Avec ses aphorismes « un peu décalés », comme il le dit lui-même, Erwan Bargain nous propose, dans son nouveau livre, un bestiaire très particulier s’appuyant sur toutes ces formules et sentences dont « nos amis les bêtes » sont les héros bien involontaires.

« Prendre le taureau par les cornes », « Courir deux lièvres à la fois », « être nu comme un ver »… Erwan Bargain, amoureux des mots, s’appuie sur ces formes de dictons populaires pour proposer aux enfants (et, plus largement, à tous les grands enfants) de courts poèmes qui prennent précisément ces dictons à… rebrousse-poil.

    Morceaux choisis :
« Quand il fait un temps de chien/Les chats ne sortent pas ».
« Personne n’a de raison/De se jeter dans la gueule du loup/Mis à part son dentiste »
« Comment passer du coq à l’âne/Si on joue à saute-mouton

Mais une simple lecture amusée de ces poèmes animaliers serait réductrice. Erwan Bargain dit, entre les lignes, notre époque avec la plume acérée d’un moraliste quand il en fustige les vices et les turpitudes. Exemple ? « La politique de l’autruche/Conduit souvent/Au fond du trou ». Ou en encore ceci : « Les requins de la finance/Nagent toujours en eaux troubles/Ce qui n’empêche pas leurs dents/De rayer le parquet ».

Plus généralement c’est le genre humain – dans ses frasques et ses hypocrisies – qu’il passe au scalpel. « Noyer le poisson/Quand il y a anguille sous roche/N’empêche pas/D’avaler des couleuvres ». Ou encore : « Je connais des gens/Qui montent souvent/Sur leurs grands chevaux/Et qui ont du mal/A en redescendre ».

Tout bien considéré, ce livre de « poésie pour la jeunesse » aurait aussi largement sa place sur les rayons d’une bibliothèque de « poésie pour les adultes ». Et on ne s’en plaindra pas.

Pierre TANGUY
Nos têtes de linottes, poèmes d’Erwan Bargain, illustrations d’Eric Le Briz, éditions Corps Puce, collection Le Poèmier, Poésie Jeunesse (n°29), 54 pages, 12 euros.

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