Allongé dans ma bannette, comme sur un voilier à l'arrêt dans la pétole... au milieu de l'océan... j'écoute le moindre bruit dans la mâture... un matelot qui arpente le pont. En fait ! ma voisine qui marche au dessus, sur le plancher qui grince... J'apprécie maintenant ce bruit familier, qui me rappelle la vie avec les autres.

Attentif à tous les sons du quotidien dans mon univers, comme celui de nous tous, réduit à 4 murs. (Bien sûr j’en connais qui ont plus de chance : en famille dans une petite communauté laborieuse, avec un grand jardin pour s’ébattre et la mer à deux pas…) Avant je n’y prêtais guère attention. Mais là, un voisin descend sa poubelle, un autre arrive dans la cour avec son aspirateur pour le passer dans sa boutique. Et les oiseaux dehors, qui pourtant annoncent le printemps avec ses premiers beaux jours et la vie qui reprend.

Je me surprends, comme tout un chacun, à avoir l’idée de sortir, et soudain, revenant à cette situation surréaliste, je reprends conscience que je suis confiné : « C-O-N-F-I-N-É », et sans doute pour de longs jours encore, et des semaines peut-être.

Pourquoi pas, boire un petit verre de rouge

Alors j’ai envie de boulotter. De manger un gâteau en plein milieu d’après midi, et pourquoi pas, boire un petit verre de rouge… autant se faire plaisir. Et de manger avant l’heure. Ça, et le manque d’exercice… je vais me retrouver à la sortie comme Elvis Presley à la fin de sa vie, sans le souvenir d’avoir été beau. Je serais, peut-être comme quelques uns d’entre vous, avec quelques kilos en trop, un peu bouffi, comme après une nuit d’un mauvais sommeil, avec la gueule de bois, et on ne me reconnaîtra pas !… N’oublions pas de nous envoyer des photos avant notre sortie, pour ne pas être effrayés, et pour nous reconnaître !!!

Et déjà commence-t-on à avoir une petite idée de ce qu’est la prison. Quand on observe les pignons qu’on aperçoit, et les cheminées. La lumière orangée du soir qui tombe et nous rappelle ces soirées joyeuses au bord de la mer, à la campagne. Ces tablées dehors auprès d’un barbecue, et les éclats de voix, une légère ivresse après avoir déjà trop bu de rosé. Les vacances, et pas cette triste vacance si morne. A peine quelques jours et déjà le spleen commence à devenir poisseux… On va s’habituer… Reste qu’on a toujours la lucarne télévisuelle pour voir un peu le monde, et combien de situations bien pires… On va s’habituer… à ne rien faire, à engraisser petit à petit, à prendre une portion de kilo chaque jour… On s’énerve, on a envie de zapper, d’appeler n’importe qui, d’aller voir si on a un mail ou fouiner sur les réseaux sociaux, voir ce qui s’y passe et rigoler un peu à regarder toutes les inventions incongrues d’internautes imaginatifs… Se sentir seul et pourtant ne pas être seul puisque des tas d’autres, potentiellement contaminables, sont aussi là à attendre, dans le confinement de leur carré, qu’un grand vent se lève pour balayer les miasmes du Corona, et nous faire regagner la plaisance des ports et du rivage.

Michel OGIER

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Ar Mag