« La fille des embruns » fouette bon les visages du grand large. Et pour cause, l’énigme se situe dans un petit village du Finistère. Mais n’allez pas chercher de sombres histoires de marins perdus en haute mer. C’est un véritable huit clos en pleine terre que nous propose le second roman de Marie-Haude Mériguet. Précisément au Beg Du, le bar en face de l’église où les villageois se retrouvent sans prétexte. Un beau matin, les habitudes de chacun se retrouvent bousculées par l’arrivée d’une inconnue : Ariane Garcini. Pas si étrangère que ça puisque son mari décédé possédait une maison dans la commune. Un héritage familial insuffisant pour s’intégrer, elle à l’élégance parisienne et au nom trop italien. Le décor est planté et l’histoire entre deux ragots et un fait divers tragique peut commencer.
Ce qui reste étrange, c’est la temporalité de cette histoire que l’auteur situe en 1967. A l’heure ou les Beatles et les Rolling Stones symbolisent une révolution générationnelle (mai 68 approche), ce village de fin de terre semble en dehors du temps. On a du mal à le croire, mais on est ici plus proche du 19ème siècle que de n’importe quelle révolution étudiante. L’auteur à sûrement raison, bien que les paysans bretons aient déterré les pavés et les artichauds dès 1961.L’histoire de Marie-Haude Mériguet n’en demeure pas moins à la fois intense et émouvante et soulève au-delà de l’intrigue les très actuels problèmes du consentement et du viol. Des sujets encore tabous qui heurtent ici toute une communauté. Une communauté qui réussit à faire front et prouve qu’une cohésion est mille fois plus forte que n’importe quelle division. Notre société devrait en prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard.
Hervé DEVALLAN
« La fille des embruns » de Marie-Haude Mériguet aux éditions Charleston – 480 pages – 19.90€











