Le nom de l’exposition de Pont-Aven consacrée à Mathurin Méheut est bien trouvé : « Arpenteur de la Bretagne ». Car les coups de crayon du peintre breton font mouche et nous plongent à chaque fois au cœur d’un monde marin et paysans trop souvent oublié.

Il nous promène véritablement au cœur de la société bretonne travailleuse et pieuse de la première moitié du XXe siècle. Comme autant d’instantanés, il met en scène des hommes et des femmes anonymes donnant vie à un passé coloré qu’il soit d’armor ou d’argoat. Le peintre est alors rangé dans la catégorie des inclassable, comme d’autres sont intouchables. Aujourd’hui, sa popularité ne se dément toujours pas comme en témoigne le nombre d’expositions qui lui sont consacrées. Jusqu’au 31 décembre 2022, celle de Pont-Aven ne va pas infirmer le propos en réunissant des œuvres emblématiques et inédites provenant de collections publiques et privées. Elle fait aussi partie de cet extraordinaire « Été Méheut en Bretagne » dont l’ouverture récente du nouveau Musée Mathurin Méheut à Lamballe (sa ville natale) demeure l’épicentre.
Pour Denis-Michel Boëll, commissaire scientifique qui fut à l’initiative de la grande exposition consacrée à Méheut en 2013, « sa peinture ne se rattache à aucun courant, à aucune école, et il se tient à distance des différentes tendances de la modernité artistique de son temps. Farouchement indépendant, il refuse en 1924 de prendre la tête des Seiz Breur, mouvement engagé dans la rénovation artistique en Bretagne. Et bien qu’il soit nommé Peintre officiel de la Marine en 1921, il ne remplit aucune mission pour la Marine et n’embarque à bord d’aucun de ses navires. »
A Pont-Aven, et à travers quelque 120 œuvres, l’exposition retrace le cheminement de l’artiste depuis sa vision naturaliste des débuts roscovites (faune et flore marine) à la singularité des silhouettes toujours en mouvement. L’éloge du geste. N’oublions pas que sa popularité est déjà une réalité de son vivant. Pour preuve, les deux grandes expositions au musée des Arts décoratifs en 1913 puis 1921. Elles résultent de séjours à Roscoff (1910-1912) puis à Penmarc’h (1919-1920). Mathurin Méheut est alors le plus populaire – en Bretagne – des artistes bretons, même s’il effectue toute sa carrière à Paris où il a élu domicile dès 1902, à l’âge de vingt ans.
S’il réside en France, ses liens avec la Bretagne restent nombreux et fréquents. Denis-Michel Boëll s’en explique : « Un réseau de relations amicales, établies lors des deux séjours déjà évoqués ou à la suite de rencontres ultérieures : des familles amies à Roscoff, les Henriot à Quimper, Augustine L’Helgouach à Sainte-Anne-la-Palud, Marie-Anne Le Minor à Pont-l’Abbé, les Urvoy à Douarnenez, plus tard les Château et les Grall à Rennes. Une place à part est constituée par sa relation avec Yvonne JeanHaffen et son mari, des relations parisiennes, mais qui acquièrent une résidence secondaire à Dinan, lieu qui va accueillir Méheut durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il enseigne à Rennes. »
S’il décède à Paris en 1958, Mathurin Méheut reste le peintre réaliste des activités et mœurs des Bretons. Comme personne, il sait donner force et justesse aux éternels pardons, à la chaleur des moissons, aux mouvements précis des marins pécheurs… Bref à cette Bretagne vivante et éternelle qui reste à jamais gravée dans nos inconscients collectifs.
Hervé DEVALLAN
Musée de Pont-Aven, Place Julia, 29930 Pont-Aven
Tél. : 02 98 06 14 43 – www.museepontaven.fr
En juillet et août, ouvert tous les jours de 10h à 19h
Tarif : Plein : 8€ / Réduit : 6€ / Groupes (+ 10 personnes, gratuit pour l’accompagnateur) : 5€ par personne.
Visites commentées chaque vendredi à 15h30, chaque premier dimanche du mois (sauf juillet-août) à 16h, mais aussi chaque mardi (en juillet et en août uniquement) à 15h30 Durée : 1h. Tarif : entrée + 3 €.











