Manu, batteur et leader de The Celtic Social Club présente le cinquième album du groupe. Un disque qui permet d’entendre leur nouveau chanteur, le dublinois Taylor Byrne, et qui va les voir sillonner les routes anglaises et irlandaises. Assez inhabituel pour un groupe né en Bretagne. Explications.

Photo : Hervé Le Gall
« You Should Know » est votre cinquième album studio. Il a fallu attendre 4 ans alors que vous nous aviez habitués à sortir des disques studio tous les 2 ans. Que s’est-il passé ?
Manu Mako : On a changé de chanteur. Dan Donnely nous avait rejoint en 2018. Arrive la longue période du Covid qu’on met à profit pour enregistrer un album. On bossait à distance… Et du coup, lui étant à Belfast, nos liens se sont distendus. On sort l’album avec de belles dates en France et en Angleterre. On travaille avec Gérard Drouot Production. Dan est là, mais après une quinzaine de dates, ce n’était plus ça. Autant il était motivé au début de l’album… Les Vieilles Charrues m’appellent en décembre 2021 et me proposent de faire la première partie des Stones en 2022, mais y’a rien de sûr. Et au dernier moment, ça ne se fait pas. Mick Jagger avait décidé de faire Longchamp. Psychologiquement, c’est à partir de là que Dan a été motivé. En mars, 2022, il m’annonce qu’il arrête. Très honnêtement, je mets un genou à terre. Pourtant, l’album est bien accueilli, on a une page dans le Times… Bref, je me remets au travail. Je me dis que le prochain chanteur doit venir de Dublin. En février 2022, je prends l’avion, réserve un hôtel et j’y vais. Je passe trois jours supers. Je vois des chanteurs incroyables, mais je n’ai toujours personne. Quelque temps plus tard, j’y retourne en fouillant sur un site dublinois qui recense tous les musiciens jouant dans la rue. Ils sont des milliers ! A un moment je vois la vidéo d’un jeune mec et je me dis : c’est lui ! Je le contacte. Il ne nous connaissait pas. Je lui envoie notre book. Il croit que c’est une plaisanterie. Je suis obligé de le recontacter sur son Instagram. Il hésite, il a peur. Il n’avait jamais joué dans un groupe. C’est sa mère qui lui dit : vas-y ! Bref, tout ça explique les 4 ans entre les deux albums.
Ce qui ne vous empêche pas de sortir beaucoup d’album live !
M.M. : Ça c’est pour les fans et pour nourrir les algorithmes. Il faut amener de la nouveauté pour remonter dans le moteur de recherche. Si t’es U2, on parle de toi. Nous on a besoin d’amener de l’eau au moulin.

Photo : Alex Giraud
Il y avait un risque de redémarrer avec un nouveau chanteur ?
M.M. : Quand Taylor intègre le groupe, on sait que c’est un très bon chanteur, mais il rentre dans les chaussons de quelqu’un d’autre. En revanche, je ne sais pas encore s’il compose, s’il écrit, etc. Ce qui est étonnant, on a joué la première fois à Dublin en 2025, deux ans et demi après son arrivée. Et il m’a avoué que ce jour-là, il savait qu’il appartenait vraiment au groupe. Il avait peur de recevoir un coup de fil disant qu’il était viré. C’est normal, on a une vie avant, on est des papas, on a 50 ans, il en a 20 ans. Et nous inversement, on ne voulait pas qu’il parte !
Est-ce lui qui a orienté l’album vers un côté moins celte ?
M.M. : Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. C’est tout autant celte, mais moins visible. Quand tu as la culture de cette musique, tu sais où trouver ces accents celtes. Certes, on n’a pas de pipe, pas de kilt….
Il y a néanmoins un virage folk américain, non ?
M.M. : Je dirais folk rock anglais. De toute façon, toutes les influences américaines viennent d’Irlande. Ce qui est étonnant, c’est que les anglais trouvent que ça sonne très anglais, que les irlandais trouvent que ça sonne irlandais… Pour notre producteur Nick Davis, ça sonne très celtique. Mais c’est moins frontal que sur les albums précédents. Ceci dit, Goulven, notre guitariste a été biberonné à Tom Petty. Et à un moment donné, on est tous très Beatles.

