« Où va nous ? » On se le demande ! Une chose est sûre, Didier Wampas et son groupe présentent leur quinzième album studio. Avec une recette bien rôdée : punk rock à tous les étages. Et un peu de Bretagne encore une fois.

Cet album des Wampas marque le nouvel épisode d’un groupe créé en 1983. Comment jugez-vous votre parcours ? Vos rêves se sont réalisés ? A croire les paroles d’un titre de l’album, vous n’avez pas « fait tout ça pour finir pendu à Forbach ! »
Didier Wampas : Ah non ! Mon rêve c’était de faire un groupe de rock. Du coup, je l’ai exaucé dès que j’ai commencé à répéter. Et puis, est sorti le premier 45 tours. Ça a été ma plus grande réussite. On a eu une chronique dans Best. Pour moi, la suite n’est que du bonus. J’aurais pu m’arrêter après ce premier disque, ma vie aurait été réussie. Mais je n’ai pas eu envie de m’arrêter. Et depuis, chacun de mes albums est une succession de bonheurs. Je n’attends pas à vendre plus de disques, à être plus célèbre… Tout va bien.

Sur ce dernier album, il est fait référence à vos origines bretonnes. Vous habitez pourtant le sud de la France…
D.W. : Oui, à Sète. J’ai déménagé là-bas cinq ans après ma retraite. J’ai toujours rêvé d’être au bord de la mer. Sète est une ville assez idéale pour ça. Et c’est encore très populaire, y’a plein d’artistes, des peintres, des plasticiens, des musiciens. C’est très bohème et en même temps très prolétaire avec les dockers du port de commerce. C’est une ville vivante.

Le titre « Kenavo my love » laisse penser que vous parlez breton ?
D.W. : Ma grand-mère ne parlait pas français. Ma mère n’a appris le français qu’à l’école. Moi, je le parle un tout petit peu. Gast oui, on est de Spézet, et on parle encore le breton là-bas. C’est la vraie Bretagne au cœur de la Montagne Noire.

Et c’est un regret de ne pas parler breton ?
D.W. :
Non, non. Mais j’aime bien parler quelques mots. Gast oui. C’est marrant, l’accent revient quand on est là-bas.

Dans la chanson, vous citez Job Larigou. Faut le connaître quadn même !
D.W. :
Oui, il n’est plus trop connu. D’ailleurs, Je veux relancer quelque chose : la reconnaissance de Job Larigou. J’ai grandi avec le disque, un des disques de Job Larigou, ça m’a marqué, quand même.

Autre titre et clin d’œil au rock français cette fois ci avec « Les Coronados ». Le meilleur groupe du monde vraiment ?
D.W. : Oui. On a partagé la scène quelque fois. C’est un groupe que j’ai découvert quand e traînais à Paris. La première fois que j’étais au Golf Drouot, ce sont les Coros qui jouaient. Ça tout de suite été a été mon groupe fétiche, je les ai suivis partout. Ils m’ont marqué. Sur scène, c’était incroyable, c’est dommage qu’il n’y ait pas de document, aucun film, pas de live. C’est dommage car leurs disques ne rendent pas justice à ce qu’ils étaient sur scène. De l’énergie, de la sensibilité, il y avait tout.

Dans un autre titre, vous parlez aussi du « punk ouvrier ». Ce sont vos années RATP ?
D.W. :  A la base, c’est moi à la RATP, je suis vraiment punk ouvrier. J’étais un peu comme les prêtres ouvriers avant. Si j’avais voulu, je n’aurais pas été obligé de travailler. J’aurais pu être intermittent du spectacle, mais je n’avais pas envie, je préférais travailler à la RATP et faire la musique à côté par plaisir.

Cette double activité n’a pas été un frein à votre carrière ?
D.W. : Pas du tout, non. Je jouais autant que les autres groupes qui étaient intermittents. Ça ne m’a jamais empêché de faire un seul concert et un seul disque. En France, on joue généralement le week-end. Les concerts de lundi, il faut quand même vouloir ! De toute façon, je faisais les 3-8, donc ça n’a rien à voir, parce que je bossais le week-end aussi, parfois la nuit. Je me démerdais. Je posais des congés, je permutais avec les collègues… Souvent, je travaillais le matin et j’allais jouer le soir. Je prenais un train, j’allais jouer à l’autre bout de la France. Souvent, je repermutais le lendemain pour être de l’après-midi, comme ça je pouvais reprendre un train le matin et retourner bosser le soir. C’est une vraie discipline. Je ne sais pas comment je faisais, d’ailleurs car à cela s’ajoutais les trois répètes par semaine, plus les enfants…

Avec le titre « Pipi au lit », vous semblez prêter une grande importance à la destinée
D.W. :   Ce n’est pas une question de destinée. Petit, j’étais différent des autres, pas très bien dans ma peau. Je ne jouais pas au foot, j’avais pas trop de copains, tout ça… Alors je me suis plongé dans le rock et le punk à 15 ans. J’écoutais des disques tous les soirs chez moi, dans ma chambre, j’étais à fond là-dedans. Si j’avais été comme tout le monde, j’aurais tapé dans la balle, écouté du disco, j’aurais été vraiment… Mais bon, c’est pas le cas. Tant mieux !

