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WHITNEY de Kevin Macdonald HermineHermine

L’histoire de Whitney Houston est celle d’une vie opaque et mystérieuse, où les évidences dissimulent des apparences trompeuses. Après avoir consacré un documentaire à Bob Marley, le réalisateur écossais Kevin Macdonald s’est attelé au cas de la diva américaine.

Kevin Macdonald n’était pas fan de Whitney Houston. Peut-être adolescent, une ou deux chansons, histoire de culpabiliser devant les copains, il avait de la sympathie pour l’autodestruction d’une femme jetée en pâture dans les tabloïds, mais pas davantage. Puis Macdonald réalise que les déboires de la chanteuse ont réduit son envergure artistique. Comment peut-on achever sa vie dans un tel chaos dont même ses proches n’expliquent pas l’origine ? Le réalisateur tenait son sujet. Humaniser quelqu’un de totalement hermétique pour les autres. Famille comprise.

Comme tout artiste propulsé très jeune dans les plus hautes sphères du star-système, Whitney Houston a vu la notoriété décupler son mal-être et ses obsessions. Rejetée à l’école pour sa couleur de peau : par les blancs parce qu’elle était noire et par les siens parce qu’elle était « trop claire », puis sexuellement abusée dans sa petite enfance par un membre de la famille, elle trouve refuge et sécurité dans la chorale de l’église jusque ce que sa mère ait une liaison adultérine avec le pasteur. Son fragile équilibre se brise lors du divorce parental. Raison pour laquelle elle restera avec son époux, Bobby Brown, le plus longtemps possible malgré l’enfer de la drogue, dans l’espoir de construire ce couple idéal et protecteur auquel elle aspirait tant. Whitney Houston ira jusqu’à sacrifier sa fille sur l’autel des addictions. Bobbi Kristina Brown sera contrainte de découvrir la vie entre une mère toxicomane et un père alcoolique ; expérience dont la jeune femme ne se remettra jamais, suivant quelques années plus tard l’effroyable exemple maternel d’une mort par overdose. Elle avait 22 ans.

Le succès de Whitney Houston traverse les années Reagan, époque essentielle de l’histoire américaine, nourrie de bouleversements sociaux majeurs. Plus on avance dans le documentaire et plus on éprouve une réelle compassion pour cette femme. Elle a été admirée par la communauté gay. Son impact sur les afro-américains est à ce point vivace qu’ils l’ont rebaptisée Whitey (Blanchette) parce qu’elle ne chantait soi-disant pas comme une noire (soul, rhythm and blues), mais comme une chanteuse pop des beaux quartiers. Whitney Houston a fasciné, interrogé, remué les mentalités au même titre que d’autres idoles noires de l’époque, comme Prince ou Michael Jackson. Ce portrait sans concession atteste que le succès à un tel niveau se paye toujours très cher.

Jérôme ENEZ-VRIAD
Whitney, un film de Kevin Macdonald avec Whitney Houston, Bobbi Kristina Brown (sa fille), Cissy Houston (sa mère), Bobby Brown et Dionne Warwick
Sortie le 5 septembre 2018 – 122 minutes

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