Les Français aiment tirer à boulet rouge sur leurs élus lorsque ces derniers restreignent leurs libertés. Chacun y va de son attaque en fonction de ses propres certitudes et obédiences. Mais quand ce sont les élus eux-mêmes qui donnent le bâton pour se faire battre… Diable ! A qui la faute ?

Chacun vote en imaginant que la personne inscrite sur le bulletin choisi aura l’envergure nécessaire. En ce qui regarde les compétences requises pour être Président de la République française,  il est indispensable de savoir juger et décider aux meilleurs des intérêts du pays. S’y ajoute l’indéniable nécessité-vertu d’avoir le sens de l’État, ou comment ne laisser aucun doute sur la justesse des décisions qui seront prises. Hélas ! Emmanuel Macron prouve une fois de plus que ses choix reviennent à bidouiller un filtre à café en le remplaçant par un égouttoir à légumes.

Emmanuel Macron est figé dans son rêve d’unité européenne

Le champs politique d’un Président est avant tout celui de son pays. Surtout et principalement en période de crise. Que dis-je ? De guerre. Car « Nous sommes en guerre » affirme sous forme d’anaphore, une fois, deux fois, sept fois, le Président de la République. Très bien ! Alors que fait-on en période de guerre ? Première chose. Fermeture des frontières. Mais rien n’en sera. Emmanuel Macron est immobilisé, presque hémiplégié, par son grand rêve d’unité européenne qui n’est en fait que celui d’un petit monde, le sien, en train de s’écrouler sous les yeux affolés de la planète Europe, Maastricht et Schengen en tête.

Une obstination d’enfant (trop) gâté

L’obstination de monsieur Macron à ne pas vouloir fermer les frontières françaises illustre l’incapacité mortifère (pour le coup l’adjectif est de circonstance) qui est la sienne à sortir de son paradigme mondialiste multiculturel. Comme si la crise du Covid-19 en était une des plus banales… Comme s’il s’agissait d’une gestion politique similaire à d’autres… Comme si nous vivions un effondrement monétaire enseigné dans nos manuels scolaires… Oui ! Comme si toute cette périlleuse aventure n’avait rien d’exceptionnelle, alors que nous sommes dans une dimension de catastrophe inédite au point d’être définie telle une « guerre ». Certains l’ont d’ailleurs parfaitement compris. L’Italie, l’Espagne et L’Allemagne ont fermé leur frontière avec la France qui, elle, à l’heure où ces lignes sont écrites (18H54 le 17 mars 2020) ne les interdit toujours à personne. On entre dans le pays avec la même facilité qu’un hors-bord glisse sur une mer d’huile. Espagnols, Andorrans, Monégasques, Italiens, Suisses, Allemands, Luxembourgeois, Belges, peuvent toujours pénétrer en France pour les voies terrestres. Et tous les étrangers qui sont dans ces pays aussi.

Le pragmatisme n’est hélas ! plus d’école. Il nous enseigne pourtant que « L’homme n’est pas destiné à faire partie d’un troupeau comme un animal domestique, mais d’une ruche comme les abeilles » – Emmanuel Kant. Seulement voilà ! Notre Manu jupitérien préfère relire Camus, sacrifiant l’allégorie de la ruche à l’aveuglement de l’Élysée soumis aux doctrines bruxelloises. La mondialisation de monsieur Macron oblige à tous coucher dans le même lit au mépris des règles de salubrité et d’hygiène élémentaires. Soyons entre Européens (quoi qu’il en coûte !) pour peu de ne surtout pas remettre en question Maastricht et Schengen. L’Europe nous protège et sieur Macron a sollicité Bruxelles (alors que, d’un point de vue constitutionnel, rien ne l’y obligeait) pour s’en remettre au choix des frontières à fermer. Ce seront celles de Schengen. Le virus est là. Chez les autres. Il se multipliera. Chez nous. Pas grave ! Entre Européens c’est moins dangereux qu’avec le reste du monde.

Emmanuel Macron et son gouvernement donnent  une véritable leçon d’indépendantisme aux régionalistes

Entre la droite radicale sollicitant une fermeture systématique des frontières, et les bobo-macrono-écolos qui souhaitent des forêts sur les toits des immeubles mais retournent très vite en province dans leur voiture nucléaire lorsque les ville-monde deviennent contagieuses : écolos mais pas vraiment responsables ; oui, entre ces deux extrêmes d’un ridicule ampoulé, existe le pragmatisme.  Hélas, trois fois hélas ! Ce que ne semble pas savoir monsieur Macron au sujet du pragmatisme d’un Président de la République française, est qu’il relève avant tout de la réalpolitique, notion ou les choix doivent se faire sans influence idéologique. Ce n’est ni une histoire de chèvres, ni une histoire de choux, seulement de courage. Bretons et Corses en usent face à Paris depuis… Oh là ! Trop longtemps. Par son aveuglement doctrinaire, Emmanuel Macron donne aux régionalistes une véritable leçon d’indépendantisme : celle des élèves qui voient en leur professeur l’exemple à ne surtout pas reproduire.

Emmanuel Macron est le chef de guerre d’une armée en dérout

La mondialisation est un concept formidable lorsqu’elle fonctionne. Ce peut être celle de Marco Polo en Chine ou des Carthaginois avec le reste du planisphère. Mais ! En temps de crise, rien ne vaut la sauvegarde de l’État-nation pour protéger le peuple. On redécouvre alors tout un concept sécuritaire trop vite oublié, presque enterré au nom de « l ’ouverture à l’autre », de la « beauté de l’étranger », la « richesse du partage » ; Bref ! Tant belles choses qui ne fonctionnent pas en période « de guerre ». Dans ce cas, on se tourne vers nos gouvernements de proximité. Régionaux. Nationaux. A condition qu’il y ait un chef à la manœuvre.

Monsieur Macron soigne le mal de la globalisation par le mal d’une Europe à l’agonie. Trois mois après le début de la pandémie en Chine,  rien d’efficace n’a été prévu en amont par les responsables gouvernementaux pour protéger la population française. Cette absence de lucidité de la part d’un gouvernement disposant de tous les moyens qui lui eussent permis de poser un jugement lucide sur une gravissime situation mondiale, se traduit par le constat cinglant de nos frontières toujours ouvertes. L’histoire témoigne que certains sont passés en cour martiale pour moins que ça.

Jérôme EENEZ-VRIAD
© 17 mars 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle

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