Sous un titre cultivant le paradoxe, Je suis né sans terre natale, Gérard Le Gouic nous parle de son ancrage cornouaillais, sa vraie terre natale, lui qui a vu le jour à Paris où il ne s’est jamais plu. « Enfant, je m’évadais par les fenêtres ». En Bretagne, il respire et nous le dit.

« Je ne veux pas revenir vers les théâtres de mon enfance », affirme le poète breton. Il a quitté « le sol d’une immense cité » (où il est né en 1936) pour rejoindre « les rêves d’un pays que je me croyais interdit ». Un pays dont il salue ici « les horizons, les aubes aux odeurs de terre,/le silence, les arbres, la liberté ». Il en avait eu un avant-goût durant ces vacances chez des grands-parents meuniers du côté de la Laïta. Une riche expérience sensorielle qu’il a évoquée dans Une rivière bretonne (éditions des Montagnes noires, 2024), remarquable évocation de ces temps passés au contact de la nature.

Gérard Le Gouic nous dit aujourd’hui vivre des « jours paisibles » dans sa « nef de Karmadeoua » dans l’arrière-pays de Pont-Aven après avoir été ce marchand de souvenirs bretons que l’on a connu sur la place de Quimper. « J’ai tenu humble boutique/à Quimper-Corentin centre-ville ». Et il ajoute parlant de Quimper : « Je ne cesserai de t’appeler ma ville (…) J’ai le sentiment d’être né de toi », écrit-il dans un hommage à la préfecture du Finistère.

Mais le temps passant, voici que « soufflent » aussi « les vents mauvais des souvenirs ». Gérard Le Gouic les rameute, par bribes, dans ses poèmes. « On vit d’attentes/et de printemps disparus », note-t-il. Mais il ne s’attarde pas, préférant glorifier le moment présent, dialoguer avec un rosier à sa fenêtre, s’émerveiller de ces « lunes blanches qui remplissent/de leurs glaces les bassins et les auges », s’émouvoir du « son grêle d’une cloche » ou être à l’écoute des « voix des génisses/pour l’hiver dans l’étable ».

De tout ce qu’il a amassé, il n’entend pas en faire un quelconque patrimoine. « Ne léguer ni terre ni toit,/que les arbres et les murs du poème ». Et il a même cette saillie : « Oyez !/A ma disparition je lègue/mon corps à la science/entendez : à la poésie ». Mais le disant, il ne manque pas d’autodérision, se qualifiant de « poète mondialement inconnu ». Façon de mettre sur la plus haute marche ce qui constitue le fil rouge de toute une existence : la poésie, dont il dit qu’elle est « le jardin de la solitude ». Ce qui lui fait concevoir une « mort solitaires » car, de toute façon, dit-il, « elles le sont toutes ».

Le poète s’interroge : « Que savons-nous des instants ultimes/de ceux qui nous quittent dans leur sommeil ? ». Gérard Le Gouic qui vit aujourd’hui «  entouré de morts » dont il est devenu le « gardien », fait un vœu avant de les rejoindre : « Je voudrais que les morts/nous voient du ciel encore ».

Pierre TANGUY.

Je suis né sans terre natale, Gérard Le Gouic, Des Sources et des Livres, 2025, 100 pages, 15 euros

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