Koun Breizh est une des deux associations qui a porté plainte après la destruction supposée de menhirs à Carnac lors de la construction d’un magasin Mr Bricolage. A la tête de l’association, Yvon Ollivier. Bretagne Actuelle a voulu savoir ce qui motivait son président et où en étaient ses actions.
Quel est l’objet exact de la plainte ?
Yvon Ollivier : Destruction volontaire de patrimoines archéologiques.
Pourquoi avoir déposé plainte ?
Y.O. : Le Maire de Carnac et l’aménageur savaient que c’était un site archéologique. Cela leur a été notifié en 2015. Suite à ça, un arrêté de prescription de fouille a été pris par le préfet de la région Bretagne en juillet 2015 pour dire : attention, il y a des vestiges, donc fouille préalable à toute construction. Tout ça leur a été notifié.
Que demandez-vous ?
Y.O. : Que l’on fasse toute la lumière sur cette question. Mais ça devient extrêmement préoccupant parce qu’on s’aperçoit qu’il y a une volonté générale pour étouffer tout ça. Sont concernés : la DRAC, la mairie de Carnac, le préfet qui a fait un contrôle de légalité qui n’a rien vu, qui n’a rien dit. Nous, on voudrait savoir pourquoi ? Pourquoi il ne s’est pas opposé à ce permis de construire. Ensuite, plus grave, le Préfet fait un communiqué de presse avec la DRAC pour dire que tout va bien, tout était légal. C’est faux, le permis de construire est illégal. Pour moi c’est une affaire d’état.
Le parquet de Lorient doit donc faire la lumière sur l’ensemble de cette affaire ?
Y.O. : Oui et j’ai confiance. Les gendarmes travaillent. Tout va bien. Cependant hier (mardi 20 juin 2023, ndlr) j’ai appris que des gens faisaient des fouilles… On n’a pas compris. A partir du moment où l’enquête judicaire est en cours, tout doit se faire dans ce cadre. Avec notre avocat, nous avons demandé le permis de construire, la Mairie ne veut pas nous le donner.
Quel est le rapport entre le permis de construire de 2021 et celui de 2015 ?
Y.O. : En 2015, il y a eu un refus de permis de construire. En 2021, le permis de construire a été accordé sans fouilles préalables, sans rien. En fin de semaine dernière, nous avons demandé à ce que ce permis de construire attribué soit retiré compte tenu de l’existence de vestiges archéologiques. Nous avons également demandé à l’Etat d’ordonner l’interruption immédiate des travaux. Nous attendons les réponses et notamment celles du Maire suite à notre demande de retrait du permis de construire.
Cette procédure judiciaire va prendre du temps…
Y.O. : Oui, ça va prendre du temps. Il va falloir faire des expertises archéologiques dans un cadre judiciaire et donc contradictoire. Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, c’est la désinformation sur les réseaux sociaux et la presse. On nous dit que ce n’était que des cailloux et que ce n’était pas bien grave et que ce n’était qu’un petit problème administratif. Et bien non ! On ne veut pas qu’on prenne les bretons pour des cons. Je trouve scandaleux que le ministère de la Culture n’ait pas encore lancé une enquête administrative pour faire la lumière et pour modifier la législation si les formes de protection ne sont pas assez au point. Nous, société civile, on est prêt à y contribuer.
Depuis combien de temps êtes-vous à la tête de Koun Breizh ?
Y.O. : L’association existe depuis les années 50. Elle travaille sur la mémoire de la Bretagne. Avec des copains, on a repris Koun Breizh début 2021. On a comme projet de créer une grande stèle en mémoire des violences psychologiques infligées aux bretons à l’école pour les empêcher de parler leur langue.
Vous travaillez ensemble avec Sites et Monuments, l’autre association qui a également porté plainte ?
Y.O. : Oui. Notre avocate a aussi pris en charge leur plainte. On a pléthore d’arguments. Le terrain fait partie de la carte archéologique de France et de Bretagne qui prévoit des fouilles préalables. On pense même que le berceau de la civilisation mégalithique – il y a 7000 ans – se trouve également là puisqu’il est à 200 mètres de cet endroit. Dans les deux cas, il s’agit de petits menhirs, comme ceux qui ont été dégagés. La Drac nous dit qu’il ne s’agit que de cailloux. Or, on ne peut l’établir qu’après avoir fait des fouilles !
Prochaine étape ?
Y.O. : On s’interroge sur une grande manifestation du mouvement culturel breton. Il faut se bouger !
Propos recueillis par Hervé DEVALLAN
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Sites et Monuments











