Photographe invité d’honneur du festival Photos en Poésie de Landivisiau, il expose aussi ses photos de Chine au musée des beaux-arts de Brest. Elles sont extraites de son livre « Voyage au pays du Réel », et s’inscrivent dans le sillage du poète Victor Segalen, dont on célèbre le centenaire de la mort au Huelgoat.

Jeune photographe, il va voir son aîné Hervé Gloaguen, qui l’encourage et lui lance « continue Coco ! ». L’apprenti se sent des ailes et s’inscrit au cours de Guy Le Querrec, au Festival d’Arles qui va donner ses lettres de noblesse au mundillo de la photo, et fête ses 50 ans cette année. Mais au contact de la star de l’agence Magnum, il revient découragé par ce premier contact. Son plongeon dans le grand bain n’a pas été le moment révélateur qu’il espérait. Malgré tout, il s’accroche.

Un voyage en Amérique plus tard, puis à la faveur de l’arrivée au pouvoir de la gauche, il décroche une bourse pour un reportage sur les mineurs au Pays de Galles. La condition ouvrière est alors tendance, et les commandes publiques affluent. Le virus du voyage est cependant le plus fort, et les reportages le conduisent toujours plus loin, sûr d’avoir enfin trouvé son langage dans la photo argentique.

Diplômé de Sciences Po

Prix Niepce en 1984, et boursier de la Villa Médicis l’année suivante, Thierry Girard est devenu une figure reconnue et singulière du monde de la photo. Né à Nantes en 1951, et diplômé de Sciences Po, son parcours témoigne d’une vision exigeante à rebours du photojournalisme d’agence. Inspiré par Walker Evans et Robert Frank, il se considère comme un « héritier de la photographie documentaire américaine ». Son exploration des paysages passe par la « marche photographique », une démarche autant qu’une méthode, qui souligne le côté poétique de son travail.

Ses voyages dans le nord de la France, sur la côte belge, le long du Danube, puis au Japon sur la route du Tōkaidō, le conduiront aussi en Chine trois fois entre 2003, 2005, et 2006. Est-ce en écho aux trois voyages du poète et sinologue, en 1909, 1913, et 1917 ? Sans doute pas tout à fait, car son approche consiste moins à mettre ses pas dans ceux de Victor Segalen, qu’à tracer une parallèle sur la terre jaune où son vagabondage visuel laisse libre cours à l’imaginaire.

Voyage au pays du Réel

Il en a tiré un livre, “Voyage au pays du Réel” (Marval, 2007). « Pour moi, ce voyage au pays du Réel a commencé dès le premier jour, écrit-il, et ce parcours photographique est le résultat d’une confrontation intellectuelle et physique avec la Chine ordinaire, la traversée des paysages et des villes, et la rencontre jour après jour avec l’humanité chinoise, ce petit peuple des villes et des campagnes saisi au seuil d’on ne sait quel destin, dans un moment décisif de l’Histoire de ce pays ».

Superbe mise en images de cette « tension dialectique entre déplacement géographique et voyage intérieur », selon son expression, et qu’il poursuit depuis toujours des remparts de Brouage, en Charente, aux rivages de Pondichéry, en Inde. Ses derniers livres, “Paysage Temps” (Loco 2019) témoignent de l’évolution des paysages ruraux des Vosges du nord, en questionnant l’évolution des territoires, comme “Le Monde d’après” (éditions Light Motiv, 2019), sur le devenir des bassins miniers après la fermeture des puits.

« Un sentiment atlantique », « Jaillissement et dissolution », ou « Le Pressentiment de la mer », ces quelques titres parmi ses nombreuses expositions illustrent sa largesse de vues et d’horizons. Celle-ci ne se limite pas à l’image, et Thierry Girard sait s’entourer de mots qui escortent et accompagnent ses photos. Que cela soit le texte habité de Christian Doumet dans “Voyage au pays du Réel”, prolongeant la Grande diagonale de Victor Segalen, ou le dialogue entamé avec Yannick Le Marec “Dans l’épaisseur du paysage” (Loco, 2017), ce photographe se confronte avec d’autres regards, d’autres auteurs, et s’affirme tel un artiste à part entière.

Thierry DUSSARD

Festival Photos en Poésie de Landivisiau, et Musée des beaux-arts de Brest, jusqu’au 22 septembre. Catalogue en vente 5 €, chez Dialogues à Brest, Leclerc à Landivisiau, et à L’Ecole des filles au Huelgoat.

A voir l’émission de Pauline Fercot sur Tébéo consacrée à Victor Segalen.

Autre émission, celle de France Culture “La Compagnie des Auteurs” qui  sera consacrée à Victor Segalen du 17 au 20 juin de 15h à 16h. 

Lundi 17 juin : Deviens ce que tu es
Avec : Marie Dollé,  professeure de littérature française du XXème siècle à l’université de Picardie Jules Verne, auteure notamment de Victor Segalen : le voyageur incertain (Aden, 2014)
Et la chronique de Philippe Roger, directeur de la revue Critique

Mardi 18 juin : L’œuvre et les signes
Avec : Christian Doumet, écrivain et professeur de littérature française à l’université Paris-Sorbonne, auteur notamment de Victor Segalen : l’origine et la distance (Champ Vallon), co-auteur de la préface, notes et dossier au livre de Victor Segalen Les Immémoriaux (Livre de poche) ; responsable de l’édition de Stèles (Livre de Poche)
Et la chronique d’Etienne de Montety, écrivain et directeur du Figaro littéraire

Mercredi 19 juin : Toucher la Chine
1ère partie : Jean-François Louette, professeur de littérature française à l’université Paris-Sorbonne, auteur de l’article « L’invention du Fils du Ciel » dans le Cahier de l’Herne consacré à Victor Segalen
2nde partie : Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l’université de Paris-Sorbonne, auteur de l’article « René Leys et le double jeu » dans le Cahier de l’Herne
Et la chronique de Maialen Berasategui, critique littéraire

Jeudi 20 juin : L’Arcadie de Segalen
Avec : Colette Camelin, professeure émérite de littérature française à  l’Université de Poitiers, présidente de l’Association Victor Segalen, co-directrice des actes du colloque de Cerisy-la-Salle: Victor Segalen, « attentif à ce qui n’a pas été dit » (Hermann, 2019) et responsable de l’édition des Cahiers Victor Segalen Exotisme et altérité : Segalen et la Polynésie (Honoré Champion, 2015) et desŒuvres critiques – Premiers écrits sur l’art (Gauguin, Moreau, sculpture) (Honoré Champion, 2011)
Et la chronique de Nathalie Froloff,professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand à Paris. 

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