Quinze ans après la création de Matmatah, Tristan Nihouarn retrouve la scène, les bacs de disque et la promo pour présenter "Sauf Erreur De Ma Part". Interview.
Déjà rencontré du temps de Matmatah, Tristan Nihouarn nous parlait alors de son groupe, et de sa terre natale « On fait du rock, il y a une couleur celtique évidente, mais c’est indéniablement rock. S’il y a des groupes dans lesquels on pourrait se reconnaître, ce serait plutôt des formations sixties du style Beatles, Rolling Stones, Jimi Hendrix, Led Zeppelin ou les Who. On s’inspire aussi du kan ha diskan qui est la chanson traditionnelle à danser bretonne. C’est un style basé sur le question-réponse, on en entend beaucoup dans les Fest Noz car ainsi le public peut participer… On aime bien boire ! En Bretagne, lorsque l’on part faire la fête, on dit que l’on part en piste. C’est une tradition qui remonte vers le début du siècle, lorsqu’on a interdit aux Bretons de s’exprimer dans leur langue. Et pour nous, cette expression est une bonne définition de l’état d’esprit de notre disque, on part en piste… »
Quinze ans plus tard, Matmatah n’est plus, lassitude et succès trop important. Mais après trois années de farniente Tristan n’a pu s’empêcher de déterrer sa guitare, de re-partir en piste. Son premier album solo s’appelle « Sauf Erreur De Ma Part », et si le titre est un clin d’œil à ce groupe qui lui amena le succès, l’ambiance y est beaucoup plus calme. Ce sont de très belles mélodies soigneusement ficelées qui s’aventurent dans ce que la chanson française a de plus pop. Un exercice difficile lors que la première tournée est en première partie de Hubert-Félix Thiéfaine, et que toutes les trouvailles de studio n’ont pu être amenées sur scène. Tristan se produit pour l’instant en trio acoustique, avec Emmanuel Baroux à la guitare et Benoît Fournier (ex Matmatah, ndlr) à la batterie. A Saint-Brieuc où nous l’avons croisé et questionné, plusieurs spectateurs lui réclameront un vieux tube de son groupe, mais cette page semble être définitivement tournée. Ce qui n’empêchera pas le public de l’Hermione d’applaudir, charmé par la délicatesse de la musique.
Qu’aviez-vous fait depuis tout ce temps ?
Tristan Nihouarn : Après la séparation de Matmatah j’ai fait une pause, j’ai essayé de retrouver une vie normale, ce qui ne m’a pas empêché aussi d’écrire et de composer, mais ça partait un petit peu dans tous les sens. A un moment, j’ai commencé à entrevoir l’ossature d’une nouvelle identité, une direction à prendre et à partir de ce moment-là j’ai commencé à écrire ce disque. Une vie normale c’est une vie hors tournée, chez soi, avec sa petite famille. Une vie de groupe c’est une vie de patachon et c’est assez fatiguant à un moment, j’avais besoin de me reposer. Mais je ne me voyais pas arrêter la musique, c’est dans mes veines.
Que pouvez-vous me dire sur ce nouvel album ?
T.N. : Au début, peut-être par réaction aux années passées dans un groupe de rock avec des guitares, j’avais envie de les oublier. Et j’ai rencontré Manu Barou qui a finalement fait les guitares et qui a su me convaincre que c’était pas forcément une bonne idée d’enlever toutes les guitares, mais c’est vrai que j’ai voulu expérimenter d’autres instruments que je n’avais pas utilisé avant : des cordes, des claviers, y’a même un joueur de duduk. Voilà, c’est une expérimentation, c’est ça qui est intéressant et excitant
Comment cet exercice solo a influé sur votre écriture ?
T.N. : La différence avec Matmatah, c’est qu’il n’y avait aucune attente du public. Parce que, faut pas s’leurrer, quand on écrit un disque et qu’on a déjà un public on y pense. Ça influence l’écriture et la composition. Et là pour le coup, je me suis dit : « Bon je peux faire ce que je veux finalement ». Je crois que j’ai mis pas mal d’années à savoir écrire, ça a été toute une initiation. Au début, c’était de simples prétextes. Maintenant, j’essaye de soigner les textes, de faire de belles mélodies, de beaux arrangements et puis des chansons qui plaisent. Après, le style franchement, j’m’en fous un p’tit peu. J’ai mes références musicales, j’ai baigné dans le rock anglo-saxon des années 60-70, donc ça réapparaît de toute manière dans la couleur du son, mais je ne me pose plus vraiment de question, c’est plutôt un amusement la composition. Un des morceaux, « Vientiane », je l’ai arrangé pour 4 cordes. Je l’ai fait après avoir maté des films de Hitchock pendant une semaine, j’avais adoré la musique de ses films et je me suis amusé à faire ça. C’est avant tout une histoire d’amusement.
Pourquoi Matmatah s’est-il arrêté ?
T.N. : Matmatah s’est arrêté parce que c’est une histoire de gamins qui ont grandi ensemble et qui sont devenus des adultes. Ça a été une aventure intense du point de vue musical et humain et c’est vrai que quand le côté humain est très important, il peut y avoir des clashs dans un groupe et des envies différentes. On s’est dit que même si on faisait le boulot sur scène, valait mieux être honnête et tout arrêter et c’est ce qu’on a décidé en 2007. On a fait un dernier baroud d’honneur l’été 2008. Chacun se précise dans sa personnalité, et ça s’est arrêté. Tirer sur la ficelle ne sert à rien.
Comment est venu ce succès ?
T.N. : On a eu du succès rapidement, le groupe s’est créé en 95, en 98 on a sorti notre premier album, qui s’est vendu quasiment à 1 million d’exemplaires. Donc ça a été très rapide, on n’a quand même pas brûlé les étapes car on a fait énormément de scène, on a fait un bon millier de concerts avec Matmatah. Ça a été une sacrée aventure, on a fait partie de cette génération « Louise Attaque » qui a ouvert la route et on s’est engouffré derrière. C’était l’époque où les Directeurs Artistiques daignaient se déplacer et voir ce qu’il se passait ailleurs qu’à Paris, et c’est vraiment Louise Attaque qui nous a donné un coup de mains malgré eux. Ils sont devenus un tel phénomène que les médias se sont dit : « Hou la la ! » Comme ils les avaient complètement ratés, ils nous ont tout de suite suivis. Il y a eu un engouement, et on a été très médiatisé.
Le fait d’être Breton a t-il joué en votre faveur ou en votre défaveur ?
T.N. : C’était une chance parce que il y avait énormément d’endroits pour jouer, on jouait quasiment tous les jours. Donc le public on ne l’a pas attendu, on est allé le chercher, et celui qui venait, on lui disait : « Revenez demain, on joue ailleurs mais c’est pas loin ! » Le public a grossi comme ça, parce qu’en Bretagne il y avait énormément d’endroits. Et je pense que si on avait été un groupe parisien ça aurait été beaucoup plus difficile, tout est plus compliqué à Paris, jouer, répéter, logistiquement parlant, c’est important aussi.











