En Bretagne, le mer se retire et revient deux fois par jour. C’est le phénomène des marées. Tous les six mois, en mars et septembre, l’eau s’éloigne beaucoup plus loin qu’à l’ordinaire. Ce phénomène est appelé "marées d'équinoxe". Spectacle naturel pour les Bretons, il est hélas ! devenu une attraction touristique ravageuse au détriment des plages.

Les grandes marées dépendent de l’alignement de la Terre avec les astres du système solaire, en particulier lorsque la Lune et le Soleil conjuguent leur attraction avec notre planète sur une même ligne droite. Ce phénomène biannuel prend forme durant les équinoxes. Le Soleil se trouve alors à la verticale de l’équateur et, d’un cercle polaire à l’autre, le jour a une durée égale à celle de la nuit ; d’où son nom dérivé du latin æquus « égal » et nox « nuit » : égale à la nuit. Pendant ces périodes, les marées dépassent le coefficient moyen de 70 pour atteindre et franchir la barre des 90.

Entre une marée de 70 (moyenne) et une de 120 (marée maximale de vive-eau), l’amplitude du retrait océanique peut aller du simple au triple. Cette immensité de sable soudainement découverte est le lieu de vie d’une multitude d’espèces animales. De quoi donner des envies de pêche. C’est toutefois au mépris du bon sens que certains vont retourner les rochers et gratouiller le sable d’ordinaire réservés aux seuls animaux marins.

Petit précis du comportement d’un pêcheur averti

Première condition. Avoir la certitude que la pêche à pied est autorisée sur le lieu choisi. Sinon l’amende risque d’être plus salée que l’eau. Ensuite, ne jamais partir seul ou sans prévenir quelqu’un, et s’équiper d’un téléphone portable pour contacter les secours maritimes (196) ou terrestres (112) en cas de besoin. Essentiel également de prendre connaissance de la météo et des horaires des marées* (en Bretagne, Ouest-France et chaque quotidien local les publient toute l’année) afin de ne pas rester prisonnier d’un écueil entouré d’eau. Pour éviter d’en arriver-là, une seule règle prévaut : être sur la plage au moins deux heures avant la basse mer, et commencer à rejoindre le rivage dès que la zone est pleinement découverte ; car la marée remonte très vite, davantage lors des équinoxes automnales, sa progression est irrégulière d’un bout à l’autre de la plage, et chaque année certains irresponsables se laissent surprendre, parfois au détriment de leur vie. Il faut le dire et le redire : la mer est dangereuse, à fortiori pour qui ne la connait pas, et plus encore pour les touristes qui imaginent présomptueusement la connaître.

Le retournement des pierres est à bannir

Une fois sur le site, il faudra déplacer précautionneusement les rochers et surtout les remettre ensuite dans leur position initiale. Leur retournement est à bannir. Dès lors que la pierre est chavirée, une espèce animale sur trois disparaît. Or, chaque pêcheur en déplace environ une trentaine, qui toutes abritent 70 à 80 types de poissons et crustacés incapables de survivre à la lumière du jour. Une roche déplacée, quelle que soit sa taille, mettra trois ans à rebâtir son vivier initial.

Crus ou cuits, les fruits de mer se conservent mal. Par conséquent, on ne ramasse que ce que l’on est certain de consommer le jour même. Il existe une réglementation officielle concernant la pêche des coquillages. Sous une certaine taille, non seulement les animaux ne se sont pas reproduits, mais il n’y aura rien à manger. En Bretagne, le ramassage des coques inférieures à 3 cm de diamètre est prohibé, idem pour les palourdes ne dépassant par 4 cm. Les commerçants locaux vendent des gabarits permettant de vérifier les dimensions de chaque type de coquillage. Par ailleurs, certaines espèces nécessitent un temps de repos biologique. Il est donc interdit de les pêcher lors de ces périodes. C’est notamment le cas de la coquille Saint-Jacques et de l’ormeau pour qui chacun aura la sagesse de vérifier les dates autorisées. Là encore, les contraventions peuvent être conséquentes.

Dans certaines villes, des quotas officiels ont été mis en place afin de réduire les abus. La quantité de ramassage est limitée par personne. Nul n’étant censé ignorer la loi, il est important de se renseigner en fonction du lieu. Au reste, la Bretagne interdit l’utilisation de la fourche, de la bêche, et des râteaux de plus de 35 cm de large.

La mer relève d’une culture avant d’être un loisir

Il existe des marées importantes tout au long de l’année. Les locaux y pêchent depuis des lustres sans abimer le littoral.  En revanche, la saison estivale et celle des équinoxes voient des foules de vacanciers voyous massacrer la faune et la flore de plages devenues soudain immenses. La mer est nourricière. Elle relève d’une culture avant d’être un loisir. Une culture ne s’improvise pas. Elle s’apprend et se défend. Puissent les lecteurs de cet article faire passer le message sur les plages bretonnes… et d’ailleurs.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Septembre 2019 – J. E.-V. & Bretagne Actuelle

* Les horaires des marées sont affichés à la capitainerie, dans les clubs aqua-sportif, devant les plages surveillées, dans les mairies, à la réception des hôtels, chez certains commerçants…

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