Le « Mont Ventoux » est une nouvelle déclaration d’amour au vélo ?
D.W. : je suis fan de vélo, j’ai monté plusieurs fois le Ventoux, et j’ai un pote qui habite en bas, donc j’y vais assez souvent. C’est quand même la montée mythique du Tour de France. Ce titre veut dire que la vie c’est comme le Mont Ventoux. Y’en a qui restent en bas, y’en a qui montent, mais ce sera toujours dur. C’est un peu une métaphore,

Et vous êtes déjà arrivé en haut ?
D.W. :  Ouais. Parfois je n’ai pas pu arriver en haut. Les trois derniers kilomètres, c’est l’enfer quand y’a trop de vent, tu peux pas quoi. Même lors du Tour de France, ils se sont arrêtés une fois au Chalet Renard. Entre la pente et le vent, c’est impossible.

Vous continuez à faire du vélo ?
D.W. : Un peu, oui. Je roule, mais pas beaucoup. Je n’ai jamais roulé autant que je voudrais. Les concerts me prennent beaucoup de temps, donc quand je rentre chez moi, c’est pas pour partir toute la journée à vélo, je profite de ma famille et de la vie un peu. J’ai choisi entre le vélo et le rock’n’roll.. Mais au quotidien, je me déplace quand même à vélo. J’ai vendu ma voiture. J’avais une vieille guimbarde et un jour le pot d’échappement est tombé, j’ai vendu ma voiture 400€ et j’en ai pas racheté.

Pour des raisons écologiques ?
D.W. : Non, A Sète je me suis aperçu que je ne me déplaçais qu’à vélo ou à pied. Et si je vais plus loin, je prends le train à Montpellier de toute façon.

Sur chaque album, on retrouve un morceau sur le vélo. C’est inévitable ?
D.W. : Oui, presque. J’aime tellement ça le vélo, j’aime tellement regarder le vélo, c’est le seul sport où je reste devant la télé, Je suis même le cyclocross, un jour il y aura une chanson sur le cyclocross, je suis super fan ! Je regarde toutes les courses

Qui est « Gaétane » ?
D.W. : Les prénoms dans mes chansons arrivent souvent par hasard. C’était la voisine de Jean-Mi, le bassiste. Un jour il nous raconte une histoire avec sa voisine. On était en répète et on travaillait un titre et là, je commence à chanter le prénom Gaétane. Ça arrive souvent comme ça. Un prénom qui sort et je le mets dans la chanson. Sinon, la chanson parle de Sète…

Vos chansons naissent comme ça au dernier moment, en studio ?
D.W. : Pratiquement tout le temps. J’ai deux ou trois idées dans mon téléphone, mais pas de chanson finie. Elles prennent forme en studio. Je fais ça depuis 40 ans.

Ça ne vous angoisse pas de les écrire au dernier moment ?
D.W. : Un peu quand même, malgré tout.

Et sur « Ou va nous ? », ça a été le cas ?
D.W. : Oui, comme d’habitude. Quand on faisait une pause, j’allais dans la piscine et c’est là que j’ai écrit plein de chansons.  Il y avait une bouée crocodile, je me mettais sur le crocodile… C’était pas mal. J’ai bien aimé. Je tape les paroles avec un doigt sur mon ipad ou mon iphone.

Comment c’est passé l’enregistrement ?
D.W. : C’était cool. On était dans un studio différent (Les Landes, ndlr) et on a joué tous ensemble comme d’habitude. On a toujours fait comme ça à part un ou deux disques. Généralement, on garde basse-batterie, on refait les guitares et le chant. Mais à la basse, on joue tous les cinq. C’est mieux, ça garde l’énergie et la fraîcheur.

Combien de temps êtes-vous restés au studio ?
D.W. : Ça va vite, dix jours max.

Vous répétez les morceaux bien en amont quand même ?
D.W. : Non, pas du tout. C’est arrivé qu’on fasse des chansons comme ça, j’écris une chanson et on l’enregistre. De même qu’on ne joue jamais une chanson sur scène pour la roder Il y a plein de groupes qui testent leurs nouveaux titres sur scène. Nous c’est impossible, je n’ai pas les paroles, et puis les chansons sont à peine finies.  Je n’ai pas très envie d’arriver en studio et que tout soit fini. J’aime bien qu’on soit dans une sorte d’improvisation.

Vous saviez que studio des Landes allait fermer derrière vous ?
D.W. :
Oui, je savais qu’on était les derniers à enregistrer. Ça n’a pas changé grand-chose. Pour Nico, le batteur, un peu parce que sa copine était régisseuse là-bas. Mais ça ouvre, ça ferme, c’est la vie. Le propriétaire a tout vendu, le studio, le manoir où logeaient les artistes.

Qui est le fameux « Jean-Luc » du dernier titre de l’album ?
D.W. : Tu ne connais pas ? C’est Jean-Luc Letegna, le plus grand chanteur français du monde. C’est quelqu’un que j’ai rencontré dans au début des années 90. Il écrivait des chansons, plein de chansons, au moins une ou deux par jour. Il faisait des cassettes qu’il enregistrait chez lui. Il y a des milliers de titres. Il est mort il y a une quinzaine d’années. C’était un de mes meilleurs amis. On était vraiment très proches. J’ai adoré ce qu’il faisait. Il jouait souvent avec nous. On le faisait venir et il jouait sur les festivals aux changements de plateau, il a fait notre première partie plusieurs fois aussi. Sur scène, ça m’arrive de reprendre des chansons de Jean-Luc parfois

Et cette nouvelle faute de français dans le titre de l’album : pourquoi ?
D.W. : Je ne sais pas… C’est un vieux truc. Je sais plus d’où ça sort, c’est un copain à moi qui m’avait sorti ça, une fois, il y a longtemps, et ça m’est resté… Et j’aime bien cette expression. Mais c’est la dernière fois que j’utilise ces fautes. Après « Taisez-moi » « Sauvre le monde », j’arrête avec la faute de français.

D’une façon générale, cet album est empreint de nostalgie.
D.W. : On me le dit, alors que je ne suis vraiment pas nostalgique du tout. La musique me rappelle vachement mes 16 ans, De toute façon, j’écris toujours un peu la même chanson. Comme tout le monde. Ensuite, quand j’écris des paroles sur notre musique, ça me ramène toujours un peu dans le passé. J’ai du mal à l’expliquer sans faire de la psychanalyse, mais il y a un peu de ça. C’est la musique qui me ramène dans le passé, je pense.

Vous écrivez toujours paroles et musique pour les Wampas ?
D.W. Oui, à part les trois premiers albums, où c’est Mark Police qui faisait la musique

Les autres n’écrivent pas ?
D.W. : Et bien les deux guitaristes, Tony et Philo, ont leur carrière solo. Ils gardent leurs chansons Et ça fonctionne comme ça. Nico, le batteur et le bassiste n’écrivent pas.

Vous arrivez à composer un album tous les deux ans environ ?
D.W. : Un album tous les deux ans, c’est un truc de feignant. Ça fait une chanson tous les deux mois, faut pas exagérer. Je compose tout le temps. En plus, moi je fais les albums avec Sugar and Tiger, le groupe que je fais avec mes enfants et Florence. Parfois, je ne fais rien pendant 3 mois, puis je vais en faire 5 en une après-midi, il n’y a pas de règle.

Vous avez de futurs projets avec Sugar and Tiger ou votre groupe les Psycho ?
D.W. : Peut-être un album avec les Psycho.

« Où va nous ? » va sortir en vinyle ?
D.W. : Oui, oui, oui. Il va sortir en plusieurs édition de différentes couleurs. Et donc en éditions limitées. C’est la première fois qu’on fait ça, C’est important, parce que moi, j’écoute toujours mes vinyles. Je les ai tous depuis mes 15 ans, je n’ai jamais rien vendu. Et je continue à en acheter quand il y a des brocantes, notamment des 45t de la période punk. Tout ce que j’aime je l’ai en vinyle.

Quand vous diggez, quelles sont vos adresses favorites ?
D.W. : Je vais le plus souvent sur des brocantes. Il y en a tous les Jeudis à Sète. Et il y a les puces le dimanche, sans oublier un disquaire qui est ouvert trois fois par semaine. C’est un pote qui a plein de disques et qui ouvre du jeudi au samedi. Il y a aussi Gérald, le disquaire de Pézenas. C’est un ancien de New Rose. Lui aussi ouvre en fin de semaine. Je le connais depuis les années 80.

Hervé DEVALLAN

« Ou va nous ? » (At(h)ome)

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie L'invité