Qu’en est-il des régions, et de la Bretagne en particulier, au sein d’un monde globalisé ? Notre existence civilisationnelle et notre survie culturelle sont-elles définitivement solubles dans une zone de libre-échanges où marchandises, capitaux, services et informations passent les frontières plus vite que l’homme ?

La mondialisation s’illustre par l’érosion des frontières alors que l’esprit d’une région traduit l’inverse. Ainsi, de l’Ecosse à la Catalogne, en passant par la Corse, la Lombardie, le Pays basque, la Bretagne, la Flandre, le Tibet et bien d’autres, moult tentations autonomistes et indépendantistes se déploient dans plusieurs régions du monde. Les peuples commencent à comprendre qu’ils se définissent avant tout comme des personnes ayant en commun un certain nombre d’habitudes, de mœurs, de traditions et d’usages régionaux avant d’être nationaux et mondiaux. A vouloir trop ouvrir les frontières, elles se resserrent d’elles-mêmes.
Puissance économique et faiblesse politique
La richesse nationale bénéficiait auparavant à l’ensemble du pays. Depuis l’ouverture des marchés à l’échelle mondiale, la géographie économique de chaque État se regroupe désormais autour de sources productives nouvellement crées : les fameuses métropoles. En France, ces dernières profitent en premier lieu au pouvoir central et à l’Europe avant de bénéficier aux régions. Prenons l’exemple de la Bretagne. Pauvre au début du XXème siècle, la péninsule armoricaine affiche aujourd’hui une situation économique proche de la moyenne française. Le mécanisme de solidarité étatique a fonctionné. Pour autant, il est aujourd’hui remis en cause par la crise des finances publiques qui absorbe presque 60% de la richesse du pays, avec le sentiment que les décisions prisent à Paris bénéficient moins aux provinces qu’autrefois.
L’état n’est pas tant menacé par le régionalisme que par la globalisation
L’État reste cependant moins menacé par le régionalisme que par la globalisation puisque l’échelle régionale constitue un rempart face aux risques d’accélération d’une finance mondialisée. Mieux, le régionalisme est un rempart contre l’extrémisme comme le prouve la quasi absence du rassemblement National en Corse De même, le marchepied régional apparait plus sage dans un contexte d’ultra-libéralisme où les capacités de l’État et sa bienveillance n’ont jamais été tant sujettes à caution. Vouloir sortir du malaise national par le territoire régional est en fait beaucoup plus simple, efficace et d’actualité que de l’envisager à l’échelon européen ou mondial dont nous connaissons les limites. L’État doit se recentrer sur ses fonctions régaliennes et donner les moyens d’une nouvelle puissance publique aux régions. Si non, elles le feront naturellement au bénéfice d’une autonomie, voire d’une indépendance.
La mondialisation ne signifie en rien qu’il faille abolir la géographie
Les nations européennes telles qu’elles existent ne sont plus en mesure de déterminer le destin collectif de leur peuple. Pas davantage qu’elles sont capables de dire « non » face à un capitalisme sauvage. Cela ouvrira bientôt sur un cycle de révoltes. Gilets Jaunes et populismes en sont les tristes prémices. A contre sens, le régionalisme est une soupape de sécurité face à l’emballement du capital. Plus il y aura de petits pays, par là-même de décideurs, plus importantes seront les chances (ou les dangers) qu’apparaissent des obstacles aux grands accords multilatéraux. Nous entrons dans une crise de souveraineté face à laquelle l’échelon politique le plus proche du quotidien, le plus proche de l’humain et de son environnement, l’échelon régional, semble avoir les solutions que les États n’ont plus. L’exemple du maire de Langouët luttant contre les pesticides est à ce titre précurseur La mondialisation ne signifie en rien qu’il faille abolir la géographie. Juste qu’elle retrouve une taille humaine et bienveillante.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Septembre 2019 – J. E.-V. & Bretagne Actuelle











