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Flâner à Nantes

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Marie-Hélène Prouteau , La ville aux maisons qui penchent éd La Chambre d’Echos, 86 pages, 12€ Note : 3/5HermineHermineHermine
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Lisant de Marie-Hélène Prouteau La ville aux maisons qui penchent, je ne me suis rien de moins que promené avec une amie jamais croisée! Une vieille connaissance à mon bras, et pour guides conjoints Jacques Demy, Jeanne Moreau, vous brûlez, Anouk Aimé, pile c’est Lola, face c’est Nantes !

Avec cette vieille amie que je ne connais pas, j’ai flâné durant des pages, pas si loin du rêve de la ville. Cette amie qui écrit, l’écriture est sa ville. Je me fusse promené quai de la Fosse ou sur le Cours des Cinquante-Otages avec un ami menuisier, il m’aurait montré les chambranles des portes ou l’art des bois d’équerre. Avec un maçon, les murs du château, les cintres de portes, les colonnes d’ici ou la tour L.U. il se trouve que M-H Prouteau a pour compagnon mes compagnons, Michel Chaillou, Julien Gracq –est-il nommé, mais son ombre est partout, Georges Perros ou Yves Landrein.


Comment lui en vouloir un peu que Vaché ni Breton n’y soient pas, Nantes attend d’autres balades et plus vaches !


Flâner dans la ville invite aux temps superposés, aux Faluns d’une mer qui n’est plus, aux assèchements des bras de Loire –hélas, disons-le mais l’urbanisme n’est pas ici la question, encore moins la hiérarchie entre le centre et la périphérie. L’auteure passe du coq à l’âme, du rêve à « la ville rêvée », des hauteurs de la Butte Sainte Anne à Dostoïevski via « le sentiment de l’eau ». L’histoire de la ville hante l’auteure qui hante la ville. Le Code noir oblige et ses désobligeances, pire sa criminelle initiative, qui hurlent depuis les soutes qui ne sont plus mais d’où les riches demeures s’élèvent. L’histoire est partout et pas qu’en panneau des rues ou en plaques de marbre. Nantes est une mémoire de sang, de sou et d’ouvriers libertaires, de métallos en colère et d’anars de droit commun. Tout court dans ce livre court, une poésie du présent placée sous le passé et en surplomb des temps. Les migrants de Lampedusa ne sont-ils pas les frères de toutes les migrations et de toutes nos hontes ? La mémoire en démultiplié.


Celle du magnolia du Jardin des Plantes. Il pousse depuis 1807 à Nantes à côté du Lycée Clémenceau. On croit qu’il ne voit rien, qu’il n’entend rien, Marie-Hélène Prouteau prouve que non. Elle décode de son écorce le barrage allemand qui bloque à toutes les issues de la gare Libertaire Rutigliano ! Libertaire, c’est le prénom d’un jeune homme mort pas si loin de Desnos, mort de s’être tu à l’instar du magnolia du Jardin des Plantes.


Il est de pire promenade dans le temps et les espaces. On aurait voulu, car on s’adresse à une désormais amie qu’il y ait moins d’épithètes, « la douceur du tuffeau » étant forcément « sensuelle », « le sentiment » fatalement « magique », « la caresse » à tout coup « furtive ». Hormis ce trop-plein d’adjectifs, le livre fait un bien fou, comme un peu folle est Nantes, la ville ouverte qui se regarde en face, y compris en ce qu’elle eut de pire, y compris ses machinations de machines, cet extraordinaire vernien, toute cette poésie de la ville de mer sans mer, tout l’aplomb de la Tour Bretagne d’où Turner et Buren croisent leurs formes. Nantes surprend et Marie-Hélène Prouteau est éprise.


Gilles Cervera
publié le 10-07-2017

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