Photo : Richard Dumas
Dans le communiqué de presse, vous faites parler un fan qui dit : « D’habitude, je n‘aime pas la musique celtique, mais vous c’est pas pareil. »
M.M. : On a cité ça parce qu’on nous le dit souvent. Je pense qu’on écrit avant tout des chansons avec intro, couplet, refrains, ponts… En France, pour les journalistes non-initiés, la musique celtique a une très mauvaise image. Il y a un gros côté plouc. Pour ceux qui nous écoutent vraiment, c’est différent. Quand ils font l’effort de nous voir sur scène, ils changent souvent d’avis.
Taylor Byrne a participé à l’écriture de l’album ?
M.M. : Il a écrit les paroles de l’album avec plusieurs cas de figure pour la musique. Soit il est arrivé avec une idée complète, soit Goulven s’est immiscé dans son écriture et a modifié certaines choses. Parfois, Goulven ou un autre membre du groupe arrive avec une idée et on la développe tous ensemble. Mais Taylor a écrit l’ensemble des textes.
Où a été enregistré l’album ?
M.M. : On s’est retrouvé à Poitiers dans le studio de Richard (Richard Puaud, bassiste du groupe, ndlr). On a tout à disposition. D’habitude, on fait uniquement les basses – batterie là-bas. Mais on n’avait jamais enregistré tout le groupe sur l’ensemble d’un album. C’est le choix de Nick. On a enregistré à 90% en live. Les violons toujours à part. Au final, 3 ou 4 prises maximum. On était prêt de toute façon. On joue ensemble depuis longtemps.
Pourquoi pas en Bretagne ?
M.M. : Le but du jeu c’est d’avoir un bon micro, une bonne pièce et une bonne console. Il y en a en Bretagne, c’est sûr. Mais à Poitiers, c’est chez un pote. Mais j’aimerais bien un jour enregistrer à Dublin.
Vous tournez beaucoup à l’étranger ?
M.M. : Au début, jusqu’au Covid, on a fait un paquet de pays, dont certains étranges pour notre musique comme l’Algérie, la Turquie, la Chine, le Vietnam. Quand on est en France, on est catalogué rock celtique ; en Angleterre on fait du folk rock ; ailleurs, on fait de la world music. La Chine est arrivée par un vieux producteur chinois Peter Lee, qui a été le premier à faire venir Miles Davis chez lui. Il est tombé sur nous et il nous a programmé sur 3 festivals.

Photo : Hervé Le Gall
En Chine, vous êtes identifiés comme un groupe breton ? Celte ? Européen ? Français ?
M.M. : Français, mais globalement européen : « de là-bas ». Ils ne connaissent pas la Bretagne et n’ont aucune notion de la culture celte. C’est intéressant du coup. Ce qu’on fait généralement dans ces pays « exotiques », c’est de rencontrer des musiciens traditionnels. En Chine, on a rencontré deux chanteurs mongols qui pratiquent du chant dysphonique. Aux Vieilles Charrues en 2017, on les a faits venir. C’est génial. Tout se mélange.
Quelle est la différence entre Dan et Taylor ?
M.M. : L’âge déjà. Dan a vécu à New York, à Londres. C’est un globe-trotteur. C’est surtout une différence entre un vieux con comme nous un peu blasé et un jeune branleur qui rentre dans un groupe bien rôdé. Les guitares sont déjà en place, on prend l’avion… Il rentre par la grande porte dans la musique. Mais il a une soif de découverte, d’aventure.
A Dublin, Taylor jouait à domicile ?
M.M. : Complétement. Il était fier. On va sortir un documentaire de 15 minutes sur notre passage à Dublin. On va retourner dans 4 clubs avec toute la promo qui rend le projet crédible. Et puis, l’album est distribué via PIAS. Lors des concerts le merch fonctionne très bien. Surtout les T-Shirt. Ils sont très T-Shirt ! Ils ont la culture du club de foot. On a des fans qui viennent nous voir plusieurs fois lors de nos tournées. Ça fait des petits, ils amènent leurs potes et leur famille.
C’est la même chose de jouer à Dublin et Belfast ?
M.M. : A l’époque on ne voyait pas de différence. Dan vivait à Newcastle, jouait avec un vieux groupe anglais. Il est irlandais, mais très britannique. En revanche, il avait une vraie culture de la musique traditionnelle irlandaise. Taylor ne l’a pas, mais il se rend compte que c’est dans son ADN. Tu vas à Dublin, c’est dans tous les bars.

Photo : Richard Dumas
S’appeler The Celtic Social Club facilite les choses en Angleterre ?
M.M. : Au départ, je n’ai jamais eu l’idée de jouer en l’Angleterre. C’est une chasse gardée et protégée des anglais. Quand Dan arrive, il connaît le marché. Il est sur place. On commence à organiser 3 concerts dans des salles de 150 personnes. Et partout ça fonctionne. A Edimbourg, l’organisateur de la soirée était Bruce Findlay, ancien manageur de Simple Minds, 72 ans, vieille connaissance de Dan. On échange sur notre musique. Il m’explique qu’on ne sonne ni anglais, ni irlandais, ni gallois, ni français, ni américain… « Vous avez votre truc. Vous avez un coup à jouer sur notre territoire. ». Résultat, on sort notre album chez eux et on va faire une vingtaine de dates en Angleterre et en Irlande entre 2025 et 2026.
Hervé DEVALLAN
The Celtic Social Club « You should know » (Aztec Music / PIAS)











