Bretagne Actuelle a choisi quatre livres d’auteurs différents. Nous leur avons posé les mêmes questions relatives à l’actualité, avec en fil rouge l’Europe et le régionalisme. Chacun répond en fonction de ses propres valeurs relatives à sa nationalité, son parcours, sa culture et son âge. Après la Bretonne Claire Fourier et le Belge Jacques Richard, nous avons rencontré le Suisse Florian Eglin à propos de la sortie de son roman Ciao Connard.
Bretagne Actuelle : Quel lien existe-t-il entre votre livre et l’actualité ?
Florian Eglin : Il n’y a aucun rapport entre mon livre et l’actualité. Ciao Connard est un huis clos brutal et burlesque qui raconte l’opposition de deux hommes que tout semble néanmoins réunir. Ils s’affrontent à mort par le biais d’un conte surnaturel et violent. L’action se déroule dans une cave pleine de livres auxquels l’un des deux fait constamment référence alors qu’il torture méthodiquement l’autre. Cependant, il ne s’agit pas d’un obscur récit d’horreur. Les références littéraires, l’humour et (je l’espère) la langue posent une métaphore en distance avec l’histoire. Peut-être est-ce d’ailleurs le lien avec l’actualité, cette « actualité » qui semble être la métaphore d’elle-même dans la manière dont les médias la traite.
Que vous inspire l’Europe Actuelle ?
FE : Etant Suisse et Genevois, j’ai le sentiment que les Helvètes sont à la fois au centre et à l’écart de ce qui se passe en ce moment. Bien sûr, les questions liées à la lente mais inexorable désagrégation de l’Europe nous concernent et nous impliquent, y compris la crise migratoire. A ce propos, ma position est simple. Les populations quittent leur pays quand elles sont menacées, venant trouver refuge là où elles espèrent être accueillies. Il est donc indispensable de faire preuve d’hospitalité avec ces gens qui arrivent chez nous au péril de leur vie.
Pensez-vous que nous soyons à une charnière de la construction Européenne ?
FE : Nous sommes plutôt à une charnière de la déconstruction européenne. J’étais mineur lorsqu’en 1992 les Suisses ont voté pour une éventuelle adhésion à l’Espace Economique Européen. J’ai vivement regretté de n’avoir pu glisser un OUI clair et net dans l’urne. Ce OUI que j’appelais alors de mes vœux, à présent, je le regretterais sans doute. Ceux qui ont voulu l’Europe, ceux qui l’ont construite, avaient une vision d’envergure. Elle s’est hélas ! amoindrie pour n’être plus qu’un système fondé sur l’obsession de la croissance économique et l’asservissement de chacun à la société de consommation qui nous oppresse.
Le régionalisme devrait-il avoir davantage de place en Europe, comme c’est le cas dans la confédération suisse avec la souveraineté de chaque canton ?
FE : Je pense que oui, car le régionalisme est important. Je suis Genevois avant d’être Suisse et, d’après ce que je pense avoir compris, la plupart des Bretons, des Basques, des Corses… sont tout autant Bretons, Basques et Corses que Français… Voire davantage pour certains.
Etes-vous optimiste pour l’avenir ?
FE : Non. Je suis pessimiste. J’ai peur que mes enfants connaissent un monde bien plus sombre et bien plus fermé que celui dans lequel j’ai grandi. Nous vivons une époque de clôture, de rejet et de crainte. Les politiciens qui devraient ouvrir des perspectives autrement qu’à travers de vaines promesses ne m’inspirent qu’une pitié désabusée. Nos élus sont devenus, au mieux, des représentants de commerce, au pire, des mafieux – avec comptes en Suisse… !
Si vous aviez le dernier mot, Florian Eglin ?
FE : Dans Ciao Connard, j’évoque le lent morcellement, l’agonie puis de la renaissance in extremis d’un homme. A un moment où un autre, je crois que nous devons tous plus ou moins nous réinventer. C’est aussi ce qui attend la communauté au sein laquelle nous vivons.
Propos recueillis par Jérôme Enez-Vriad – Mars 2016
© 2016 Bretagne Actuelle & J.E.-V.
Cia
o Connard de Florian Eglin
Edition La Grande Ourse
144 pages – 15 €
Retrouvez les interviews de
Claire Fourier (Bretagne)
Jacques Richard (Belgique)
Claude Roulet (France)











