Il n’y a pas de bonne politique qui ne s’appuie sur des réalités. Les réalités bretonnes sont d’abord celles de son histoire et de là où se trouve désormais notre région sur l’échiquier français. Il est temps de poser les bonnes questions d’un régionalisme devenu trop fragile en espérance.

La France n’est plus celle d’hier. Envahi par le doute, l’impuissance et la peur, par les rivalités politiques plus ou moins entretenues, par certaines collusions relevant de honteux marchandages, le pays se prend à douter de lui-même ; malaise face auquel le régionalisme breton pourrait rebondir à son avantage, comme l’ont fait les Corses ou les Alsaciens. Que nenni ! Chaque appel aux urnes locales est celui d’une honteuse fessée. Il est vrai que les candidats du régionalisme mènent souvent des campagnes fort éloignées des problématiques majeures dont se soucie le peuple, décalage délétère qui chaque fois nourrit de cinglants échecs électoraux.

Des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient

Que ne nous a-t-on promis depuis un demi-siècle ?! Et qu’avons-nous obtenu depuis la Charte Culturelle de Valery Giscard d’Estaing en 1977 ?… Depuis la décentralisation (légère) mitterrandienne de 1982 ?… Depuis les multiples promesses qui ont fait passer la Bretagne à gauche ?… Autant de monnaie de singe dont la mitraille résonne encore au fond de nos poches. Tout un pan de la classe politique ne s’était-il toutefois pas engagé à satisfaire de grandes espérances bretonnes quand l’Union de la Gauche prendrait le pouvoir du pays ?… Puis quand la Bretagne passerait à gauche ?… Et quand les deux chambres du parlement seraient elles aussi à gauche ?… Tout devait changer. Il fallait juste attendre le bon alignement des planètes. Or, cet alignement a eu lieu en 2014, et la Bretagne est toujours amputée de sa Loire Atlantique.

Nos gouvernants occupent le pouvoir mais ne l’exercent pas. Nous avons glissé de l’État à la société, c’est à dire d’une autorité souveraine s’exerçant sur un peuple au bénéfice d’une gestion collective, à l’organisation floue d’un ensemble de personnes niant les institutions ; nous avons par là-même glissé de la souveraineté à l’identité, et du gouvernement à la gestion, refusant de comprendre ce qu’un tel dérapage relève d’impostures et de réels dangers. L’ampleur de ces mutations devrait conduire ceux qui prétendent gouverner à un regain de courage et de lucidité. Chacun constate que ce n’est hélas ! pas le cas.

La bataille pour un tilde ne suffit pas à gagner son autonomie

Plusieurs régions françaises présentent des caractéristiques identitaires équivalentes à certaines régions espagnoles, britanniques ou italiennes ; malgré cela – nonobstant l’exception récente de la Corse – les régionalistes hexagonaux soulèvent une audience politique marginale. La Bretagne est un cas particulier où l’on observe une très forte distorsion entre un mouvement culturel régional manifeste et la faiblesse de son expression dans les urnes. Notre chère péninsule reste la belle endormie, mendiant à Paris l’autorisation d’utiliser un « ñ » pour un banal prénom, alors qu’une famille danoise vivant à Brest peut tout à fait utiliser un « o » barré (ø)  afin de baptiser son fils Jørgen.

Le réveil politique se construit toujours sur la base d’une conscience nationale nourrie d’audace et de courage. La droite française atteste depuis toujours qu’elle ne souhaite pas atténuer son jacobinisme au bénéfice de ses régions. La gauche continue de trahir la Bretagne depuis 50 ans. Reste à créer une union des Régionalistes bretons au sein de laquelle toutes les obédiences seront réunies, y compris celles trop sociales qui effraient la droite, et celles qui font frémir les casaques roses et rouges désormais maculées de vert.

Jérôme ENEZ-VRIAD

© Septembre 2020 – J.E.-V & Bretagne Actuelle

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