Plus aucun doute n’est désormais possible : Emmanuel Macron souhaite adapter l’économie française en vue d’une mondialisation anglo-saxonne. Bientôt, la question ne sera donc plus de savoir quelle France nous voulons dans quelle Europe, mais quelles régions survivront au dépeuplement rural organisé par Bruxelles ?

Le Grand Débat, ce sont 1,9 millions de contributions en lignes, plus de 10.000 réunions locales ayant impliqué environ 500.000 personnes, également 16.000 cahiers de doléances déposés dans les mairies, 630.000 pages numérisées, mais aussi des conférences régionales et plusieurs talk-show présidentiels avec les maires. L’ensemble s’est déroulé sur trois mois pour un coût total de 12 millions d’euros. L’heure du bilan est arrivée, et les premiers desiderata à faire surface sont ceux que n’importe quel pilier de comptoir aurait pu soumettre pour le prix d’un canon de rouge : les Français veulent moins d’impôts.

L’emploi, l’immigration, les questions identitaires, la décentralisation…, autant d’oublis… volontaires ?

Mais le Grand Débat ce sont surtout nombre de sujets occultés, dont l’emploi, l’immigration, les questions identitaires, la décentralisation…, autant d’oublis (volontaires ?) face à des questions/réponses de fond qui eussent permis un juste discernent sur des thématiques autrement plus essentielles que la limitation de vitesse. Ainsi, qu’en est-il d’une France sociale et fédérale au sein d’une Europe des peuples solidaires ? Quid d’une véritable décentralisation salutaire au bénéfice d’administrations locales dont le pouvoir décisionnaire serait remis à des autorités élues plutôt qu’à des agents nommés par une ascendance bicéphale  : parisienne et bruxelloise ? Hélas ! Peu de choses. Monsieur Macron n’a-t-il d’ailleurs pas souligné que ce Grand Débat ne l’obligerait en rien, si ce n’est au consensus mou des décisions qui seront annoncées d’ici quelques jours.

De cette Europe promise à Érasme, nous avons fait un jeu de Monopoly

Ces derniers jours, deux exemples illustrent ô merveille ! ce qu’est devenue l’Europe si chère aux macronistes perdus dans leur propre pays. Observons ainsi la Société Générale lorsqu’elle engage un nouveau plan de licenciements (1.600 postes dont 700 en France) malgré l’annonce d’une rentabilité exceptionnelle, plusieurs milliards de bénéfice net, résultat toutefois jugé insuffisant pour conserver tout son personnel. De cette Europe promise à Érasme, nous avons fait un monde inhumain, basé sur la course effrénée du profit réalisable grâce à (ou à cause de) l’Euro, étalon monétaire perdu dans les ravages d’une mondialisation économique délétère.

Autre exemple non moins révélateur. Le 3 avril 2019, un vote de la Commission de l’Agriculture et du Développement Rural (AGRI) du Parlement européen portant sur l’appellation des aliments, proposait que le « steak végétarien » doive très bientôt être officiellement rebaptisé. Une décision approuvée par 80% de cette commission qui entend interdire aux denrées végétariennes d’être désignées avec les mots d’ordinaire attribués à la viande. L’eurodéputé français Éric Andrieu – PS, rapporteur de ce texte, explique qu’il s’agit de « bon sens. (…) Nous pensons que le mot « steak » doit désigner le vrai steak avec de la viande, et il faudra trouver d’autres noms pour ces nouveaux produits. » Les Européens devront toutefois attendre le prochain mandat législatif pour que ce texte soit présenté en session plénière afin d’être adopté ou non. Bien entendu, toutes ces inepties linguistiques – en quoi l’expression « steak végétarien » pose-t-elle un problème sociétal ? – prennent un temps fou et coutent un « pognon de dingue » !… aux contribuables.

On ne décentralise pas la Bretagne en centralisant la France

Que peut le Grand Débat face à cela ? Une fois encore. Rien. La décentralisation c’est avant tout les lois Defferre de 1982 et Raffarin de 2003. Mais ni l’une ni l’autre ne remettent en cause les dictats de Bruxelles. Certes, Emmanuel Macron reconnait que « Des compétences ont été décentralisées sans décentraliser la responsabilité et les financements qui vont avec. » Et de poursuivre : « Le département a des dépenses contraintes qui filent avec leur dynamique propre et une fiscalité qui n’a rien à voir avec les dépenses : taxe foncière, taxe d’habitation. Et on fait de la péréquation en permanence. Cela, ce n’est pas de la décentralisation, c’est du transfert de compétences et on a pris les départements comme des opérateurs de l’État. »

Le Président de la République semble dire en substance qu’une troisième étape de décentralisation est nécessaire avec l’avènement de nouvelles libertés locales. Il est cependant fort à parier que les prochaines annonces élyséennes seront floues et prudentes. Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’État lui-même appelle à davantage centraliser l’Europe pour en accroitre l’efficience politique et financière ? C’est précisément le programme de LaRem pour les élections à venir. Ne nous leurrons pas, monsieur Macron et son parti sont et resteront, quoi qu’il arrive, une courroie de transmission bruxelloise. Seulement voilà ! On ne décentralise pas la Bretagne en centralisant la France. La vraie question est maintenant de savoir quelle Bretagne veulent les Bretons, dans quelle France et dans quelle Europe ?

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2019 – Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle

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