« Les faits parlent d’eux-mêmes », nous dit Jacques Josse dans un des textes qui composent son nouveau livre Vestiaire de la mémoire. Avec l’écrivain et poète rennais, nous touchons toujours au sensible, au vécu, à l’humanité dans ce qu’elle a de plus charnel. Toujours sur la base de faits réels « transfigurés » par une écriture qui fait revivre des êtres qui le hantent.
« La plupart d’entre eux ne sont plus de ce monde. Quelques uns sont partis sans faire de bruits mais non sans douleur », nous dit Jacques Josse. Ce sont bien ces hommes ces femmes, souvent peu épargnés par la vie, que l’auteur rennais n’a jamais cessé d’approcher dans ses livres. C’est en effet le fil conducteur d’une œuvre placée sous le signe de l’importance à accorder aux gens « de peu », sous le signe aussi d’une forme d’empathie et souvent de compassion. Né dans le Goëlo, Jacques Josse a bien connu toutes ces gueules cassées ou ces vies brisées, aussi bien issues de la campagne que du monde maritime. Voici qu’il nous les sort à nouveau aujourd’hui du « vestiaire de la mémoire » en reprenant des textes publiés en 1999 et 2001 (Un habitué des courants d’air et Ombres classées sans suite, Editions Cadex), auxquels il ajoute quelques inédits.
Dans des textes de une à deux pages, on voit donc défiler tous ces êtres que la vie n’a pas souvent épargnés. « Hier soir, un homme s’est pendu avec la laisse de son chien. Les brumes de la vallée n’ont rien dit », écrit-il dans un texte intitulé En apesanteur. Voici Benoît B., 25 ans, « incapable – affirment les voisins – de faire du mal à une mouche (qui) a froidement abattu un inconnu avec une Winchester calibre 16 ». Tandis que « Là-bas un homme sort de l’ombre. Il se lève, reluque ses godasses, marmonne des paroles inaudibles. C’est le dernier d’une longue lignée, une espèce de relique… ». Plus loin voici qu’il nous parle d’une femme qui vole du linge sur les séchoirs.
Toute une géographie qui porte la marque de l’auteur
Des hommes, des femmes. Des lieux aussi. Des cafés, des bars, une tombe, un hôpital, un bourg désert, un lavoir désaffecté, un rivage, les quartiers sud d’une grande ville, un quai … Toute une géographie (mentale et affective) qui porte la marque de l’auteur et que l’on retrouve invariablement au fil de ses livres. Des ombres s’y faufilent. Des destins se croisent. La camarde veille toujours. L’oeil aux aguets Jacques Josse raconte ces vies sur le fil du rasoir.
Comme Paul qui vit « aux pays des voix immémoriales » (on aura reconnu le poète et potier Paul Quéré), Jacques Josse vit et écrit « loin des bavards et des hommes en vue » (n’a-t-il pas obtenu le Prix Loin du Marketing en 2014). Ses livres ne manquent pas non plus de références littéraires. Grand lecteur, y compris la nuit autrefois sur les sacs du tri postal où il travaillait, il nous évoque ici Bohumil Hrabal, Thomas Bernhard, ou encore Elfriede Jelinek. Il y a aussi l’hommage au marin-poète Alain Jégou, l’ami disparu, ou encore à Danièle Collobert. Incontournables poètes du vestiaire de sa mémoire.
Pierre TANGUY.
Vestiaire de la mémoire, Jacques Josse, Les Hauts-Fonds, 2025, 120 pages, 18 euros. Jacques Josse a également publié en 2025 un petit livre titré Au bar de l’oubli (Le Réalgar, 60 pages, 7 euros) où l’on retrouve son univers.











