Alors que le 10 janvier 2020, cela fera quatre ans qu’il est parti, David Bowie semble plus que jamais manquer à ses fans. Une double actualité se penche sur son héritage. Un livre, signé Jérôme Soligny Rain Man 1963-1980 (Gallimard), propagateur de la bonne parole depuis plusieurs décennies, également un travail de réédition de son ex label via le coffret Conversation Piece (Parlophone).
Pour son livre d’entretiens (plusieurs centaines à travers ses années de journalisme à Rock & Folk) façon A Life de Dylan Jones, Jérôme Soligny a eu la chance d’inviter Tony Visconti à Paris pour présenter son travail. Ce dernier a d’ailleurs écrit la préface du livre.
Lors de la conférence de presse, c’est bien évidemment lui qui sera le plus volontiers interrogé. Rappelons qu’il a produit les disques de l’artiste au début (David Bowie, Space Oddity et The Man Who Sold The World) ainsi qu’à la fin (The Next Day et Blackstar) entre autres.
Tony Visconti : « Mon travail de producteur est de donner une direction et de tirer le meilleur de l’artiste dont je vais m’occuper. Je dois donc les connaître, pour comprendre ce qu’ils veulent faire et ce qu’ils peuvent faire… Notre collaboration commence parce que personne d’autre ne veut travailler avec lui à la fin des sixties il est trop différent. Tant mieux c’est ce qui m’a attiré chez lui. J’aimais ça, cette nouvelle proposition. Nous apprendrons beaucoup ensemble, encore plus car nous n’avons quasiment pas de budget. Et il faut donc se débrouiller avec les moyens du bord. »
« Avec lui, c’est un vrai papa gâteau… »
Les disques de David Bowie s’enchaînent et à chaque fois il semble sinon en avance, pour le moins complétement d’avant-garde, n’hésitant jamais à user d’une grande théâtralité dans ses mises en scène et sa musique. Assisté, protégé et conforté par Tony Visconti. Mais un jour, le mot de trop entraîne la brouille. Tony Visconti répond à des journalistes, « Oui David entretient une relation avec son fils Duncan, c’est même l’un de ses jardins secrets. Avec lui, c’est un vrai papa gâteau… » Ce dernier jugera cette déclaration inopportune, Tony n’aura aucune nouvelle pendant quatorze ans. Puis, un jour il y aura de nouveau un coup de fil et les deux hommes retravailleront ensemble. « David était très malade. Je lui ai demandé pourquoi il me voulait pour ses disques que je devinais être ses derniers, il aurait pu avoir tant d’autres producteur. Pour toute réponse, il me souriait d’une façon qui disait : Tu sais très bien pourquoi… C’était plus que de l’amitié, nous nous connaissions depuis si longtemps ! »
Quelque 568 pages pour le livre de Jérôme Soligny, et autant d’informations précises qu’inédites, vérifiées plusieurs fois avant publication, l’auteur est réputé pour sa méticulosité.
12 chansons inédites
Côté disque, si plusieurs rééditions ont vu le jour depuis la disparition le coffret Conversation Piece est tout simplement exceptionnel avec 5 CD, 12 chansons inédites et un livret de 120 pages de toute beauté.
David Jones n’est pas encore David Bowie, s’il en a déjà le patronyme il n’en a pas encore l’apparence. Ses cheveux sont bouclés et son look a beaucoup à voir avec le dandysme des sixties déclinantes. Quant à sa musique, elle est encore très expérimentale à l’image de ce premier tube « Space Oddity » qui rêve d’ailleurs. Au nombre des prises proposées (presque une dizaine) on se doute que le cheminement a été sinueux et long pour aboutir à ce petit bijou. Bien évidemment, ce coffret contentera surtout les fans avides de tout posséder mais également ceux qui s’intéressent à l’approche artistique de l’un des plus grands génies de la musique du 20ème siècle. Les compostions sont la plupart du temps écrites à la 12 cordes, et la guitare de Mick Ronson n’est pas encore là. Oui ce coffret ne détaille que les années ‘ 68 et ’69, une période pivot, mais assurément du très bel ouvrage.
Christian EUDELINE











