Le sésame dont il est question dans ce livre de Bernard-Pierre Vilboux est bien la poésie. L’auteur (né à Rennes en 1961) livre ici un vibrant hommage à des auteurs qui remplissent les rayons de sa bibliothèque. Mais il le fait avec cette conscience aiguë d’un certain effondrement de la poésie. Un sentiment exacerbé par la disparition de ceux qui pouvaient lui être les plus chers.

« Les poètes s’en vont/Chacun à leur tour/ils s’en vont par les chemins/Affronter leur nuit (…) Il s’en vont les Beaucarne, les Murat, les Lavoué, les Bobin »… nous dit Bernard-Pierre Vilboux. « La poésie ne se lit plus », « La poésie tombe en lambeaux », « Un temps, elle fut un art de vivre ». Pour affirmer son amour persistant de la poésie, il confie écrire lui-même des poèmes « sous les combles », dans un « bocage luxuriant ». Et, ajoute-t-il, « La poésie il convient de l’aborder/Avec mesure, jamais de front ».

Le poète Vilboux est d’abord un lecteur. Il a beaucoup lu et s’enthousiasme toujours à la lecture des figures tutélaires de la Beat Generation : Snyder, Ginsberg et quelques autres. Il a lu Brautigan, Emerson, Thoreau et Whitman (« Whitman coule dans mes veines »). Mais on le voit aussi emprunter les pas de Herman Hesse à Lugano ou ceux de Pasolini à Rome. Côté français, la liste est longue. Retenons l’hommage à Jaccottet « pour la pléiade des éléments que la plupart ignorent », à Bobin « parce que ses livres agissent même quand ils sont fermés », à Grall dont il vante « la mémoire granitique d’une mémoire monde ».

Une bonne dose d’humour

Du poète il dit qu’il « donne à voir la face cachée de toute chose/Il aime à croquer le vivant, la mélancolie ». Vilboux s’y emploie lui-même, plutôt sur le registre humoristique ou sarcastique pour croquer ce vivant dont il prend le pari de tordre le cou, s’agissant par exemple de nos travers ou de nos petites manies. Ainsi lit-on avec délectation cet « inventaire à la Prévert » sur nos très indispensables objets du quotidien : sur l’aspirateur qui est là « pour avaler la dernière génération d’acariens », sur la tondeuse qu’on utilise « pour décapiter le peuple des pâquerettes », sur la cocotte-minute que l’on s’en va acheter « pour approcher les vendeuses du rayon électro-ménager ».

Bernard-Pierre Vilboux ne se prend pas au sérieux. Ce qu’il veut, c’est en lecteur et poète, « Voler ici ou là/Quelques bribes/D’existence/Pour l’éternité ». Ou, encore, « Escalader le verbe, encore et encore/Revenir sur l’ouvrage, toujours ». Ce qu’on appelle être un taulier de la poésie.

Pierre TANGUY.

Sésame des âmes apaisées, Bernard-Pierre Vilboux, Des Sources et des Livres, 2025, 123 pages, 15 euros.

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