Nantes avait Jacquot. Sète et la Pointe courte avaient Varda, et Noirmoutier, et tant de nous dans ces images de Vilar en Avignon.

Tant de nous est parti ce vendredi avec Varda. Varda morte, vive Varda. Vive une poésie de glaneurs et de patates à ramasser, de faim de marché, de toit et de loi sans rien d’autre que les house-boats de Sausalito et beaucoup de sable sous et sur la plage, sur et sous le ciel. Surtout du plaisir et une sorte de joie féconde, communicante, primesautière et simple !
La voix de Varda, comme celle de Duras ou, à sa manière Sagan, va nous manquer sauf à regarder les documentaires, de visages en villages, de murs en murs. On retrouvera l’écho lointain de son si singulier timbre de voix, sa drôle de bobine à cheveux bicolores et sa Cléo de cinq à sept ne nous manquera pas puisqu’on la reverra. On aura peur du cancer, peur des résultats, le trouillomètre à zéro et on chantera avec, au piano, Michel Legrand. La cinéaste, installatrice, documentariste, visualiste suit de peu le musicien des Parapluies de Cherbourg. Ils se tirent la bourre aux portillons de la mort. Demy chante depuis tout ce temps en les attendant.
Combien de temps il nous reste pour attendre le prochain bavardage de Varda ?
Combien de temps pour rêver entre les plages et Agnès ? Il nous reste dans le chaos moderne son indécrottable poésie. Varda tenait de Zazie, la rue Daguerre était son terrain d’aventure et son humour made in Belgium de l’humeur made in monde ! Elle avait du Queneau et du Jarry, mais en femme. En femme avant tout et en liberté libre. Elle était pataphysique et patatrac. Clap de fin.
Gilles CERVERA
29 mars 2019












