et maintenant une infection virale qualifiée par l’OMS de « pandémie mondiale ». Après tant d’incertitudes et celles qui arrivent, le marché du tourisme va devoir se réinventer. Nouvelles destinations… Billets d’avion plus chers… Croisières moins populaires… D’ordinaire les tarifs baissent pour attirer la clientèle, mais cette fois la profession n’a aucune marge financière. Seuls les plus inventifs survivront.

Le prix des billets d’avion devrait s’envoler

Seniors et hommes d’affaire représentent la plus grosse clientèle aérienne. Les premiers ont le temps et l’argent, ils se déplacent surtout en charters et alimentent le tourisme de masse. Les seconds s’offrent des voyages en Classe Affaire aux frais de leur employeurs. Il est toutefois à parier que les seniors vont désormais craindre de voyager trop loin et dans certains endroits : mieux vaut le soleil andalou à proximité d’un hôpital efficient, qu’une plage dominicaine éloignée de tout confort sanitaire. Quant aux businessmans, la réorganisation des process imposée par la crise a fait prendre conscience aux entreprises que leurs ruineux déplacements ne sont plus indispensables. Adieu billets d’avion onéreux et notes de frais dispendieuses. Vive la visioconférence !

La réduction des deux principaux clients du secteur aérien devrait justifier l’utilisation de plus petits appareils et moins de rotations, c’est à dire un modèle de rentabilité différent ; et, qui dit moins de clients annonce toujours des tarifs plus élevés. Les voyageurs aériens seront les premiers perdants du tourisme post-Covid-19, d’autant que certaines compagnies ne survivront pas à cette crise,  là où les autres tenteront de renflouer leur chiffre d’affaire sans avoir les reins suffisamment solides pour maintenir des prix autant attractifs qu’ils le furent par le passé. Les vols risquent en outre (tout au moins dans un premier temps) de se limiter aux destinations les plus rentables. A cela s’ajouteront de nouveaux frais, tels les masques et autres mesures anticontamination du personnel de bord, la désinfection des cabines après chaque rotation, etc.

Vers une reconfiguration du marché aérien

Nous pouvons supposer qu’après des mois d’enfermement les gens auront envie d’évasion, sans toutefois rêver de voyages au long cours, privilégiant un tourisme régional et national en raison de la réouverture graduelle des frontières. De fait, la relance du tourisme de proximité semble inévitable : sa région plutôt que les autres, l’intérieur du pays plutôt que l’extérieur. Le réflexe de l’avion devrait se perdre quelque temps,  et les voyages au soleil des tropiques deviendront plus rares, au bénéfice de la redécouverte culturelle du patrimoine local. Certaines compagnies prennent les devants. Lufthansa est la première à reconfigurer ses offres, elle vient de communiquer au sujet de la fermeture de sa filiale Germanwings intégrée dans l’entité low-cost Eurowings. Ce choix annonce une réduction des vols à bas coût afin de se concentrer sur les plus rentables face à la baisse inévitable du volume de passagers.

Des croisières moins populaires

Après les hôtels All Inclusive du bout du monde où l’on s’installe pour une semaine sans jamais en sortir, la caricature du tourisme de masse s’illustre par ces croisières lunaires dont l’objet du voyage ne sont plus les pays accostés mais le bateau lui-même, véritable ville flottante mondialisée où l’on mange, boit et danse au rythme d’une Internationale de la classe unique. Seulement voilà ! Les images de croisiéristes contraints à l’isolement plusieurs semaines dans leur cabine ont été destructrices pour le secteur. Personne ne souhaite se retrouver otage d’un virus dans une chambrette sans hublot au milieu de l’océan. Les amateurs vont dorénavant y réfléchir à deux fois. L’industrie des croisières souffrira plus longtemps que les autres, précisément parce qu’elle devenue une industrie massive du « n’importe-quoi ». Parions que les nouveaux bateaux ne tenteront plus de repousser sans cesse la limite grotesque du gigantisme.

Le tourisme possède une résilience exceptionnelle face aux autres secteurs économiques

Logique de surconsommation… Carburants polluants… Constructions abusives d’hôtels qui bétonnent côtes et plages… Dégradations visuelles et sonores… Gaspillage de nourriture… Surpopulation saisonnière… Mal-être animal… Depuis quarante ans, le tourisme de masse est l’acteur économique le plus destructeur au monde, une véritable menace écologique qui, à ce jour, inclus seulement 10% de la population chinoise : celle qui a les moyens de voyager ; imagine-t-on les 90% restant à l’assaut de la planète ? Personne n’y résisterait. L’industrie du tourisme doit se transformer afin de ne plus mettre en danger les endroits qui la font vivre. Les plages Bretonnes n’ont jamais été aussi belles que sans les cacous de camping… En deux mois de confinement, les dauphins disparus depuis des décennies refont surface dans la lagune vénitienne… Oui ! Nous devons impérativement redécouvrir le goût du voyage et de la découverte. Ce sera au prix d’une exigence personnelle, mais aussi de nouvelles normes plus contraignantes qui préserveront notre patrimoine. Moins de tourisme pour un meilleur tourisme. Moins de déplacements et davantage de voyages.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
Crédit photo 2 : Port de Saint-Goustan (56) – Emmanuel Berthier 

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