Depuis quelques jours, les médias poussent des cris d’orfraies contre Donald Trump à propos d’enfants d’immigrants illégaux séparés de leurs parents. Qu’en est-il réellement et quid des mensonges par omission du quatrième pouvoir alors que nos députés débâtent sur une proposition de loi contre les fake news  ?

Pour bien comprendre, il faut remonter aux professions de foi électorales du candidat Trump quant à la politique migratoire des USA. Les points de passage les plus fréquentés par les « migrants » sont ceux entre le Mexique et les quatre états américains qui longent sa frontière : l’Arizona, la Californie, le Nouveau-Mexique et le Texas, soit plus de 3000 kilomètres. Sur toute sa longueur, la démarcation américano-mexicaine est la plus « violée » au monde compte tenu des variantes économiques entre les USA et l’Amérique latine. Les objectifs de l’administration Trump sont clairs. Il s’agit de lutter à la fois contre les migrations clandestines, mais aussi d’empêcher le passage des narcotrafiquants sur le territoire américain ; en outre, la délinquance et la violence des villes avoisinant la frontière (23.000 homicides au Mexique en 2017, plus de 60 par jours), n’incite guère les Américains au laxisme.

L’historique entre les deux pays rappelle que l’idée d’un mur
n’est pas née sous l’administration Trump, mais qu’elle en a hérité

La sécurisation entre le Mexique et les USA a nourri une inquiétude constante dans toutes les administrations successives depuis la fin des années 1970, qu’elles soient Démocrates ou Républicaines. Sous les présidences Carter, Reagan et G.H. Bush (père), cela s’est traduit par l’augmentation spectaculaire des crédits pour le recrutement d’une force paramilitaire (la Patrouille frontalière), ainsi que la mise à disposition d’hélicoptères, l’installation de capteurs, de projecteurs et la construction d’une première barrière basse.

Sous les mandats de Bill Clinton, ce furent des « opérations blocus » par le déploiement de patrouilles privées,  puis la mise en place de clôtures davantage élaborées. Avec G.W.Bush (fis) et Obama, les nouvelles technologies ont fait leur apparition, s’agissant de caméras high tech, de drones, etc., afin d’aider les interventions des gardes frontaliers. Parallèlement, le mur en lui-même a pris la forme d’une construction de plus en plus sophistiquée, de plus en plus haute, et des patrouilles supplémentaires ont été ajoutées. Au-delà d’une existence physique, le mur relève aujourd’hui de tout un dispositif de sécurisation électrique, électronique et militaire mis en place depuis les années 2000, c’est-à-dire sous l’administration de trois présidents : un démocrate et deux républicains.

Cette frontière close validée par le congrès en 2006 (283 voix pour et 138 contre)
est celle des présidents G.W. Bush, Obama et Trump

Il est à préciser que le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, avait voté pour le « Secure Fence Act » et défendu « l’édification d’un mur matérialisant la frontière entre les États-Unis et le Mexique », raison pour laquelle il ne l’a jamais remis en cause une fois élu, bien qu’ayant promis de le faire lors de sa première campagne. Pire ! Afin de satisfaire les 68% d’Américain favorables au mur, il a laissé la construction se prolonger, restant sourd à toutes les voix qui s’élevaient pour lui rappeler sa promesse. Ainsi, les travaux commencés sous l’administration Bush (455 km), se sont prolongés jusqu’à aujourd’hui.

Puis vint l’élection de Donald Trump en 2017 alors qu’un tiers de la frontière, soit 1300 km, était déjà physiquement matérialisé. Il ne s’agit donc pas de construire un nouveau mur, plutôt de prolonger celui actuel, tout en fortifiant les tronçons existants. Mais le nouveau président se heurte comme ses prédécesseurs aux lourdes réalités financières, et l’immigration clandestine se poursuit. De mars à mai 2018, plus de 50.000 personnes ont été appréhendées chaque mois. – 1650 par jour. Environ 15% de ces clandestins arrivent en famille et 8% sont des mineurs non-accompagnés.

Qu’en est-il de l’affaire qui excite les médias et affole jusqu’à l’ONU
au sujet de la séparation des enfants de leurs parents ?

