Les frères Sisters HermineHermineHermine

Le dernier film de Jacques Audiard ressemble à un western. Tout au moins pose-t-il son intention dans les jalons du genre. Il s’agit de la mise en images d’un roman du Canadien Patrick de Witt, Les frères Sisters, racontant l’histoire d’une fratrie qui se fraie un chemin dans l’Ouest Américain… Sans indien ni diligence.

Fin du XIXème siècle. Deux redoutables tueurs à gages, interprétés par John C. Reilly et Joaquin Phoenix, chevauchent de l’Oregon à la Californie. Leur but est d’éliminer un chimiste (Riz Ahmed), inventeur d’une substance qui, versée dans les rivières aurifères, permet la ­coloration instantanée de l’or. Le bien contre le mal. Sans que l’on sache vraiment lequel se cache derrière l’autre. Dis comme ça, c’est moins intéressant que le livre et presque mieux que le film.

A-t-on le droit de ne pas aimer un film que toute la presse essence ? Car il y a autant de raisons d’apprécier Les Frères Sisters que de le détester. Comment ça ? Et bien commençons par l’échantillon de sentiments pluriels auxquels est confronté le spectateur. La violence. La rédemption. La bonté. La barbarie. L’opportunisme. Tout y est. Chacun fera son choix dans un panel caricatural dont on aurait préféré qu’il cible une ligne maîtresse plutôt qu’un fil rouge en poursuite de l’homme à abattre.

Survols et allégories sont les maîtres mots du film. La politique. La morale. Nulle vérité n’est approfondie. Il y a davantage de matière dans Wild Rovers de Blake Edwards (Deux hommes dans l’Ouest – 1971) et de substance dans Le Bon, La Brute et le Truand de Sergio Leone (1966), que dans n’importe quelle scène des Frères Sisters. Rien n’est fait pour qu’il en soit autrement. Pas même la nuit trop angoissante. Non plus les coups de feu au loin. Ni ces deux types qui cernent une maison et tirent à vue sur leur cible. Les fameux frères Sisters. Le Charlie. Le Eli. Sans pitié. Aucune. Ils s’acquittent de l’exécution d’un contrat grassement rémunéré. Ce n’est plus la ruée vers l’or, mais une histoire sombre, funeste et amorale ; c’est-à-dire, non pas étrangère au domaine de la moralité, mais moralement neutre, ce qui est pire.

Reste le casting : formidable. Le jeu : brillant. La réalisation : épatante.  Hélas ! Les effets visuels d’un cheval en flammes sur fond de ciel étoilé, et de belles images en général, ne suffisent pas à faire un bon film. Même si tout le monde pense le contraire. Autant revoir Rio Bravo, Howard Hawks – 1959, Dean Martin et Ricky Nelson… Et ne pas bouder son plaisir.

Jérôme ENEZ-VRIAD
Les Frères Sisters, un film de Jacques Audiard avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed
En salles le 19 septembre 2018 – 1h57

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