Une photographe et un poète à l’unisson pour nous parler de nos rivières bretonnes. La photographe s’appelle Aïcha Dupoy de Guitard. Elle vit en presqu’île de Crozon. Le poète est Gilles Baudry. Il est moine bénédictin de l’abbaye de Landévennec. L’album qu’ils proposent aujourd’hui a été conçu à l’occasion des 50 ans de l’association Eaux et Rivières de Bretagne qui considère leur travail artistique comme une « contribution bien nécessaire à la préservation des droits de la rivière ».
Aïcha Dupoy de Guitard et Gilles Baudry avaient déjà collaboré dans un ouvrage consacré à l’arbre (Matin des arbres, 2017). Les voici à nouveau de connivence dans un livre qui « met en valeur, dans l’écrin le plus sobre et le plus simple, ce que nous avons de plus précieux. Cela qui nous concerne de la manière la plus urgente : la source secrète de nos vies », note Jean Lavoué dans la préface.
Nous voici, en effet, remontant à la source grâce à de somptueuses photographies ayant pour cadre les boucles de l’Aulne (du côté de Trégarvan ou de Landévennec), la vallée de l’Ellé, les gorges du Corong, les chaos du Huelgoat, les étangs ou marais des Monts d’Arrée. Paysages de légende d’une Bretagne intérieure d’où surgit, de ci de là, la figure d’une nouvelle Dame du lac à la robe immaculée et à la chevelure flamboyante. « En contrebas scintille/la rivière d’argent/où flotte/en rêve/l’ombre blanche des fées », note le poète. Le Huelgoat – car c’est de ce lieu dont il s’agit – n’est-il pas, en effet, l’autre (ou la vraie) Brocéliande du cycle arthurien ?
Comme aux premiers temps de la Création
N’utilisant aucun trucage, aucun filtre, aucun adjuvant, la photographe nous introduit dans un monde exubérant où dominent cascades bondissantes, feuilles mortes flottant sur l’eau et mousses chapeautant les rochers. Monde élémentaire (presque primitif) où les maigres signes de vie animale ou végétale nous ramènent comme aux premiers temps de la Création (« Il y eut un soir, il y eut un matin… »). Voici le têtard, l’araignée d’eau, la libellule. Voici la plume qui signe la présence de l’oiseau. Voici la crosse de fougère, le panache de la linaigrette, la renoncule d’eau, le jonc, l’orchidée. Voici les bulles sur l’eau, l’eau irisée, les ronds dans l’eau. « Frisson de l’onde// les libellules/ne sont rien d’autre que/ce battement de cils//de la rosée », écrit Gilles Baudry en posant son regard « sur le miroir immobile des eaux/et sa mémoire baptismale ».
Car, oui, l’eau nous ramène immanquablement à la cette Vie donnée en abondance. Vigueur de la chute d’eau, transparence de son cours, éclat de sa lumière… La cascade impétueuse comme le ruisseau nonchalant dans la prairie disent tout de nos « eaux intérieures » car « syllabe par syllabe l’eau/épelle mot à mot/l’alphabet de nos pas ».
En associant la photo et le poème, c’est une « ode à l’inaperçu » que célèbre ce beau livre. Et le moine-poète est là pour nous rappeler que « la prière n’est jamais loin/de la lumière/qui marche sur les eaux ».
Pierre TANGUY
Eaux intérieures, Aïcha Dupoy de Guitard – Gilles Baudry, préface de Jean Lavoué, 144 pages, 29 euros (Livre disponible dans quelques librairies ou à commander en consultant le site https://aicha.photos. 7 euros de port).











