La romancière Claire Fourier livre une magnifique alternative au « Silence de la mer ». Sur les rivages de la mer bretonne, deux amours, une guerre mondiale et de nombreux interdits
A Gwitalmézé, près de Brest, et à trois kilomètres du mur de l’Atlantique, la maison est un havre de paix, malgré la guerre, malgré les blessures. Une jolie maison avec des volets rouges et des dépendances. Le père, seul désormais, y vit avec sa fille Glaoda qui a dû laisser ses études le temps de la guerre.
Il est vétérinaire et soigne surtout des chevaux car les voitures se font rares. Leur grand plaisir est de galoper tous les deux, le soir, sur la dune.
Mais l’Histoire les rattrape et les confronte à un cruel face à face : ils doivent loger l’ennemi. Or, la guerre les a déjà éprouvés durement : le frère de Glaoda est mort lorsque le cuirassé Bretagne a été coulé par les Anglais… Et le père s’est, en secret, engagé dans la résistance.
Cependant, l’officier Allemand Hermann Christhaller s’est vite révélé un être d’exception : un homme de devoir, simple, d’une grande délicatesse et d’une grande culture. Glaoda et son père ne peuvent y rester insensibles. Et aux yeux de Glaoda, il est très beau…
« Un ennemi à figure d’ange. Etait-ce possible ? Rilke me revint en mémoire : « L’ange du beau est terrible. »
Très vite, l’inévitable arrive et nous plonge dans le cœur véritable du roman : une histoire d’amour interdite entre Glaoda et Hermann et la honte reléguée très loin comme une invention de la société.
Le personnage d’Hermann est solaire et puissant. Malgré sa tristesse de la guerre, et la vision lucide de tous ses rouages, il reconstruit un monde idéal où il entraîne Glaoda. « Les gens du Nord ont une nature philosophique… C’est la tristesse des paysages qui veut ça : elle retourne le regard vers l’intérieur. »
Et à ses côtés, nous procédons sans cesse à des allers-retours entre réalité et vision intérieure. Il vit toujours à distance de cette guerre qu’il critique et replace dans son contexte historique. Mais la beauté des côtes bretonnes, couleur de bruyère, le fascine et le ramène à sa Baltique natale. Les paysages bretons, par analogie avec les plages de sa jeunesse, deviennent des peintures de Caspar David Friedrich.
Ainsi, à travers la peinture de Friedrich, la musique de Debussy qu’il joue au piano et leurs belles nuits tendres, Glaoda et Hermann coulent des heures de bonheur. Cela aurait pu durer toute une vie…
Claire Fourier, par son écriture, dont la finesse nous fait atteindre tous les méandres de l’âme humaine, fait de cette histoire un hymne à l’amour qui transcende l’Histoire et remet l’homme au centre de la vie. Son roman, écrit soixante-dix ans plus tard, est un contrepoint au Silence de la mer de Vercors. Il avait choisi le parti inverse.
L’auteure a aussi Fourier a écrit des poèmes et de nombreux romans dont le célèbre Métro-ciel.











