La Submersion qui vient..., c’est le livre de la fin. Vagamundo, la maison d’édition de Pont-Aven édite ces jours-ci un livre fort et précis, un roman du genre météorologique qu’elle présente au Goncourt 2019.

Sylvie Camet, son auteure, nous plonge littéralement dans un bouillon bouillonnant de crue et de cru. Le lecteur coule mais ne se noie pas. L’eau monte, c’est tout.
Le climat se dérègle, c’est tout. Mais c’est concret. Fleuve encoléré, quais qui flottent et fin des caves.
L’inondation est concrète, l’habitat débordé, la ville engloutie et l’héroïne voit ça venir, prenant le risque de s’installer en rez-de-chaussée, aucune assurance ne suivra son choix. Ce sera plus tard, bien plus tard pillage, détresse et morts s’ensuivent. À Paris ! C’est à Paris que ça se passe, boulevard Morland, aussi à Maubert, Jussieu ou Saint Germain, plus que l’antenne de la Tour Eiffel à dépasser, à la toute fin. Balise de détresse et stress au maxi.
Plus on avance en lecture, plus le niveau monte, submerge, éponges ou serpillères n’y pourront mais, les dégâts des eaux imprègnent chaque mot, la prose exsude, la poésie urbaine suinte, on s’essuie le front avant que tout le reste, même en botte, menace la submersion.
La scène de la Seine qui monte et que rien n’arrête n’a de corolaire que la solidarité dont la cène d’eau entre voisins. Buvez et buvez en tous, le royaume des cieux est rempli de bons moments, aussi de larmes. Ne rajoutons pas de liquide aux liquides, des boues orange, des corps flottants, Sylvie Camet nous donne à vivre un roman d’aventures au sens le plus solide du terme, ça nous pend au nez : le sujet est existentialiste. Pas qu’une aventure !
Truffaut avait mis en scène Fahrenheit 451 le livre de Ray Bradbury, on y pense dans cette nouvelle dystopie certes loin de la haine majeure du livre à brûler par le totalitarisme. Et si le réchauffement inéluctable répondait d’un autre totalitarisme, implicite et d’autant plus violent. Sylvie Camet nous annonce la fin de tout, le courant manque, les ascenseurs se fixent, les ordis ne donnent plus de nouvelles via Internet, les sauveteurs sont nageurs et les sauvés hébétés.
Les livres s’humidifient mais seront remis en vitrine ! Ouf !
Car on n’a pas dit que l’héroïne crée une maison d’édition dans son rez-de-chaussée, Les Nautes, nom de prédestination ! Rajoutant du pléonasme au pléonasme, de la redondance à la répétition, les manuscrits que l’éditrice reçoit en nombre confirment la noyade, la brasse coulée et les croisières qui se terminent mal ou les pêches mortelles ! Style précis, changement de caractères et vivacité, le roman tient en haleine même si cette dernière atteint des taux d’humidité extrême !
On pourrait croire l’auteure collapsologue, elle est seulement annonciatrice de ce qu’on sent et sait déjà. Reste l’épilogue, on n’en dira rien sauf que l’insurrection n’est pas encore venue et que la submersion nous pend au nez !
Gilles CERVERA
La Submersion qui vient… de Sylvie Camet aux éditions vagamundo, 136 pages, 23€












