L’avenir de l’autonomie énergétique de la Bretagne s’écrit sur la commune de Plélo en Côte d’Armor. C’est ici que la société Sublime Énergie développe un nouveau système autonome de production de Biogaz destiné à être transformé en Gaz Naturel Liquéfié.

Le gaz vert, on en parle… assez peu finalement. D’autres n’hésitent pourtant pas et imaginent notre mobilité de demain sous le signe du bio gaz. Dans le village de Plélo en Côte d’Armor, la fiction va bientôt rejoindre la réalité grâce à la startup Sublime Énergie qui vient d’annoncer son système innovant de production de biogaz liquéfié.
Si la production de gaz vert n’est pas une nouveauté, GRDF s’y emploie depuis des années contre vents contraires et marées houleuses, la solution proposée à Plélo dispose de nombreux avantages. A commencer par le développement d’un système capable de liquéfier le biogaz directement sur son lieu de production, là où la solution GRDF rend obligatoire d’injecter son gaz dans le réseau. Et donc de raccorder ses méthaniseurs à grand renfort de gazoduc onéreux. Résultat : la contrainte géographique exclut de nombreuses exploitations.

Une première mondiale

Le système de Sublime Énergie semble donc – sur le papier – économiquement plus réaliste en s’adressant à l’ensemble du monde agricole. S’il est encore en phase de bêta test sur l’exploitation agricole Gazéa de Plélo, cette solution est d’ores et déjà présentée comme une première mondiale. Finis les raccordements impossibles à un réseau éloigné. Vive l’autonomie de la production et ses débouchés commerciaux pour toutes les fermes ! Le cercle vertueux est immédiat avec une monétisation des déchets agricoles transformés en une précieuse ressource énergétique qui se double d’un excellent engrais lorsque la méthanisation est terminée, les fameux digestats. Mieux encore, la mission première du paysan reste inchangée : nourrir la population. Le monde agricole devient non seulement le chantre de l’autonomie alimentaire, mais aussi de l’autonomie énergétique. A l’heure des crises au Moyen Orient, cela mérite une attention toute particulière.

Transformé le paysan en chef d’entreprise

La valorisation sociale est également au rendez-vous en transformant le paysan en un véritable chef d’entreprise. De plus, cette énergie verte et locale met à mal un modèle jacobin et centralisé défendu par EDF. Ce qui en Bretagne est toujours bien vu et démontre que le tout électrique n’est pas forcément un dogme absolu. D’autant que les monopoles d’État ont souvent apporté la preuve d’une gabegie financière et d’une inflation désastreuse pour l’utilisateur final. Ainsi, lorsque les taxes sur le pétrole ne rapporteront plus rien faute de consommateur, l’augmentation des taxes sur l’électricité va devenir inévitable ! Rouler avec son propre gaz liquéfié est loin d’être idiot.

Reste que la solution développée par Sublime Énergie demeure un vrai défi technologique. Son patron Bruno Adhémar n’est pas ingénieur des Mines pour rien. Et ses principaux actionnaires aussi, les fameuses Business Angels de l’école, sans oublier la Crédit Mutuel. Ici, il s’agit de transformer le biogaz, un mélange de méthane et de dioxyde de carbone issu de la décomposition de matières organiques, en un biocarburant liquide, le bio-GNL (Gaz Naturel Liquéfié). Le résultat permet de stocker et de transporter facilement cette énergie renouvelable. L’exploitation agricole devient ainsi une véritable unité de production de carburant vert, capable – par exemple – d’alimenter une flotte de véhicules (camions, tracteurs) ou d’être transportée vers un point de consommation plus éloigné. Bref, la souveraineté énergétique des territoires est déjà là.

La tournée du laitier

Organisée et modélisée autour d’une dizaine de fermes – appelé Hub – sur le principe de la « tournée du laitier », la solution Sublime Énergie évite d’investir dans de coûteuses infrastructures de raccordement pour chaque ferme, en reposant sur une collecte mutualisée. Un camion-citerne effectuera des tournées régulières pour récupérer le biogaz liquéfié produit par les exploitations d’un même secteur.
C’est ce modèle qui est actuellement testé à Plélo avec les premiers partenaires que sont les agriculteurs méthaniseurs Alain Guillaume et Servane Lecollinet. Un modèle qui semble séduire puisque lors de la présentation de cette unité test, le ban et l’arrière-ban de l’administration française avait fait le déplacement : sénateurs, députés, deux anciens ministres de l’agriculture (Stéphane Le Foll – un petit discours et puis s’en va – et Marc Fesneau) et même le sous-préfet des Côtes d’Armor, sans oublier le Maire (normal) et un représentant de la région Bretagne. Près de deux interminables heures de discours au total. Le buffet a été le bienvenu.

De quoi faire rouler une centaine de camions

D’ici quelques mois, le test devrait se transformer en un essai. La station « produira à terme environ 180 tonnes de biogaz naturel liquéfié, de quoi faire rouler six camions et un tracteur, ainsi que 330 tonnes de CO2 biogénique pour des serristes locaux », souligne Bruno Adhémar. Et à terme chaque Hub pourra produire suffisamment d’énergie pour une centaine de camions roulant toute l’année. De quoi séduire de nouveaux investisseurs. Si la jeune pousse a déjà levé 11,5 millions d’euros en 2019, elle devrait séduire de nouveaux financements, à hauteur de 20 millions d’euros. Sans compter les agriculteurs qui pourront entrer au capital de chaque Hub. Une autre source de revenu ? Et plus sûrement pour la Bretagne, une plus grande autonomie tant vis à vis des États Unis que de la Russie et du Moyen Orient. Mais sait-on que chez nous, c’est le bois qui reste la première source d’énergie. Étonnant non ?

Hervé DEVALLAN

www.sublime-energie.com

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