Mobilisation en province. Violence dans la capitale. La France est en colère, mais Paris ne peut définitivement plus être la solution d’une crise qui se radicalise chaque jour davantage. L’invention de solutions nouvelles ne peut désormais qu’être régionale.
Depuis la première manifestation des Gilets Jaunes, le fossé entre le gouvernement et les classes populaires s’est aggravé. L’Élysée, Matignon et les parlementaires LRem n’ont aucune expérience qui leur permette de gérer un pays en crise. Ils ne savent manifestement pas qu’une société se construit sur la vision commune de ses citoyens en accord avec ceux qui les dirigent. L’audace de dire « Non » aux dictats européens aurait dû remplacer la naïveté de croire que le peuple reste impassible lorsqu’on lui impose ce qu’il ne veut pas. Surtout en France, dont l’histoire atteste qu’un pays n’est définitivement pas le résultat annuel d’un bilan comptable.
Emmanuel Macron impose aux régions ce que Bruxelles inflige à la France
À force d’oublier ses provinces, Paris ne sait plus où est la France. En résulte des régions financièrement asséchées, culturellement dévitalisées, celles des laissés-pour-compte sitôt que l’on s’éloigne des métropoles. Emmanuel Macron (et ses prédécesseurs) impose aux régions le même jacobinisme parisien que Bruxelles inflige à la France d’un point de vue européen. En trois semaines, le Président de la République est devenu l’homme le plus détesté du pays. Les Gilets Jaunes ne contestent cependant pas une personne en particulier, plutôt un système à bout de souffle en train de les étouffer par un double centralisme hors-sol. À vouloir détruire toute opposition de partis, l’Élysée et ses clones n’avaient manifestement pas prévu que le refus de leur gestion viendrait d’une nébuleuse apolitique, c’est-à-dire pluri-politique, face à laquelle il est impossible d’opposer un combat explicite qui puisse satisfaire tout le monde. C’est l’Hydre à plusieurs têtes dont Héraclès eut tant de mal à se défaire.
Les provinciaux doivent inventer eux-mêmes la suite de leur histoire
Ce que réclament les Gilets Jaunes – par-là même bien des peuples : Grecs, Italiens, Britanniques, Espagnols, Catalans, Français, Bretons – relève de mesures impossibles à prendre dans un cadre européen mondialisé. L’histoire récente atteste qu’aucune réponse centralisée n’est envisageable sans désormais risquer un soulèvement gravissime. La rue ne manifeste plus comme il y a 40 ans. Internet, la vitesse de l’information, les réseaux sociaux, la violence sociétale ont modifié les conséquences des actions gouvernementales et populaires. Face à une révolte épars, les réponses politiques doivent être locales.
Les régions et leur Exécutif sont maintenant tenus de traduire en mots et actes les intentions du peuple. Là solution est entre les mains des maires, des députés et de chaque président régional qui, tous ensemble, doivent entendre cette ruralité sujette à des obligations pour lesquelles elle n’a jamais voté. Citons, entre autres, l’ouverture des frontières à une économie débridée, aux marchandises et aux hommes. Rappelons les délocalisations et la main-d’œuvre concurrentielle importée. Évoquons la soudaine révélation écologique du Président Macron qui n’était pas dans son programme. Et terminons par ces régions recomposées à la « pousse-toi-là » dans un but électoral et financier au détriment de la culture et de l’Histoire.
Le pinard des Poilus contre le champagne des élus
La révolte des Gilets Jaunes n’est pas celle du changement. Elle est précisément l’inverse. Celle d’une volonté de retour aux valeurs initiales. De la reprise en main d’un pouvoir confisqué par des centralistes qui n’ont jamais été élus : ministres, secrétaires d’État, conseillers divers, commissaires européens… Tous à des postes interchangeables ne remettant jamais en cause leur carrière malgré l’ineptie de certaines décisions et lois qu’ils ont pu prendre ou faire voter. L’histoire est notre mémoire commune. Souvenons-nous de 1907 et de la révolte des vignerons. Le Midi Rouge contre Paris. Le pinard des Poilus contre le champagne des élus… Bro Gozh Ma Zadou – Breizh, ma Bro, me ‘gar ma Bro – Tra ma vo mor ‘vel mur ‘n he zro (…)
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2018 – Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad











