Et si Openeat révolutionnait les titres restaurants ? C’est le pari de Jacques-Yves Harscouët qui non content d’accompagner la révolution de la dématérialisation des titres restaurants, leur donne une facilité d’usage inégalée, et pour les restaurateurs, une absence totale de commission ! Les DRH arrivent même a être séduits par la simplicité de la mise en place et… un vrai avantage financier. Alors quel est le secret d’Openeat désormais installé à Saint-Brieuc ?

Jacques-Yves Harscouët a installé Openeat à Saint-Brieuc qui compte aujourd’hui plus de 300 sociétés clientes.
Quand et comment démarre l’aventure Openeat ?
Jacques-Yves Harscouët : Très exactement le 16 novembre 2020, jour de dépôt des statuts. Mais il faut revenir un peu en arrière. Je suis Briochin à l’origine. Après des études en informatique, je travaille pendant cinq ans à Saint-Brieuc pour le Conseil Général des Côtes d’Armor via une société d’économie mixte, qui est en fait le service informatique du Conseil Départemental. Puis, le service est internalisé. Sur les 33 collaborateurs, 32 ont intégré le conseil départemental et un 33ème a fait son renégat : je ne veux pas rentrer dans la fonction publique. J’ai alors créé une entreprise qui réalisait des logiciels, qui ressemblaient à ce qu’on faisait à l’époque, mais dans l’action sociale des départements. Je me suis entouré d’une équipe de 80 personnes tout en continuant à bosser à Saint Brieuc. En 2006, ma boîte travaillait avec 60 départements. J’ai alors vendu en 2006 la société au groupe Chèque Déjeuner tout en restant le patron. Ce jusqu’en 2014. Cette année-là je monte à Paris – un moment de désespoir géographique – pour des missions au demeurant très intéressantes.
Toujours dans le cadre de la société Chèque Déjeuner ?
J.Y.H : Oui, mais au sein d’une agglomération de sociétés qu’ils avaient achetées autour du traitement des citoyens, et non des collaborateurs, comme les titres restos. Et donc je me suis occupé de cette partie-là.
Et en 2017, en pleine mutation des titres resto papier vers leur dématérialisation, on m’a demandé d’être le DG France. Je me suis donc retrouvé à la tête de Up Chèque-déjeuner France, de 2017 à 2019, un petit bouclard de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1100 collaborateurs et 12 filiales.
Un poste important quand même !
J.Y.H : Certes, mais je découvre des process considérables, la lenteur des circuits de décisions. De quoi contrarier l’entrepreneur que j’étais. En 2019, changement brutal de gouvernance de la coopérative. Tout le monde est débarqué. Avec la présidente de l’époque, Catherine Coupet qui était la PDG du groupe, je décide de créer une entreprise. Nous sommes en 2020. On avait juré, craché, que jamais on ne se reprendrait sur les titres restaurants. Et évidemment, on a replongé !
Sur quelle idée repose la création d’Openeat ?
J.Y.H : Avec la dématérialisation qu’on avait nous-mêmes enclenchée en 2014, on s’est rendu compte que c’était plus pratique pour les DRH, mais que les utilisateurs ne s’y retrouvaient pas. C’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à dépenser 100% de la somme créditée sur leur carte. Alors qu’avec les titres en papier, à part le mettre malencontreusement dans la machine à laver, ou le perdre, vous utilisiez tout. Il y avait un taux d’utilisation de 99,5%. Vous pouviez le refiler discrètement aux enfants ! Là, ce n’était plus possible ou moins facile. Finalement, on s’est aperçu que le système commençait à battre de l’aile. Qu’il était de moins en moins intéressant pour les salariés. Résultat, ils perdaient en pouvoir d’achat alimentaire. Pire, chaque année, il restait des sommes considérables sur les comptes qui ne profitaient pas aux utilisateurs, mais uniquement aux émetteurs de titres restaurants. Ce qui correspond à un véritable petit trésor de guerre qui à la fin engrange des produits financiers considérables se comptant en centaines de milliers d’euros !
Des centaines de millions d’euros non dépensés ?
J.Y.H : Oui. Quand j’étais chez Up, on fabriquait à peu près 1,8 milliard de titres restaurants par an, qui finissaient par générer un trésor 700 millions. Si vous les placez à 3 ou 4% d’intérêt, ça rapporte ! C’est un système qui finalement était très discret, surtout ne rien dire aux gens !
Fort de ce constat, on s’est dit : c’est un truc qui marche mal, et qui ne profite pas aux utilisateurs, qui coûte du pognon aux employeurs, et qui en plus est très défavorable aux commerçants, puisqu’on leur prend 4% sur chaque achat.
C’est un peu le même modèle que les cartes bancaires.
J.Y.H : Nous sommes d’accord. Avec un interchange beaucoup plus cher, avec la carte bleue vous avez un interchange entre 0,2 et 0,3%, les titres restaurants c’est 4%. Sachant qu’un restaurateur en moyenne fait 6% de marge nette… Notre idée a été de changer ça.
N’oublions pas qu’un titre restaurant est financé à peu près à moitié-moitié entre le collaborateur et l’employeur. La partie salariée repose sur un postulat ambivalent : on donne de l’argent à l’employé, mais on va d’abord en prendre sur le salaire pour le financer.
C’est le principe même des tickets restaurants
J.Y.H : Avec Openeat, on n’est plus obligés de fonctionner comme ça. On se contente simplement de la partie employeur sans ponctionner sur le salaire de l’employé. Notre système fonctionne comme ça : à chaque fois que l’employé consomme, on lui donne tout de suite la part employeur sur son compte et on débite sa part sur son compte en banque.
Vous inversez le système !
J.Y.H : Exact. Au lieu de pré-payer, et peut-être dans le meilleur des mondes, consommer la totalité de l’enveloppe, on ne pré-paye que la partie employeur donc le collaborateur ne sort pas un sou de sa poche sur son salaire, ce qui revient souvent à 90€ de plus sur le salaire net. En revanche quand il passe dans un restaurant, une boulangerie, etc, nous lui versons tout de suite la part employeur.
L’employé ne met plus au pot ?
J.Y.H : Si, mais au dernier moment, au moment de l’achat, et non par avance sur son salaire.
La part employé est donc débitée directement sur son compte en banque ?
J.Y.H : Oui, elle est débitée sur son compte en totalité, tout comme est remboursée immédiatement la part employeur. Ce qui fait qu’à la fin, je dépense 10€, j’ai 5€ qui seront au final de ma poche, parce que je viens de recevoir de 5€ par mon employeur.
La part employeur est immédiatement créditée ? Sans délais ?
J.Y.H : Oui et c’est nous, Openeat, qui le faisons. L’employeur nous donne ce qu’il donnait d’habitude pour les titres de restaurant. Chaque mois, tant de droit pour tant de salarié pour tant de jour. Et puis nous, dès qu’il y a des dépenses, on débite sur son compte. Le petit miracle, c’est qu’à la fin de l’année, on fait les comptes. Et comme il reste un peu d’argent… On le rend à l’employeur ! Ainsi en 2025, Openeat a rendu 125 000€ aux employeurs.
Sur combien de sociétés clientes ?
J.Y.H : Sur 300 environ.
C’est ce que vous mettez en avant pour séduire vos prochains clients entrepreneurs ?
J.Y.H : Un des arguments seulement. L’autre étant que c’est super facile à mettre en place. Il suffit d’une application et tout se passe depuis votre carte bancaire. Côté RH aussi. Là où avant un DRH mettait 1h30, 2h à faire ses titres restants mensuels, nous c’est fait en 5 minutes. Sur le turnover, quelqu’un qui rentre le matin à 9h dans la boîte, à 9h05 il dispose de ses titres restants, alors qu’avant il fallait attendre 15 jours pour avoir une carte. Côté employé, il n’est plus obligé de vérifier si le restaurateur prend ou non les titres restaurants. Alors certes, on prend un peu de sous à l’employeur, mais comme on lui rend en fin d’année, ça efface nos frais.
Et du coup, le commerçant ou le restaurateur ne paye plus les commissions de 4% ?
J.Y.H : Effectivement. Il n’y a plus de carte spécifique. Tout passe par la carte bancaire du « client ».
Du coup, comment ma banque distingue un achat classique d’un achat « Ticket restaurant » ?
J.Y.H : Il existe deux systèmes. Le premier c’est : je reçois le ticket qui sort du TPE, je le prends en photo avec notre application. On va ainsi obtenir le montant, l’horodatage et le SIRET du commerçant, donc son code APR pour vérifier l’éligibilité du point de vente. Et on rembourse immédiatement. Ou pas. Il y a des petits malins qui envoient des tickets de Leroy Merlin !
Cette solution a un coût pour vous, non ?
J.Y.H : Oui, c’est notre job. L’autre solution c’est que vous pouvez connecter votre compte bancaire et nous on lit votre compte en allant chercher uniquement les informations liées à une consommation alimentaire. D’ailleurs, on ne peut lire que ces informations.
Une lecture quotidienne ?
J.Y.H : Trois fois par jour. On passe par un organisme qui est agréé Banque de France, parce qu’on n’a pas le droit de manipuler de l’argent pour compte de tiers. On n’a pas le statut. C’est normal. On passe donc par un tiers qu’on rémunère pour ça. Nous sommes un peu la voiture balaie des titres restants. C’est-à-dire que la personne consomme, prend un café à 1,50€ et dans la foulée 75 centimes arrivent sur son compte. » En fait, la personne ne s’occupe de rien. Du coup ça rend très fluide le titre restant. Mais comme on multiplie les possibilités de les dépenser, on est le sniper de la dépense alimentaire.
Le business modèle d’Openeat repose uniquement sur la facturation aux employeurs ?
J.Y.H : Oui, ce sont eux qui payent ce service. Alors que nos confrères vendent un service gratuit aux employeurs et font payer les commerçants. » Nous on dit « Vous nous payez, mais on va vous restituer un montant qui va effacer nos frais. »
Cela peut aller jusqu’à payer intégralement votre service ?
J.Y.H : Bien sûr. Par exemple, pour une société de 300 collaborateurs, non seulement, on s’est payé 6€ par mois par salarié, mais au bout de 12 mois on leur a rendu 23 000€ ! C’est-à-dire que l’argent qui était confié aux émetteurs et qu’ils ne revoyaient jamais, nous, clairement, on le restitue.
Et que pensent les concurrents de notre système ?
J.Y.H : Ils sont vents debout évidemment !
Quelle est la croissance d’Openeat depuis 2021 ?
J.Y.H : Aujourd’hui, on travaille avec 400 entreprises et on compte 20 000 utilisateurs à peu près. Chez Openeat, on est en tout 25, soit 20 salariés, 3 prestataires, mon associée et moi-même.
En cinq ans, vous êtes aux objectifs ?
J.Y.H : Oui, tout à fait. On est à peu près dans ce qu’on avait prévu. On a eu le secret espoir d’aller beaucoup plus vite. Mais on va au rythme des décisions des RH avec qui on s’adresse. Il y a un circuit de décision qui prend entre 12 et 18 mois. Et cela passe parfois par des tests sur un échantillon de collaborateurs. Puis cela passe par une convocation du CSE, etc. En 2026, on met en place notre service auprès de contacts rencontrés en 2022.
L’autre expérience, c’est qu’on pensait attaquer toutes les boîtes. Le pharmacien du coin aussi bien que l’entreprise de 40 personnes. Et en fait, on s’aperçoit qu’on a beaucoup de grosses entreprises.
L’actualité semble vouloir élargir le périmètre des titres restaurants aux commerces alimentaires ainsi que la possibilité de les dépenser le dimanche. C’est une bonne chose pour vous ?
J.Y.H : La future loi ne va pas être aussi ambitieuse que ce qui a été prévu au départ. Ils vont faire une réforme consensuelle plutôt qu’une réforme politique. Elle va officialiser le fait de réaliser ses courses avec des produits non immédiatement consommables comme du riz, des pâtes, etc. En revanche, c’est une nouvelle loi qui va définitivement écrire la fin des titres restaurant papier. Au grand dam des restaurateurs. Il y a 15 ans, ils avaient 60 et quelques pour cents de part de marché. Là, ils ont dû descendre à 36%, là où la grande surface est à 44%.
En même temps, cela accompagne un nouveau mode de consommation : les gens mangent en 30 minutes le midi. Il y a 20 ans, on allait au restaurant du coin.
Quels sont vos gros clients emblématiques ?
J.Y.H : L’entreprise Derichebourg demeure un de nos plus grands clients. Depuis début 2023, je pense. On a aussi la mairie de Roubaix qui emploie 2200 personnes, c’est énorme. Il y avait une condition : faire profiter de ces titres restants uniquement aux commerçants de Roubaix. Nous, on sait faire ça puisqu’on paye après le passage à la caisse.

Jacques-Yves Harscouët et Catherine Coupet créent Openeat en 2020.
Openeat s’est installée à Saint-Brieuc en 2025. La majorité des grandes entreprises cibles sont en région parisienne Quelle est la part de risque ?
J.Y.H : Le fait de s’installer à Saint-Brieuc n’a rien changé : les commerciaux sont tous localisés en région. A Saint-Brieuc, nous sommes quatre. Pour le reste, les collaborateurs sont tous en full télétravail. Notre activité de pur service l’autorise. Mais on n’est pas sans aller régulièrement à Paris. Et puis on a des clients à La Réunion, aux Antilles, à Mayotte… Là, ça ne change pas grand-chose qu’on soit à Paris ou à Saint-Brieuc. De toute façon, seulement 30% de business se fait en Ile-de-France.
Cet éparpillement ne nuit pas à l’esprit d’entreprise ?
J.Y.H : Pas forcément. On y remédie. Une fois par mois, on organise ce qu’on appelle l’open hour. Tout le monde est en visio-connectée pour partager l’actualité de l’entreprise, les projets passés, les échanges futurs. Et tous les trois mois, j’organise un gros séminaire avec présence physique et tous les deux mois, des petits séminaires. On essaye, effectivement, de ne pas passer deux mois sans qu’il y ait une rencontre physique.
Pourquoi ce retour à Saint-Brieuc ?
J.Y.H : On habitait Paris. Que ce soit mon associée, qui est mon épouse, et les équipes. Nos bureaux étaient du côté de l’Opéra. C’était parfait. Et puis, notre patron de marketing nous a dit « Je pars habiter Biarritz. » Le responsable de communication « Moi, je vais aller aux Sables d’Olonne. » Ok. Et puis une autre personne du marketing est partie à Orléans. On s’est donc retrouvé, Catherine et moi, à Paris, sans personne ou presque. Alors pourquoi pas nous ? Et puis, moi, j’avais toujours ma maison ici.
Le fait d’être présent à Saint-Brieuc a généré des clients locaux ?
J.Y.H : Pas forcément. J’avais déjà écumé les gens que je connaissais historiquement. Je connais très bien une bonne partie des patrons d’entreprise du coin. Donc, notre arrivée n’a pas généré de nouveaux clients puisqu’ils avaient déjà été contactés, écumés, approchés.
Quels sont les prochains grands rendez-vous pour Openeat ?
J.Y.H : On vise les 200 000 utilisateurs à l’échéance de 3-4 ans. Ce qui nous permettrait d’être ni dans les très gros, ni dans les très petits. D’une façon générale, on n’est pas des grands fans de la taille pour la taille ou de la croissance pour la croissance. Pour nous, ça n’a pas de sens. Cela étant, ce qui est intéressant, c’est que nos clients ne reviennent pas en arrière. Ils ne changent pas. Zéro départ ! Parce qu’une fois que vous avez goûté à ça, vous ne revenez pas en arrière ! Avec une note de 4,9 sur Transpilot. Et ce sont les salariés qui notent !
Openeat est déjà rentable ?
J.Y.H : Non. Pour ça, il faut qu’on dépasse les 50 000 utilisateurs. C’est pour ça qu’on a levé des fonds avec ce qu’on appelle des family office, des entrepreneurs qui nous font confiance. Aujourd’hui, la valeur de la boîte, c’est plusieurs millions d’euros. On devrait atteindre l’équilibre à la fin de l’année ou en 2027. Chaque mois, on crante un peu plus. C’est exponentiel parce que, ce qu’on disait tout à l’heure, tous les contacts de 2022-2023 arrivent maintenant à maturité. On a la chance d’avoir des rotations de DRH qui vont d’une boîte à l’autre. Ce sont nos meilleurs commerciaux !
Hervé DEVALLAN











