Un faussaire de génie, un écologiste frondeur, un amoureux de la mer et un nostalgique des monarchies… Cette fin d’année éditoriale offre une place de choix aux auteurs bretons. Certains sont méconnus nonobstant l’intérêt de leur livre. Les autres, véritables stars de la plume, justifient toutes les curiosités par l’audace et l’énergie dont ils font preuve.
Confessions d’un faussaire, de Éric Piedoie Le Tiec
Éditions Max Milo – 267 pages – 19,90€
Comme son nom l’indique, Eric Piedoie Le Tiec est Breton. Né à Saint-Malo, 63 ans aujourd’hui, il raconte son itinéraire à travers moult confessions pittoresques, celles d’un artiste brillant, punk et pirate de l’art. Plus exactement faussaire. Pas copiste. Eric Piedoie ne copie aucune œuvre mais en réinvente par milliers dans l’esprit de l’artiste. Toutes ont inondé le marché de l’art pendant plusieurs années. Échelle du trafic ? Mondiale. Chiffre d’affaire ? Par millions d’euros. En refermant son livre, il est impossible d’envisager l’univers de l’art avec la candeur et la grâce d’un peintre débutant. Les faux seraient partout. Dans les collections privées. Les musées. Les salles de ventes. Ils sont la convergence du blanchiment d’argent relatif aux pires trafics. C’est un professionnel de la contrefaçon qui l’affirme. Après Dufy, Chagall, Miro, Arman et quelques autres créateurs non moins célèbres, Eric Piedoie Le Tiec s’intéresse un jour, presque par hasard, au sculpteur César dont il signera davantage d’œuvres que César lui-même. Nice, Copenhague, New York, Anvers, Shanghai, autant d’endroits où les faux circulent et s’échangent à des prix vertigineux. L’histoire se lit comme un thriller. Soyons fiers de ces pinceaux et de cette plume puisqu’ils sont bretons.
Ils croient que la nature est bonne, par Jean de Kervasdoué
Éditions Robert Laffont – 180 pages – 21€
La famille Kervasdoué est l’une des plus célèbres des Côtes d’Armor. Économiste de la santé et scientifique en écologie, Jean de Kervasdoué souhaite faire entendre raison aux fascistes du nouvel ordre vert. Ainsi affirme-t-il d’emblée qu’« Il n’y a pas d’autres domaines que l’écologie où les préoccupations les plus justifiées voisinent avec les plus évidentes bêtises… » L’auteur aborde l’écologie à travers ses souvenirs d’enfance : « A Lannion, petite ville de Bretagne nord, le scout que j’étais dans les années 50 marchait à peine un quart d’heure pour se trouver dans les champs, les bois ou le long de la rivière (…) Depuis, les terrains de jeu de mon adolescence se sont urbanisés. (…) Il n’y a plus en Bretagne que très peu d’espaces ruraux. » Où l’on apprend avec effroi que les endroits à dominante rurale couvrent désormais moins de 20% du territoire régional. Jean de Kervasdoué tord le cou aux inepties trop vertes pour être réalistes. Il propose d’inventer un nouveau lien avec la nature en apprivoisant la pléthore alimentaire – réduction du gaspillage, en redonnant une juste place aux agriculteurs, en repensant les notions de ville et de campagne qui, dans un nouvel entendement, pourraient constituer les bases d’un véritable projet écologue pour l’avenir, projet plus riche que les nombreuses luttes-bobos pour un monde en décroissance, sans électricité nucléaire, sans gaz de schiste, sans pesticide et sans OGM. Contre la bien-pensante écologie électorale, Jean de Kervasdoué propose un nouvel équilibre vert (pâle) avec l’intelligence de ceux qui savent encore réfléchir. Un essai fort et captivant.
Dictionnaire amoureux illustré de la mer, par Yann Queffélec
Éditions Plon/Grüng – 228 pages – 29.95€
Ce nouveau Dictionnaire amoureux est la version illustrée et abrégée de l’original paru en 2018. Le succès fut tel que les éditeurs ont décidé d’y adjoindre une iconographie supervisée par l’auteur qui, pour l’occasion, a réécrit chaque entrée de son dictionnaire comme un enchainement d’histoires à n’en raconter qu’une seule. Notons quelques merveilles. A la lettre T de « Tabarly », le lecteur découvre une double page du navigateur entouré de Brigitte Bardot et Alain Delon ; photo prise en 1968 au large de Saint-Raphaël, initialement publiée dans le Paris-Match du 7 septembre de la même année. Autre rareté : la salle de restaurant du Titanic exceptionnellement colorisée sur des photographies quasi confidentielles. Ce nouveau Dictionnaire amoureux de la mer est consécutif à celui de la Bretagne, de Venise, de Paris, de la France, de l’Opéra… Tous ont leur version illustrée au sein d’une collection qui ne dément pas son immense succès. Davantage qu’un cadeau, ce livre est une hotte à lui seul.
Dictionnaire amoureux des Monarchies, de Jean des Cars
Édition Plon/Perrin – 446 pages – 25€
On pourra s’étonner d’un ouvrage de Jean des Cars dans cette « Chronique bretonne de livres à offrir » ; ce serait à tort car, d’une part Jean des Cars et son père (le célèbre) Guy ont toujours été d’indéfectibles amoureux de la Bretagne ; en outre, son Dictionnaire amoureux des Monarchies est sans conteste l’un des meilleurs livres de cette fin d’année. On y apprend ce que l’école n’enseigne plus depuis des lustres. Que le monde actuel compte 45 monarchies (royaume du Commonwealth inclus), dont un Empire : le Japon, et 12 Maisons européennes régnantes. Un demi-milliard de personnes sont sujets d’une Couronne, soit 8% de la population mondiale. La visite proposée par Jean des Cars est surprenante parce que très subjective. Ainsi explique-t-il pourquoi la Renault Dauphine fut la « reine » des voitures de son époque. Comment Cecil Beaton, photographe de la cour d’Angleterre, a révolutionné le portrait argentique. Mais aussi les raisons de la fève dans la galette des rois. Comment l’Orient-Express fut le décor de trois épisodes historiques impliquant royaumes et souverains. L’ultime entrée de la lettre Z raconte enfin les états d’âmes de Stefan Zweig voyant dans la chute de l’Empire austro-hongrois le début de ses adieux (d’auteur puis d’homme) au monde. Un Dictionnaire amoureux vibrant, intelligeant et passionnant.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2019 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle











