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Jacques Josse : « Comptoir des ombres »

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Comptoir des ombres, Jacques Josse, Les Hauts-Fonds, 105 pages, 17 euros. Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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A quoi reconnaît-on un écrivain ? Un vrai. A sa capacité à créer un monde, à sa faculté de partir de lieux singuliers et familiers pour vous parler de l’univers entier, de l’homme, de ses peurs, de ses fantasmes. Le rennais Jacques Josse, en vrai écrivain, tourne et retourne, de livre en livre, les mêmes obsessions, les mêmes rêves. Les personnages de ses récits circulent d’un livre à l’autre. Et on les reconnaît bien. « Ce sont des naufragés, explique l’auteur, des perdants, des exclus, des cabossés de la vie. Mais aucun d’entre eux ne courbe l’échine ». 

Ses personnages, on les suit même à la trace. Et c’est encore le cas dans son nouveau livre Comptoir des ombres où l’on retrouve, par exemple, le  Rousseau du Café  Rousseau (La Digitale, 2000) ou encore le Pedro rencontré dans Chapelle ardente (le Réalgar, 2016). Mais le temps a fait son œuvre. « Fin de route, parking vide, balayé par un vent venu du Nord, le café est derrière, fermé pour toujours. Rousseau n’y est plus, gisant au cimetière depuis des lustres, ne dialogue plus qu’avec d’anciens clients triés sur le volet, Popeye, Jimmy, Jeff, Salaun, Marquier et quelques autres dérivant entre taupes et pissenlits… ». Quand à Pedro, il est à « un endroit dans la mer » et qu’en dessous veille son âme (« si elle existe »), lui « parti un soir décrocher des ormeaux au fond et depuis jamais revenu ».


Jacques Josse a une saine attirance pour les disparus. Saine parce que les morts savent nous accompagner. Il ne se contente pas d’évoquer leur mémoire mais carrément de leur redonner vie. Sous terre les morts discutent entre eux et prennent l’apéro. « Le bar  central se situe dans un caveau assez spacieux pour recevoir ceux et celles qui ont encore quelques souvenirs à faire valoir ». Parfois ils reviennent, tels de fantômes, pour échanger avec nous. On les discerne dans la brume ou le brouillard. Il faut dire que le pays s’y prête. Dans les récits de Josse on vit dans un territoire compris entre Bréhat et Fréhel. Une vraie « géopoétique ». Des phares clignotent dans la nuit, des hommes se cassent la pipe au pied des falaises ou se noient dans des rivières. « Le soir, si le père, parti pêcher, ne rentre pas, c’est parce qu’il est tombé dans la rivière. L’image s’incruste ».


La mort est toujours, ici, l’autre versant de la vie. Si le ciel est plutôt sombre (nous sommes sur la côte nord de la Bretagne), les hommes savent faire face même si souvent ils ne sont « pas d’attaque » (titre d’un des chapitres de ce livre). Jacques Josse a été marqué, dans son enfance, par tous ces ex-voto accrochés dans les sanctuaires évoquant tous ces disparus en mer, ces marins de Paimpol ou d’ailleurs partis au loin et dont la mémoire hante les vivants.


Cette familiarité avec le mort nous amène à rattacher l’auteur à tout ce légendaire développé par Anatole le Braz autour des morts et des revenants (mais sur un mode ethnographique). Jacques Josse ne voudrait pas qu’on lui colle l’étiquette d’écrivain breton. Surtout pas. Mais il y a, dans son approche de la mort, quelque chose chez lui qui relève de « l’âme bretonne », celle évoquée par Ernest Renan quand il fait précisément de la familiarité avec la mort un marqueur essentiel de  ce « peuple ».


Pierre Tanguy


Le live propose aussi, dans sa partie finale, un entretien réalisé par Malek Abbou dans lequel Jacques Josse explicite sa démarche d’écriture.




publié le 08-12-2017

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