Sur 10 milliards d’euros annuels alloués au ministère de la Culture, seuls 326 millions sont « sanctuarisés » pour l’entretien du patrimoine. A titre de comparaison, l’enveloppe du Paris Saint-Germain est de 500 millions ! N’est-il pas scandaleux que la sixième puissance mondiale n’accorde à l’entretien de ses monuments que les deux-tiers du budget d’un club de foot privé ?

Le débat autour de l’argent offert pour Notre Dame laisse croire qu’elle ne vaudrait pas un milliard. Alors combien ? Sa destruction est une tragédie culturelle et, même reconstruite « à l’identique », le cathédrale des cathédrales ne sera désormais plus ce qu’elle fut. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir dangereusement survécu aux turbulences du Moyen Âge, à la Terreur de la Révolution et à deux guerres mondiales (dont l’occupation nazie – rappelons que Hitler avait ordonné au général von Choltitz de détruire Paris et ses monuments en 1944), Notre Dame a effectivement survécu au pire pendant huit siècles, mais pas à ce que la France est en train de devenir.

N’en déplaise aux moralistes laïques, les lieux de culte français sont des monuments nationaux depuis 1905 – disposition ne s’appliquant pas à l’Alsace-Moselle, toujours sous le régime du Concordat, non plus à la Guyane, pas davantage à Saint-Pierre-et-Miquelon, ni aux quelques rares églises mahoraises (Mayotte) où 95% de la population est musulmane. En outre, Notre-Dame appartient à la mémoire collective par l’intermédiaire d’œuvres universelles signées Hugo, Balzac, Nerval…, nous les avons tous lus ; mais aussi Utrillo, Matisse, Buffet…, nous les avons tous vus. De fait, elle relève d’une culture laïque nonobstant un symbole catholique trop souvent oublié dans les prises de parole gouvernementales.

Les hypothèses vont bon train pour peu qu’elles soient accidentelles

Comme paralysés de mettre en doute la théorie officielle d’un incendie hasardeux, les principaux journalistes français ont relayé aveuglément les propos de nos différents responsables. Quiconque nie désormais l’explication du gouvernement est aussitôt soupçonné de complotisme. Un court-circuit ? Une cigarette oubliée ? Un problème informatique ? Les hypothèses vont bon train pour peu qu’elles soient accidentelles. Les braises n’étaient d’ailleurs pas encore éteintes que médias et autorités se sont empressés d’exclure toute éventualité criminelle. Pour autant, les pompiers eux-mêmes n’expliquent pas une telle rapidité de propagation du feu. Quant aux déclarations de l’architecte en chef des monuments historiques, Rémi Fromont, elles laissent songeur : « L’incendie ne pouvait pas naitre de l’un des éléments présents à l’endroit où il a démarré. Une charge calorifique est nécessaire pour déclencher un tel désastre. Le chêne est un bois particulièrement résistant. »

Il est en effet impossible de démarrer la combustion d’une poutre en chêne grosse comme un arbre (certaines dépassaient dix mètres de long) sans atteindre une température minimale et constante de 800 degrés. Cela implique d’avoir une importante quantité de matière rapidement combustible autour, ce qui n’existait pas sur la voûte de la cathédrale. L’essence de chêne a précisément été choisie par ses concepteurs pour être l’une des moins inflammables. D’autant qu’aucun travail sur la charpente ni la flèche n’avait commencé au moment où l’incendie s’est déclaré. En outre, comme chaque soir, les ouvriers ont bel et bien coupé l’électricité, le disjoncteur du chantier, fermé la porte à double tour et remis les clefs à la sacristie, l’ensemble a dûment été noté (horaires et signatures) dans les cahiers ad hoc.

Labsence de doute est la marque du totalitarisme

L’absence de doute est malsaine et terriblement dangereuse dans une démocratie. Elle est la marque du totalitarisme et de l’embrigadement. Pour mémoire des dernières agressions contre la culture catholique – car le catholicisme est une culture autant qu’une religion, ainsi peut-on être athée de culture catholique, protestante ou juive –, pour mémoire, donc, évoquons l’épidémie d’incendies qui enflamme à la chaine les sacristie françaises depuis environ un an.

