Cachemire présente son quatrième album studio : « Suffit juste d’une seconde ». Et que les Nantais soient habillés en robes de princesses, où qu’ils travaillent avec deux réalisateurs belges spécialisés dans la variété, ils sonnent toujours aussi fort. Leur punk rock marque également l’arrivée d’une nouvelle guitariste en la personne d’Alice Animal. Fred Bastard nous explique tout ça.

Cachemire est un groupe nantais et donc breton ?
Fred Bastard : On est centralisé à Nantes. Mais on vient du côté de Cholet. Un peu plus à l’Est donc.

Pour évacuer la question, le nom de Cachemire vient de Led Zeppelin ?
F.B. : Le nom n’a jamais eu un énorme rapport artistique avec le groupe anglais. C’est juste qu’ils nous ont touchés adolescents. Ils étaient hyper précurseurs à l’époque. On n’a jamais été un tribut band à Led Zep. Si ce n’est qu’on joue Cachemire 30 secondes à la fin de chaque concert depuis 10 ans. Voilà, c’est le morceau référence pour nous.

« Suffit juste d’une seconde » est votre quatrième album ? Il marque une étape ?
F.B. : Oui, c’est le quatrième album studio et le cinquième si on compte le live. La nouveauté sur ce disque c’est qu’on est parti sur le texte avant la musique. On a davantage construit un album chanson-rock qu’un album rock’n’roll pur. Les premiers albums qu’on avait, on balançait du riff en répète et puis je calais des paroles qui me semblaient intéressantes. Aujourd’hui, ce n’est pas qu’on a plus de choses à dire, mais on a voulu mettre en avant et en valeur le texte et ensuite la musique. On est dans la même démarche qu’un album pop ou de variété.

Les paroles sont toujours aussi vindicatives. Le fond ne semble pas changer.
F.B. :
En fait, on a toujours voulu bosser le son quand même, mais pas au détriment du propos. Sur l’autre album, le riff pouvait passer par-dessus et on avait un côté plus dansant, plus punk dans la production musicale. Mais on reste un groupe de live, on reste un groupe de rock et on a envie que les morceaux soient taillés pour la scène. Et la grosse différence aussi, c’est la première fois qu’on bosse avec des réals. Habituellement, on lançait des maquettes et puis on arrive en studio comme des grands garçons. On a lâché le bébé à deux réals. Julien Joris et Benoît Leclercq ont secoué la boîte avec toutes les pièces de puzzle.

Charles de Schutter reste cependant derrière la console.
F.B. :
On a toujours bossé avec lui. Mais il refusait qu’on revienne vers lui si on n’avait pas de réalisateur. Il avait peur qu’on tourne en rond. Et il avait raison. On a bossé avec les deux Bruxellois avec qui il a l’habitude de travailler. Eux bossent beaucoup dans la pop.  Malgré le fait qu’on n’a pas le même univers – ils ont travaillé pour Yannick Noah, Florent Pagny – on s’est dit où on va. Au final, c’est parfait parce que moi qui compose un peu à la Ramones ou à la The Hives, ça a bien matché entre nous.

Qu’est-ce qu’ils ont apporté exactement ?
F.B. : Dans la méthode de travail pas grand-chose : on apporte toujours un morceau sur une maquette. Ça ne changeait pas. Si ce n’est que Benoît et Julien pouvaient dire : « Attention les gars, je trouve que la zik ne va pas avec le propos et qu’on ne met pas en valeur le texte. » Ensuite, ils ont pu modifier certains riffs pour qu’ils soient un peu plus mainstream et moins typés rock’n’roll. Ils ont aussi été efficaces sur le coaching vocal en studio, où ils m’ont vraiment permis d’arrêter de gueuler sans arrêt, de beugler dans mon micro et d’amener un peu de douceur de temps en temps. Et donc de travailler la mélodie.

Pourquoi avoir choisi « Suffit juste d’une seconde » comme nom d’album ?
F.B. : C’est dans le premier titre de l’album. Et en fait, on fait ce qu’on veut avec ça. Nous, on sait qu’aujourd’hui, la musique, on la mange en une seconde. Qu’il suffit d’une seconde sur Spotify, Deezer et Apple Music pour juger. Deux ans de taf doivent fonctionner en une seconde. Mais il y a aussi l’aspect sociétal. Il suffit d’une seconde pour changer d’intention de vote, changer la façon de penser. En une seconde, on peut recevoir un coup de fil de son médecin qui nous balance une horrible nouvelle. Et ça, il suffit d’une seconde pour que tout bascule.