Commençons par les faits. Sitôt élu, le gouvernement Trump a mis en place la politique de « Tolérance zéro » promise avant les élections. Il y a quelques jours, le service de presse de la présidence révélait que 1995 enfants avaient été séparés de leurs parents entre avril et mai 2018. La médiatisation de cette mesure est, d’une part, un avertissement destiné à décourager les candidats potentiels ; de l’autre, une façon de faire pression sur le Mexique qui refuse toujours sa participation à la protection frontalière tout en condamnant officiellement les filières d’immigration illégale ; enfin, Donald Trump souhaite mettre les Démocrates et les Républicains récalcitrants face à leur conscience afin d’obtenir du Congrès le budget nécessaire.

« Nous ne voulons pas séparer les familles, mais nous ne voulons pas que des familles viennent illégalement à la frontière […]. Si vous faites passer un enfant, nous vous poursuivrons. Et cet enfant sera séparé de vous, comme requis par la loi » a déclaré le Président américain. Cette loi (Immigration and Nationality Act) datée de 1952, révisée en 1965 et durcie après le 11 septembre 2001, précise que, lorsque des adultes sont détenus par le système pénitentiaire pour des délits pénaux, leurs enfants ne peuvent les suivre en prison ; ils sont alors confiés à l’Office de relocalisation des réfugiés (ORR), qui dépend du ministère de la Santé et des services sociaux. En d’autres termes, l’administration Trump applique la loi. Rien que la loi. Exactement comme l’avaient fait ses prédécesseurs.

Pourquoi un tel tôlé ?

Jusqu’à Obama, l’immigration clandestine relevait des tribunaux civils, les familles étaient envoyées en centre de rétention administratif pour examen de leur demande d’asile. Depuis Trump, la « Tolérance zéro » signifie que toute personne interpellée en situation irrégulière sur le territoire américain sera poursuivie pénalement. La différence entre le civil et le pénal impose aux contrevenants d’être appréhendés, incarcérés dans une prison fédérale et leurs enfants (sauf les nourrissons) envoyés dans des centres d’accueils spécialisés, faute de pouvoir suivre leurs parents derrière les barreaux.

Pourquoi une telle rigueur ?

Parce que les conseillers de Donald Trump ont constaté qu’en une génération les Hispaniques sont devenus la première minorité du pays. Ils représentent désormais jusqu’à 60% des électeurs dans certaines portions de territoire. En 2004, Samuel Huntington, professeur à Harvard, s’interrogeait sur « l’hispanic challenge ». Sa publication évoquait l’effet tentaculaire de la langue espagnole au détriment de l’anglais, à tel point que dans certaines villes il est indispensable de parler espagnol pour trouver un emploi. L’anglais est devenu facultatif. Au reste, une fois naturalisés, les nouveaux arrivants bousculent le jeu électoral. Croire que les élus partisans de frontières ouvertes et d’une immigration massive le sont par altruisme est une illusion. Leur choix est avant tout politique.

Il est étrange qu’une certaine presse américaine et européenne fasse semblant de penser que tout a commencé avec Donald Trump, car ses prédécesseurs faisaient la même chose en cachette. Depuis, le président américain a signé un décret interdisant la séparation des enfants de leurs parents. Ce que n’avaient pas fait les précédents locataires de la Maison blanche. La loi française anti « fake news », quant à elle, ne stipule pas aux journalistes qu’il est essentiel de se positionner en fonction du discours plutôt qu’en fonction de celui qui le tient. Preuve est faite avec cette affaire Trump que les médias veulent/peuvent nous faire croire ce qu’ils pensent à notre place.

L’Histoire de l’humanité atteste que les murs sont le symbole d’un échec. De la grande Muraille de Chine au Mur de Berlin, ils finissent toujours par tomber. Quant à vouloir contenir l’immigration en construisant le plus long et le plus haut de monde, autant retenir le sirocco de souffler par-dessus les dunes.

Jérôme Enez-Vriad, 22 juin 2018 – Natacha Gray pour la documentation
© 2018 – Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad

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