Jean-Pierre Boulic nous revient. Fidèle à lui-même. Après L’offrande des lieux (La Part Commune, 2021) où il évoquait certains épisodes fondateurs de sa vie, le voici à nouveau de plain-pied dans les sentiers de son Pays d’Iroise. Pas de surprise, car sous sa plume, on le sait, « les couleurs trémulent » et les « brouillards sont cousus de fil noir ».

C’est un tout petit recueil. Format à l’italienne, rehaussé des peintures d’Anne Le Maître. Il est le fruit d’une rencontre au salon du livre insulaire d’Ouessant : celle de Jean-Pierre Boulic avec l’Atelier des Noyers, un éditeur portant « une attention particulière aux expressions de la beauté de la nature ». Le manuscrit Sentiers du poète breton a très naturellement trouvé un lieu d’accueil dans une maison affichant une telle ligne éditoriale. Nous voilà, donc, plongés à nouveau dans ce qui fait le quotidien de Jean-Pierre Boulic. A sa suite nous empruntons les sentiers bien connus (aux fortes senteurs iodées) de son pays d’Iroise, avec quelques embardées du côté de la grande île voisine. Voici « le sarrau des landes », « la dentelle de la brume » et « la tulle de la dune ». Voici « les épaules tassées de l’île » et les « bras ballants du cormoran ».

Les fidèles lecteurs du poète breton reconnaîtront bien ici le style de l’auteur (pas avare de métaphores), son aptitude à saisir l’instant dans toute sa plénitude. Car nous ne sommes pas ici dans le « chromo » facile ou dans la simple couleur locale. Jean-Pierre Boulic nous a toujours amenés à percer le rideau des apparences pour nous faire, poétiquement, « passer sur l’autre rive » (Marc, 4, 35-41) : celle de l’émerveillement et de la contemplation. Ce qu’il appelle ici « les folles avoines de l’âme ».

Tout peut alors devenir signe ou message, comme si le mystère du monde venait soudain frapper à notre porte. Il faut pour cela des messagers privilégiés. Ce sont le plus souvent les oiseaux dans ses livres. Et c’est encore le cas dans ce nouveau petit recueil quand l’auteur évoque « grives et mésanges/passacaille du bocage, voix venues des aulnes ». Voix venues d’ailleurs, pourrait-on dire, pour saluer une « terre abreuvée » qui « respire », pour aider aussi « l’homme fragile » au « frêle cœur de chair » à accueillir cet « instant de clarté » qui « approche à pas légers ».

Pierre TANGUY

Sentiers, Jean-Pierre Boulic, peintures d’Anne Le Maître, L’Atelier des Noyers 2021, collection Carnets de nature, 10 euros.

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