Et la signification du morceau Mouscash ?
F.B.
: Ça fait partie des morceaux second degré qui parlent d’influenceurs. Aujourd’hui, avec la démocratisation des chaînes YouTube, on voit beaucoup d’influenceurs nous balancer des produits à gogo. On ne distingue plus le vrai du faux. Ce qu’ils veulent, ce n’est pas nous conseiller d’aller vers un produit ou une situation de vie. C’est d’être payé et d’avoir un maximum de followers et de se friser les moustaches.

D’où est venu l’idée de vos costumes de scène ?
F.B. :
C’est venu du titre « Adam » qui parle d’identité de genre. On voulait l’accentuer et le mettre en avant sur scène à travers nos robes. Et puis, il y a eu l’arrivée d’Alice Animal. On s’est dit « Ça peut être encore plus fun si nous, on est fringués en robe et Alice, non. » Puis est arrivée la date du Hellfest. On a toujours ce côté un peu anticonformiste, même si on ne l’est pas à 100%. On aime bien ce côté punk, d’aller titiller les métalleux qui avaient envie d’avoir un vrai groupe de métal. On s’est dit « Tant qu’à faire, plutôt qu’arriver en noir avec des chaînes et des jeans toués, on va faire tout l’inverse, on va venir avec des petites robes de princesse. » L’idée, ce n’était pas de se déguiser, c’était de montrer que finalement, les robes, ça peut aller au mec. Un peu comme Coco Chanel qui avait habillé les femmes en pantalon.

Quand et pourquoi Alice est arrivée dans Cachemire ?
F.B. :
Quand Sven, qui était à la guitare depuis 10 ans, a quitté le groupe. On avait croisé Alice Animal lors d’un festival en 2003. On était resté en contact. Et le jour où Sven est parti, il n’y a pas eu 36 solutions. On n’a pas fait d’auditions, on a directement appelé Alice parce qu’on sentait qu’il se passait un truc. Et en effet, c’est ce qui se passe. Elle est là depuis un an désormais.

Alice a donc participé à toute l’élaboration de l’album ?
F.B. : Non, elle est arrivée juste après. Le disque était déjà en boîte. Elle est arrivée pour écouter les masters.

Elle est contente du résultat ?
F.B. :
J’espère ! J’aurais dû lui demander. J’espère qu’elle ne vient pas que pour prendre ses cachets. (rire)

Désormais vous jouez sur de grosses scènes. Comment vous allez défendre votre album en 2026 ?
F.B. :
On va multiplier les concerts. Parce qu’on a un public qui nous suit de plus en plus. Du coup, la jauge grossit aussi. Parce que dire qu’on a fait 15 000 personnes dans un festival, c’est bien. Mais c’est souvent dû à la tête d’affiche. Là on va se retrouver à La Cigale le 31 janvier 2026 pour le lancement de notre nouvelle tournée.

En écoutant le titre « A l’ancienne », on découvre que Cachemire est un groupe nostalgique. C’était mieux avant ?
F.B. :
C’était mieux avant, non. Mais en fait, du haut de nos 40 piges, quand on recroise un pote de lycée, on a l’impression qu’on s’est vus il y a deux ans. Mais en fait, 20 ans se sont passés ! C’est le côté nostalgique de notre adolescence. Donc, on peut dire que c’est un morceau nostalgique qui va parler aux quadras.

La nostalgie va jusqu’à enregistrer l’album en analogique ?
F.B. :
Ah, qu’est-ce qu’on aimerait ! Ça va venir. On le fera. On l’a déjà fait à nos débuts. On y réfléchit pour le prochain album. C’est vraiment un objectif depuis longtemps. On aimerait revenir aux enregistrements live sur bande et avoir cette petite goutte de sueur sur la tempe qui dit « Si on se plante, ça va nous coûter un paquet de billets. » Mais oui, on va le faire.

