Dix-huit. C’est du 18 de la Grande guerre dont il est question ici. Mais Gaëtan Lecoq remonte aussi le temps en faisant défiler toutes les années du conflit mondial des débuts du 20e siècle. Son recueil de poèmes, à hauteur d’homme, fait parler les combattants des tranchées.

La guerre de 14-18 a souvent inspiré les écrivains. Surtout les romanciers, en particulier quand ils y ont participé eux-mêmes (Dorgelès, Genevoix…). Un peu moins les poètes même si certains en furent aussi les acteurs (on pense à Péguy, Apollinaire…). Le cas du poète méconnu Julien Vocance (1878-1954) mérite aussi d’être souligné. Sa particularité : avoir parlé de la guerre en utilisant la forme du haïku. « Un trou d’obus/dans son eau/a gardé tout le ciel » (En pleine figure, haïku de la guerre de 14-18, éditions Bruno Doucey, 2013)

Chez le Rennais Gaëtan Lecoq, la vision de la guerre s’apparente à un lamento. L’auteur, en effet, a tenu à donner à ses poèmes une tonalité musicale, comme le manifeste ce recours au terme de plain-chant pour amorcer l’évocation poétique de chaque année de la guerre. Ce chant monodique qu’est le plain-chant, véritable récitation rythmée, trouve ici son expression dans des strophes de six vers se succédant sans accrocs sur la base de 4 ou 6 syllabes par vers. « Dans les charniers/Où nous nous enlisions/Fusait déjà/La nouvelle impensable/Des permissions/Pour le deuxième été ». On peut, dans ces conditions, raisonnablement concevoir qu’un compositeur puisse prêter attention à une création poétique élaborée de cette manière. D’autant que Gaëtan Lecoq a divisé en cinq mouvements cette évocation de la guerre, comme autant de mouvements d’une symphonie qui n’en n’aurait pas quatre comme convenu, mais cette fois cinq.

Ce sont les Poilus qui parlent

Sur le fond, ce « cahier de brumes » (sous-titre du livre) nous ramène – bien qu’il ne parle que de la Grande guerre – à ces guerres de tranchées que le monde contemporain redécouvre aujourd’hui avec l’agression russe en Ukraine. Il est ici question de « fièvre en bandoulière », de « corps cassés », de « tripes au fond des frocs », de « bourbier d’amertume ». Ce sont les Poilus qui parlent, un Nous collectif disant l’horreur (« Combien d’amis/La chair déchiquetée/Crânes vidés »), dénonçant « les rires/Des généraux aveugles » et évoquant aussi l’exécution des déserteurs.

Quand survient l’armistice, « Nos cœurs hésitent/Entre joie et tempête », affirment les combattants. Car rien ne sera plus comme avant. « Passons, n’avons/Que ronce à vous offrir/Et tout perdu/Des désirs et des fêtes ». Comme retrouver la paix, celle des cœurs, après un tel carnage. Une vraie planche de salut : les retrouvailles avec l’être aimé. « Encore un pas/Tout sera accompli/Nous serons là/A vous ouvrir nos bras/Au fond des eaux/Vos amants immortels ».

Pierre TANGUY.

Dix-Huit, Gaëtan Lecoq, Terres du couchant, 2026, 75 pages, 14 euros.
Gaëtan Lecoq présentera et dédicacera son livre le 12 novembre à la librairie « L’ivresse de lire » à Quimper.

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