Juin 2018, ce sont l’église de Saint-Paul de Bas Caraquet et Notre-Dame des Grâces à Revel qui auront affaire aux pompiers. Sainte-Thérèse de Rennes s’est quant-à-elle en partie consumée un mois plus tard. Puis l’église de Villeneuve d’Amont en août de la même année, il n’en reste rien, et celle de Saint-Jean-du-Bruel en octobre. 2019 commence le martyre de ses paroisses par le Sacré-Cœur d’Angoulême le 13 janvier, suivit de Saint-Jacques de Grenoble le 17. L’hôtel de la cathédrale Saint-Alain de Lavaur sera profané par le feu en février 2019 dans une indifférence politique assourdissante. Poursuivons avec la basilique Saint-Denis où sont enterrés les rois de France (sauf trois), vandalisée le 5 mars. Plusieurs vitraux seront brisés et les orgues en partie détruites. Terminons enfin avec Saint-Sulpice, plus grande église de Paris, lorsque le 17 mars un incendie criminel a causé d’importants dégâts. La liste n’est bien entendu pas exhaustive puisque l’incendie de Notre-Dame a eu lieu moins de trois ans après qu’un « commando » composé de femmes djihadistes ait tenté de la détruire en faisant exploser des bombonnes de gaz. Sans oublier les agressions de prêtres et autres saccages dans les cimetières chrétiens, ni les quelques 800 lieux de cultes catholiques vandalisés sur le territoire français en 2018, et dont seule se fait écho la presse régionale. L’enquête penche d’ailleurs souvent « vers une origine accidentelle » ou un « vandalisme social ». Allez ! Pas de quoi affoler la justice.

Notons ceci avant d’en finir avec le totalitarisme du « non-dit ». En novembre dernier, deux sympathiques jeunes hommes sont entrés dans Notre Dame. Il s’agissait d’une performance   bon-enfant. Les zigotos ont grimpé à mains nues jusque sur le toit de l’édifice, et ont tourné une vidéo pour la diffuser sur YouTube. Aucune télévision n’en a parlé à l’époque. Aucune n’en parle davantage aujourd’hui. Voici le lien du forfait. Preuve accablante que Notre Dame n’était pas protégée ni gardée comme on voudrait nous le faire croire.

La culture de l’esthétique cruciforme disparaît avec les calvaires

L’incendie de Notre Dame est l’arbre qui cache l’immense forêt pour la sauvegarde du patrimoine clérical de nos régions. Chaque année, des églises sont démolies avec l’accord des Bâtiments de France. En Bretagne, leur destruction laisse place à des parkings, des centres commerciaux et autres multiplexes. Citons l’église Saint-Marc de Rennes, quartier Villejean, jetée bas par les bulldozers en 2017 avec la totalité du centre paroissial Poullart-des-Places. Ou encore la chapelle Notre-Dame-de-Gwel-Mor à Crozon – Finistère, en cours de démolition depuis janvier 2019. Également la chapelle Saint-Paul, une parmi d’autres qui ont été détruites à Brest, c’était en 2018 après que sa cloche de 200 kilos ait été volée !

Ce ne sont pas seulement des églises qui sont ainsi détruites par lâcheté des descendants de ceux qui les ont édifiées, mais aussi les calvaires attenants, souvent rongés par la végétation et les lichens, faute d’un entretien responsable et régulier. Nombre de ces calvaires à l’abandon se trouve aussi le long des routes, marquant la passion de ceux morts à cet endroit : qui, lors d’un accident, qui d’autre fusillé par l’occupant… Parmi les plus anciens de France, le calvaire de la chapelle Notre-Dame-de-Tronoën – Finistère sud, a la chance d’être classé monument historique. C’est hélas ! l’un des rares.

Une culture laïque de la croix

Il existe cependant une culture laïque au sujet de la symbolique des croix, mais nous la laissons s’évanouir avec la disparition des calvaires. Personne ne sait plus aujourd’hui différencier une croix de Saint André d’une croix de Kells. Celle de Malte de celle de Jérusalem. A quoi ressemble une croix pattée ? Une croix celtique ? Latine ? Toutes sont pourtant érigées sur nos calvaires, eux-mêmes référencés dans les cadastres napoléoniens, c’est dire si ces ensembles cléricaux font partie intégrante du patrimoine. Le calvaire de Notre Dame de Paris suffira-t-il à soulever une réflexion salutaire pour la sauvegarde des édifices confessionnels régionaux ? Là est l’enjeu véritable des dons offerts. Un milliard pour une polémique à deux balles !

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2019 – Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad
Principaux Crédits :  AFP / Ouest-France / LCI / Libération / Le Parisien / 20Minutes / YouTube

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