Et parce que le son est vraiment différent ?
F.B. :
Le son est différent. Je reconnais que le numérique nous a amené beaucoup plus d’outils pour aller au-delà. Le spectre est beaucoup plus fort dans les fréquences graves et aiguës. C’est sûr et certain que la bande nous limitait. Le truc qu’on trouve hyper bien avec la bande, c’est qu’on n’a pas le droit de recommencer. Si on réenregistre sur la bande, on perd en qualité. Donc, on a le droit à 3 ou 4 essais pas plus. C’est comme ça qu’ont été enregistrés tous les vieux titres. Je pense à « Roxanne » de Police, où Sting avait mis un coup de coude sur un clavier. Il s’était planté pendant l’enregistrement et on a ce clavier qu’on entend un peu en fond. Aujourd’hui, avec le numérique, on l’aurait effacé sur Pro Tools. L’analogique fait qu’il y a toutes ces imperfections qui en font un vrai titre rock’n’roll.

Du coup, le vinyle va retrouver tout son intérêt !
F.B. :
Oui. Le fait que la source soit en analogique, ça doit renforcer la qualité du vinyle. On dispose d’un vrai master vinyle. Ce n’est pas un produit dérivé. Aujourd’hui, les gens qui nous disent que le son du vinyle est mieux que le CD, c’est faux. La façon dont ça a été enregistré a été faite pour du stream.

Le retour du vinyle est une bonne chose ?
F.B.
: Je suis hyper content que le vinyle soit revenu. J’aime bien le côté collector débile qui consiste à mettre 15 balles de plus là-dedans, mais je le fais.  Ça m’est arrivé d’écouter sur Spotify, et puis ensuite, si ça me plaît bien, je pousse la porte d’un disquaire. J’ai acheté le Turbonégro dernièrement, Mademoiselle K aussi. Tout comme le Royal Republic. Je suis fan. Et puis le dernier Gérard Manset. J’invite à écouter son dernier disque. Je l’ai trouvé, très puissant.

Vous achetez des disques d’occasion ?
F.B. :
Oui, j’ai acheté récemment, et hyper cher, le The Wall de Pink Floyd. J’ai un peu honte en fait. J’ai vu que c’était la version originale. Il vendait ça 100 balles, et puis j’ai craqué. Comme le « Métro c’est Trop » de téléphone. J’avais une réédition et puis là, je l’ai trouvé la première presse. Le mec m’a pourtant prévenu : « Attention, il saute ». Je l’achète quand même. Le son est franchement bon. Il y a une sacrée différence entre les rééditions remasterisées et les versions originales où il y a vraiment un grain.

Vous avez une bonne adresse de disquaire à nous conseiller ?
F.B. :
En fait, je trouve mes disques en festival. Il y a souvent des disquaires qui ont un stand. Le Pink Floyd, c’est là où je l’ai trouvé. Il y a aussi le salon du disque chez nous à Rezé près de Nantes, un gros salon du disque.

Sur votre disque, Yarol Poupaud est venu jouer un titre. Comment l’avez-vous rencontré ?
F.B. :
On s’est croisé en festival, ensuite je l’ai invité au Trianon pour nos 10 ans, et puis on a joué « Fils de personne » ensemble, et on s’est lié d’amitié. Il y a de fortes chances qu’il revienne à La Cigale !

Il y aura d’autres invités à La Cigale le 31 janvier 2026 ?
F.B. :
Oui, il y aura Corentin Pujol, qui est le claviériste de Matthieu Chédide. On a TK, qui est un guitariste et influenceur qui est devenu un ami. Il va jouer un titre avec nous.

Nantes est en Bretagne ?
F.B. :
Le château des Ducs de Bretagne, je ne sais pas où il est, mais en tout cas, il n’est pas à Cholet. Tu as la réponse.

Cachemire est un groupe Nantais ou Breton ?
F.B. :
On est Nantais. Moi, je suis au cœur des Mauges, avec le guitariste, on est tous les deux des Mauges. Nantes est notre point de rendez-vous avant la tournée. On est plus Nantais que Bretons, ça c’est sûr.

Hervé DEVALLAN

« Suffit d’une seconde » (Enragé Prod / Les Deux Grands Secs Production)

 

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