Louis Guilloux, l’événement littéraire est considérable, sort un livre ! Une parution inédite du grand maître briochin, celui du Sang noir et de La Maison du peuple, d’Angélina ou de la Confrontation.

Né à st Brieuc, il y est mort et il continue d’y mordre ! La petite ville est réduite non à une vérité géographique mais étendue à une géographie véritable dont le centre s’avère une morbidité urbaine sans aucune urbanité. Explications à suivre!
Ressort donc des Archives départementales et du fonds Guilloux un livre dont tout le monde savait l’existence mais auxquels, seuls, les chercheurs, les universitaires ou les proches avaient accès : L’indésirable.
Quel titre. Quelle actualité.
L’indésirable ou Fake-news à Belzec. Tel pourrait être le sous-titre mi polar mi goût-du-jour!
Quel plaisir de retrouver Louis Guilloux avec ses haines tenaces, son mépris du gras et du gros, bref du bourgeois. Le Belzécien ventru, mafflu est ici au cœur du roman, prémonition romanesque des suites sombres de Georges Palante. La sous-préfecture de Guilloux pousse moins au crime qu’au suicide. Nous frôlons de fait l’opinion triste et contemporaine qui court les messageries, encombre les ronds-points, infuse les réseaux, détraque la démocratie. Louis Guilloux est un moderne. L’indésirable un livre d’actualité !
Avant la rumeur d’Orléans, qu’Edgar Morin analysa jadis, Guilloux décrit et décrypte ce qu’une petite ville refermée sur ses certitudes a de lâche. Ce commun des parvenus et des certifiés qui paradent dans les rues, ont des connivences basses, trichent et méprisent : comment le dominant domine par tous les moyens dont le mensonge et la rancœur.
Les ingrédients de la rumeur qui tue, lapide, décapite les réputations sont à l’œuvre. Les profs du collège sont déjà sur la sellette qu’on retrouveraau cœur du Sang noir, le roman russe du briochin !
L’opinion la pire, salvinienne ou orbanique, s’avère la plus populaire, celle qui prend. Ici un professeur jalouse et critique un collègue. Il l’accuse, nous sommes en août 1914, et le professeur est alsacien, d’être un boche. La trainée de poudre va traîner dans la boue un père et son fils. Une famille jetée dans l’infamie sur un seul ragot de bigot.
Ce roman est le premier de Guilloux. Mal relu, peu fini- les annexes le prouvent, refusé par les éditeurs et finalement remisé en fond de tiroir. Ouf, Gallimard permet au roman de reprendre l’air. Pré et postfacé par un appareil suffisamment léger pour être utile.
Fêtons cela. Relisons tout Guilloux à la faveur de ce dernier.
Quel plaisir de retrouver le vieux maître. Ses formules, ses moqueries, son éthique et face à elle, la charge est lourde. L’univers est en guerre, laquelle est d’abord civile. De jalousie, de fiel, au plus éloigné de ce qu’on nomme civilisation ! Si peu d’eau a coulé dans le Goulan, pardon le Gouët ! À Belzec ! Pardon, à Saint-Brieuc, la ville du monde –celle qui fait métaphore, où le fake tue. Guilloux nous prévient : La petite ville sait toujours tout.
Transparence totale. Google ne date pas d’aujourd’hui. Délation à tous les étages. Toujours cette histoire simple de fumée et de feu dont il reste toujours quelque chose, entre nausée et dégoût. Entre pessimisme et humanisme : La province lit beaucoup de mauvais romans. Pas que !!
En post-scriptum, je me souviens de ces propos échangés avec Louis Guilloux tellement heureux d’avoir été honoré pour Le Pain des rêves du Prix Populiste – ce qui voulait pour lui dire du peuple et tellement affligé de la portée ambiguë de son intitulé. Encore une question brûlante !!
Nous reste l’heureuse retrouvaille avec Louis Guilloux.
Gilles CERVERA
« L’indésirable » de Louis Guilloux aux éditions nrf Gallimard – 18€












