Dilili a Paris HermineHermineHermineHermine

Dans Dilili à Paris, Michel Ocelot, papa de Kirikou, présente sa nouvelle héroïne. Voici l'histoire d’une petite fille kanake aidée par Orel et son triporteur. Ils vont tous les deux résoudre l'énigme des Mâles-Maîtres, kidnappeurs souterrains dans le Paris de la Belle-Époque.

Tout commence par une scène qui renvoie aux pires heures de la colonisation. Dilili fait ensuite la connaissance d’un jeune homme en triporteur. Orel. Les nouveaux amis commencent alors une déambulation à travers Paris où règne l’effervescence communicative de la Belle-Époque. Orel met cependant Dilili en garde. Les entrailles de la capitale cachent une réalité beaucoup plus sombre. En effet, depuis quelque temps, des fillettes sont enlevées par les Mâles-Maîtres dont personne ne sait qui ils sont, elles disparaissent comme aspirées dans les souterrains. Dilili, victime du racisme depuis toujours ne supporte pas les injustices et décide de mener l’enquête.

D’aventure en aventure, la petite kanake et son compagnon rencontrent les grandes célébrités du XXe siècle naissant. Ce sont Gustave Eiffel, Aristide Bruant, Debussy, Toulouse-Lautrec, Claude Monet, Pasteur, Picasso, Proust, Erik Satie et, bien entendu, de nombreuses femmes dont la présence rappelle que Mee Too n’est que l’arrière garde du véritable féminisme, celui de Sarah Bernard, Colette, Marie Curie, la Goulue, Louise Michel et tant d’autres en faveur de l’émancipation féminine. Le rôle de Louise Michel (institutrice, anarchiste, franc-maçon et féministe) est essentiel au scénario puisqu’elle a bel et bien instruit des enfants kanakes durant sa déportation en Nouvelle-Calédonie après avoir participé à la Commune, témoignant que l’instruction des enfants relève davantage d’une obligation morale que d’une nécessité sociale.

Michel Ocelot est autodidacte, créateur du dessin-animé Gédéon qui enchanta l’enfance de toute une génération, il écrit ses propres histoires et dessine lui-même les personnages ainsi que leurs univers graphiques. Avec Dilili, il dénonce l’oppression faite aux plus faibles – notamment celle subie par le sexe féminin. Kirikou et la sorcière (1998) évoquait déjà les ravages du viol. Cette fois, les Mâles-Maîtres enlèvent des petites filles dans le but de les réduire en esclavage, rôle de captives que l’on projette sur une réalité contemporaine, puisque l’accoutrement dont elles sont vêtues par leurs geôliers, une longue robe noire à capuche, évoque les différents voiles musulmans : hijab, niqab et burqa. Pour faciliter l’accès au message, le réalisateur nous plonge dans une éblouissante profusion d’à-plats de couleurs vives et d’arrière-plans photographiés sur lesquels s’animent de chatoyantes silhouettes en 3D. Le résultat est magique. Véritable enchantement propre à toutes les merveilleuses imaginations des sens et de la beauté. Sublime. A voir seul, entre adultes ou avec ses enfants. Mais à voir impérativement.

Jérôme ENEZ-VRIAD
Dilili à Paris, Un film de Michel Ocelot avec la voix de Nathalie Dessay dans le rôle de la cantatrice Emma Calvé – 95 minutes – Sortie française le 10 octobre 2018

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