Qui mieux que Pascale Le Berre pour être à l’initiative d’un album hommage à Philippe Pascal ? Celle qui a partagé une partie de sa vie, notamment au sein de Marc Seberg, a pris le temps de réunir neuf artistes sur un vinyle de toute beauté. D’Alan Stivell (avec les membres de Marc Seberg !) à Etienne Daho, en passant par Dominic A ou Denis Bortek, tous ont répondu présent. Mieux encore, un titre inédit a été dépoussiéré. Histoire d’une aventure. 

Comment est né le projet ?
P.L.B. :
Lorsque j’ai eu envie de faire cet album hommage, j’avais besoin de trouver une structure avec laquelle je sois sûre d’aller jusqu’au bout de l’idée. J’ai revu François Pinard au décès de Philippe. Il était le dernier manager de Marc Seberg et du duo Philippe Pascale. La connexion s’est refaite. On a continué à se voir. Je lui ai parlé de cette idée et il m’a dit banco. Il faut dire qu’en plus d’être manager et tourneur, François a monté un petit label. Il m’a laissé développer le projet.

C’était en quelle année ?
P.L.B. :
C’était il y deux ans et demi, trois ans. Le temps que je réfléchisse, que je sois prête, que j’entame les démarches, que je contacte les premiers artistes… Un processus assez long en fait. Mais le temps avait peu d’importance.

Quel a été le premier invité ?
P.L.B. :
Le premier a été Denis Bortek. On est pote, on s’est retrouvé à Paris. On travaille souvent ensemble. Pour le Tribute, je savais déjà quel morceau j’allais lui donner. « Je t’accorde » lui va comme un gant et il y a que lui qui pouvait le relever. Je trouve sa version géniale. On voit qu’il s’est amusé et qu’il a su l’interpréter à sa manière. Sur cet album, tous les artistes ont de l’amour, du talent et de l’audace. C’est ça qui permet de voyager à travers les textes de Philippe. A partir du moment où tu donnes carte blanche à un artiste, il peut arranger le titre comme il veut à condition de respecter le texte et l’harmonie. C’est comme ça qu’on arrive à la version époustouflante de « Strike » par Théo Hakola. En l’écoutant tu te balades aux États-Unis.

La liste des artistes était pré-établie ou ils sont arrivés au fur et à mesure ?
P.L.B. :
J’avais une idée très précise de qui je voulais voir. Pour Etienne Daho, j’ai choisi un moment stratégique : j’ai attendu qu’il termine une série de concerts. Il a dit oui tout de suite. Il a casé ça dans son agenda avec ses musiciens et puis tout a été très vite. Personne n’a mis longtemps en fait. En revanche, un ou deux n’ont jamais trouvé le temps, mais je ne vous donnerai pas leurs noms (rire). Ça m’a un peu énervée… Mais ce n’est pas grave. En revanche, personne n’a dit non.

Alan Stivell en ouverture de l’album, un choix audacieux ?
P.L.B. :
On ne pouvait mettre sa reprise qu’en ouverture d’album. Sa version de « Recueillement » est particulière à plein d’égards. Au concert hommage à Philippe, j’avais repris avec lui « Recueillement ». Et ce n’est pas rien de jouer avec lui ! Beaucoup de gens ont trouvé que c’était le morceau le plus émouvant de la soirée. Il y a une vraie parentalité entre la voie d’Alan et celle de Philippe. C’est surprenant. Ça a rajouté à l’émotion. Du coup, je lui ai proposé d’enregistrer le morceau. Il était heureux. On s’aime beaucoup. Lui et Philippe s’aimaient beaucoup aussi. Sa place était sur l’album. L’enregistrement à Rennes était émouvant avec les musiciens de Mac Seberg. Il manque juste le batteur originel. On est retourné au studio BDB de nos origines, là où tout le monde a commencé avec Jean-Pierre Boyer à la console. C’était chouette de se retrouver et en même temps, on était là pour une occasion particulière. « Recueillement » par Alan avec Marc Seberg ne pouvait qu’introduire l’album.

Après Denis Bortek quel autre artiste a enregistré ?
P.L.B.
 : Etienne Daho est arrivé assez vite. Ensuite Axelle Renoir dont je me souvenais qu’elle avait fait une très jolie version de « Jeux de lumières ». Elle m’a dit qu’elle aimerait le refaire avec d’autres guitares… Elle n’a jamais eu le temps. J’ai donc gardé la première version qui me va parfaitement (rire). Ensuite… Il y a « I am a book » !

Un titre inédit qui arrive quand et comment ?
P.L.B. :
Après notre album « Philippe Pascale », Philippe m’a dit qu’il avait dit tout ce qu’il avait à dire.  « J’arrête la musique ! » Et surtout « Je ne veux plus souffrir à cause de l’écriture ». C’était en 1985 à l’époque de « Le Chant des terres » où il se met à chanter en français. En 1998, Jean-Louis Brossard nous questionne sur une reformation : « Quand est-ce que vous recommencez votre vrai métier ? » (rire). On s’est laissé tenter pour un one shot pour les Trans avec quelque chose d’électro acoustique. Ensuite, Philippe avait toujours envie de chanter – mais sans écrire. Il m’a proposé de mettre en musique des poèmes qu’il choisirait. On a enregistré une série de 10 morceaux à la maison. Il n’y avait aucune pression, personne n’attendait le projet. « I am a book » est un poème de Delmore Schwartz, un des mentors de Lou Reed. Ce texte est très touchant car c’est l’histoire d’un homme qui fait le bilan de sa vie. Je tiens beaucoup à ce titre. J’ai récupéré la voix de Philippe par l’IA. J’ai refait mes parties de piano et de cordes avec des sons plus conséquents.

