Si vous aviez simplement lu que la collecte régionale de l’impôt pourrait être une solution aux abus de la finance, sans doute ne seriez-vous pas si nombreux à lire cette manchette…
Deux Bretons figurent parmi les plus grosses fortunes mondiales. François Pinault (23 milliards d’euros) et Vincent Bolloré (6 M€). Une aumône en comparaison du propriétaire d’Amazon, l’Américain Jeff Bezos, désormais l’homme le plus riche de l’histoire moderne. Son patrimoine estimé à 150 milliards de Dollars US pourrait à lui seul (sans tenir compte des intérêts) nourrir une famille et sa descendance pendant plus de 2 millions d’années. Les 67 milliardaires les plus riches gagnent autant que les 3 milliards 600 millions d’humains les plus pauvres. Leur fortune ne cesse d’augmenter chaque année à mesure que le niveau de vie des impécunieux s’effondre d’autant. Le gavage va-t-il se poursuivre ad-vitam ? Des monarques ont perdu leur trône pour moins que ça.
Comment tromper les électeurs ?
Les flux migratoires liés aux contrastes économiques se généralisent partout en Occident. L’Afrique monte vers l’Europe et l’Amérique du Sud vers les USA ou le Canada. Non seulement la disproportion financière entre les deux hémisphères influe sur les comportements des populations migrantes mais, par voie de conséquence, sur ceux des économies riches tout à coup confrontées à des arrivages massifs. Prenons l’Allemagne. Après l’accueil d’un million d’émigrés en quelques mois, le pays fait désormais face à une brutale montée de l’extrême droite. Phénomène observé dans la plupart des pays européens dont les électeurs refusent l’arrivée en masse d’une main d’œuvre à bas coût pour les industries de nos (très) chers milliardaires.
La décision de madame Merkel, soutenue en son temps par monsieur Macron, maintient les électeurs dans l’idée d’un clivage Gauche-Droite. Pour autant, à bien y réfléchir, les politiques monétaire et migratoire du président Macron ressemblent à celles de François Hollande qui furent identiques à celles de Nicolas Sarkozy, lui-même avait suivi les obédiences de son prédécesseur Jacques Chirac reprenant peu ou prou celles de François Mitterrand… L’essentiel étant de faire croire aux électeurs qu’ils choisissent un camp pour chaque vote. Ainsi perdure le sentiment d’une démocratie vierge de toute influence monétaire.
Virulence de la propagande et impuissance des citoyens
Être de gauche doit conserver l’apparence d’une générosité solidaire. Il faut accueillir l’immigré puisque nous en sommes (in)directement responsables – en particulier pour les Français dont le passé colonial (pourtant glorieux) ne leur inspire que remords et repentance -, nous sommes d’ailleurs suffisamment riches pour offrir gite et couverts à quelques centaines de milliers de pauvres migrants. Seuls les fachos, les nationalistes au petit cerveau et les identitaires tiennent le discours inverse – CQFD. Quant aux électeurs de droite, ils sont soucieux des frontières, de leurs racines et traditions : la générosité, oui, à condition qu’elle soit raisonnable car la France ne peut accueillir toute la misère du monde, à fortiori dans un pays où 9 millions de pauvres (sur)vivent avec moins de 900 euros mensuels ; il est donc prioritaire de s’occuper des autochtones plutôt que de ceux venus profiter d’un système qui fonctionne parfaitement sans eux – CDFD bis. Autant de certitudes rassurantes même si elles ne veulent désormais plus rien dire. En effet. Les mouvements d’opinions et leur propagande naissent du traitement de l’actualité par des médias qui appartiennent à nos (chers) milliardaires accoquinés avec des journalistes n’hésitant pas à jouer d’une influence malsaine sur les citoyens.
La collecte régionale d’un impôt plus juste
Les abus de la finance seraient-ils identiques si la collecte de l’impôt était régionale et non plus nationale ? On peut le croire. Tout au moins y réfléchir. Les taxes et impôts français ont atteint un degré de complexité et d’injustice qui menace la démocratie. Une rénovation des systèmes de prélèvements et de dépenses s’impose. Il faut libérer l’État social au bénéfice de la Région sociale. Chaque parlement doit pouvoir répartir à sa guise la charge fiscale de ses propres contribuables en fonction d’impératifs régionaux. Un pourcentage remonterait ensuite vers Paris afin de contribuer au budget de l’état, exactement comme cela se passe avec l’Union Européenne pour laquelle tous les pays sont bayeurs à proportion de leurs moyens. Certaines régions dépeuplées auraient ainsi le choix décisionnelle d’une fiscalité à l’avantage des familles. D’autres ajusteraient les variables imposables en fonction d’impératifs locaux qui ne seraient pas nécessairement le revenu du contribuable ou les bénéfices des sociétés mais, par exemple, la situation familiale ou les investissements liés à l’embauche dans les provinces à fort taux de chômage. D’autres encore auraient l’option du statut de place financière comme le Delaware aux USA.
Les oligarques rêvent d’un monde sans frontières où l’impôt (à leur avantage) serait le même partout. On peut toutefois supposer que messieurs Bolloré et Pinault se délesteraient moins difficilement de leur fortune si leurs impôts étaient promis à la Bretagne avant de se perde dans les méandres de l’économie française… ou disparaître dans le trouble des paradis fiscaux et autres fondations… Faire l’amour avec un Breton sans se fatiguer* est aussi désespérant que d’assister aux replis identitaires des pays riches. Faute de rétablir l’équilibre monétaire national et international entre riches et pauvres, nos démocraties s’écrouleront sur elles-mêmes. L’échelle fiscale régionale est viable pour réussir là où les État-nation sont en train d’échouer.
Jérôme Enez-Vriad
© Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle – Août 2018
*Titre du livre cité : Comment Faire l’Amour avec un Nègre sans se Fatiguer – Dany Laferrière
Illustration : Menhir à Hoëdic











