Le sort des coursiers à vélo est le sujet du nouveau roman de Jeff Sourdin. L’auteur rennais raconte l’histoire d’un ancien coureur cycliste reconverti dans cette profession. Son nom : Pedro Delgadeux.
Pedro Delgadeux : le choix de ce nom n’est pas le fait du hasard. Jeff Sourdin, qui s’y connaît en course cycliste et en sport en général, fait ici référence à un autre Pedro, à savoir Pedro Delgado, champion cycliste espagnol des années 1980, vainqueur du Tour de France et de deux Tours d’Espagne. Pedro Delgadeux, lui, « n’est le champion d’aucun almanach sportif. Coureur de l’ombre, coursier de l’invisible, sa trajectoire se confond avec les anonymes du peloton ». Il a été autrefois, comme l’on dit, « le porteur d’eau » des vedettes de son équipe. Pedro Delgadeux a raté sa sortie du peloton et le voici, désormais, coursier à vélo pour gagner sa vie.
L’habileté de l’auteur de ce roman est d’avoir saisi la vie de ce Pedro, appelé Pierre dans le livre (il est Français et vit à Paris), sur l’espace-temps d’une édition du Tour de France, d’un 4 juillet à un 26 juillet. Coursier pédalant, Pierre-Pedro (aujourd’hui âgé de 53 ans) suit, tout en pédalant, les différentes étapes du Tour de France à ses oreillettes. L’occasion, avec ce roman, de revisiter certains lieux emblématiques du Tour et de faire revivre quelques « fous pédalant » des années 1980, de Virenque à Jalabert en passant pat Ulrich ou Ocana.
« Coursier à tout faire, homme à tout livrer », notre Pierre-Pedro « roule pour d’autres, vendant ses forces à différentes écuries » dont Suber Word, « la géante jaune et noire du commerce en ligne » et Suber Food , le « mastodonde mondial de la livraison de repas » qui est devenu « le nouveau sponsor officiel du Tour de France », raconte Jeff Sourdin. « Quand enfin sa journée est presque achevée, le hasard fait que son dernier kilomètre s’ajuste sur celui des coureurs du Tour de France (…) Il ne lui reste que quatre minutes pour effectuer sa livraison s’il veut tenir son rang et ne pas engranger de pénalités supplémentaires ».
Un roman social
Ce livre, s’il nous fait souvent rêver sur le Tour de France et ses « forçats de la route » (comme les appelait Albert Londres) est d’abord un roman social dénonçant la situation des coursiers à vélo, assujettis à de dures conditions de travail et exposés fréquemment à des accidents. Il n’est pas surprenant qu’un jeune coursier issu de l’immigration, victime d’un grave accident et quasiment abandonné à son triste sort par son employeur, devienne un autre personnage central du roman. Le récit va alors s’emballer, prenant parfois les allures d’un vrai réquisitoire, mettant en branle l’ardeur militante de la fille de Pierre et réveillant la propre colère de celui-ci. Jusqu’à ce coup d’éclat d’un Pierre, redevenu Pedro Delgadeux, lors d’un sprint final que le romancier saura habilement rattacher au Tour de France.
Ce n’est pas la première fois que Jeff Sourdin s’intéresse aux anonymes. Il avait déjà montré tout son talent dans le livre Ripeur (La Part Commune, 2010) dont le héros était Dimitri, 27 ans, éboueur la nuit dans un petit village de Mayenne. Du haut de son marchepied, le jeune homme livrait ses réflexions sur le monde, l’amour, le temps qui passe. Cette fois-ci, c’est à hauteur de selle de vélo que l’on découvre le monde. Un monde souvent impitoyable.
Pierre TANGUY.
Pedro Delgadeux, Jeff Sourdin, La Part Commune, 2026, 132 pages, 15 euros.