Et que deviennent les neuf autres morceaux ?
P.L.B. :
Ils sont chez moi… Je ne suis pas sûr de les sortir. Là, j’ai pu ré enregistrer, mais il y a un morceau qui parle d’un train qui va vers l’Ouest américain et que j’ai mis en musique à base de samples. Les Samples sont quelque part sur une disquette… que je n’ai plus. Ce serait très compliqué de les reconstituer. Le tout étant à l’état de maquette. Les voix sont là, mais…

Le sticker de l’album mentionne : « Philippe Pascal, auteur, compositeur et leader des groupes Marquis de Sade, Marc Seberg, Philippe Pascale ». Or il n’y a aucun morceau de l’époque Marquis de Sade sur l’album. Pourquoi ?
P.L.B. :
Plusieurs raisons. Dans la vie je m’occupe de ce qui me regarde. Par ailleurs, Marquis de Sade est doublement endeuillé. Mais je me suis posé la question. Pas longtemps… Je me suis dit que je n’étais pas légitime, que beaucoup de musiciens ont appartenu au groupe sur la longueur. Ça leur appartient. C’est à eux de voir ce qu’ils ont envie de faire. En plus, mon projet tient sur un vinyle, 20 minutes par face. Soit dix morceaux.

Vous intervenez sur quels titres ?
P.L.B. :
« Recueillement » et « I’m a book » uniquement. C’est une carte blanche à des artistes. Je n’ai pas de plans cachés ! (rire). Quand tu confies des titres à d’autres artistes, c’est une école du lâcher-prise. Tu confies une part de ton intimité et il va en faire ce qu’il veut. Bizarrement, j’avais confiance. A chaque fois que j’ai reçu un mix, mon cœur battait la chamade, mais ça m’a emplie de joie. J’espère que ça fera la même chose au public.  Car cela remet en lumière des textes de Philippe. On ne pouvait pas rester sur la violence de sa disparition. C’est pour ça que je fais cet album. C’est un album de consolation qui permet de le remettre dans la lumière.

Vous avez peur que Philippe Pascal soit oublié ?
P.L.B. :
Non, parce que je me rends compte que le public est toujours là. Je reçois toujours des messages m’expliquant qu’on a été importants pour eux. Ça me touche énormément, car ça veut dire qu’on est entré dans l’intimité de la vie des gens.

L’ordre des morceaux est important ?
P.L.B. :
Oui. L’ordre est important et toujours assez casse gueule. J’ai trouvé évident de commencer par Alan. Ensuite, arrive Étienne. Il fallait l’entendre assez vite sur l’album. Ensuite, une fois que t’as ça, le reste s’enchaîne. Au début, l’inédit, je pensais le placer à la fin. Mais, je me suis rendu compte qu’il était difficile de finir là-dessus parce que ça dramatisait tout. Une sorte d’au-revoir définitif. Du coup, il ouvre la face B. Et puis, plus on avance dans l’écoute du vinyle, plus on va vers le rock indé. Cet album est presque une histoire du rock. Du coup, « I’am a book » est bien placé. Ensuite vient la reprise de Nicolas Comment avec sa voix qui est d’une élégance absolue. Lui et les musiciens ont fait une version de « Les nuits Chrysler » qui est d’une classe folle. Pour finir, Théo Hakola était une évidence. Lui et Philippe étaient très proches. C’était un des rares artistes avec qui il discutait vraiment. Ils avaient une culture commune, comme la littérature américaine par exemple. Et le retrouver a été un vrai plaisir. Il a choisi « Strikes », car à l’époque Philippe lui avait demandé des conseils sur l’anglais à utiliser sur le titre. Ils ont bricolé les deux premières phrases ensemble. Un souvenir poignant.

Le dernier enregistrement est arrivé quand ?
P.L.B. :
En juin 2025. On est parti ensuite dans le studio de Dominique Blanc-Francard à Trouville pour « Recueillement » et « I’m a book ». Le mastering s’est fait à Paris dans la foulée. L’album vinyle est pressé à 550 exemplaires.

Le Vinyle est rouge. Une volonté de votre part ?
P.L.B. :
Oui, tout à fait. On s’est fait plaisir. On n’a pas multiplié les coloris. S’il y a une réédition, on verra.

Dernière question : le choix de la pochette ?
P.L.B. :
C’est une photo de Richard Dumas prise lors du tournage des Enfants du Rock en 1985 dans le décor du spectacle « Autre chant » créé pour la tournée « Chant des terres ». J’avais le seul tirage papier de cette photo. Lui n’avait plus rien. Il a heureusement retrouvé le négatif dans ses archives.

Hervé DEVALLAN

L’album hommage à Philippe Pascal (Note A Bene / Wagram)

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