Quatuor de pop rock, Madelyn Ann trouve une vraie originalité en chantant en breton. Loin de l’univers trad, le groupe présente son deuxième album « Lies » où, pour séduire un public plus large, a glissé un titre en français et un autre en anglais. Rencontre avec sa chanteuse.

L’album s’appelle Lies qui signifie multiple. En quoi ce disque de Madelyn Ann invite à la pluralité ?
Madelyn Ann : Nous jouons de la pop rock. J’aime bien dire que c’est une pop rock rurale. On est ancré sur le territoire. Tout ne se passe pas dans les grandes villes ! Et cet album est multiple parce qu’on s’exprime en plusieurs langues : le breton majoritairement, mais aussi une chanson en français et une en anglais. Il est également multiple par les influences de chacun des membres du groupe.

Quelles sont ces influences ?
M.A. : On est quatre. Deux sont davantage pop, Gaëtan et moi. Lui par des groupes comme Coldplay et moi par des chanteuses comme Kate Bush, London Grammar ou Florence & the Machine. Brendan et Olivier ont des influences plus rock. Brendan, le batteur, est un fan absolu des Cure. Oliver est plus rock alternatif avec un groupe comme Interpol.

Vos influences restent très anglaises !
M.A. : Complétement. La Bretagne fait un pont avec l’Angleterre.

Pas d’artistes français ?
M.A. : Je pourrais en citer. Comme il y a une chanson en français, je peux dire que Miossec m’inspire beaucoup – et il est breton – pour ses textes très bruts et à fleur de peau. Je pourrais aussi citer Dominique A pour la poésie et Emilie Simon qui fait son grand retour. On est dans les mêmes registres de voix.

Vous êtes une locutrice bretonne au quotidien ?
M.A. : Je parle breton. On l’utilise en famille mais de manière prioritaire.

Quand vous composez, c’est aussi facile en français qu’en breton ?
M.A. : C’est différent. C’est plus dur en breton. Ce n’est pas ma langue maternelle. C’est moins instinctif. Il y a une recherche sur les sonorités et les mots. J’ai donc besoin du dictionnaire. Il faut faire sonner la langue avec la musique. Certains mots sonnent mieux que d’autres, sont plus doux et plus liés.

Comment avez-vous appris le breton ?
M.A. : En faisant une formation adulte. Je suis née à Cherbourg. J’ai la double nationalité, bretonne et normande (rire). Ça va faire des rageux ! C’est mon grand-père qui est de Carhaix. J’ai toujours été attirée par la Bretagne. Je suis venue m’installer dès que j’ai pu, après le bac, pour poursuivre mes études ici. Et je ne suis plus repartie.

Le breton est arrivé ensuite ?
M.A. : Oui, c’est comme si tout s’était mis sur mon chemin pour que je baigne là-dedans. Je suis venue faire mes études, j’ai rencontré un breton bretonnant qui m’a donné envie d’apprendre la langue. Ensuite j’ai rencontré un musicien anglais, Robin Foster (il réside dans le Finistère dans les années 90, ndlr). Il fait écho à mes influences musicales. Je ne viens pas de la musique Trad. Tout s’est imbriqué pour que je fasse la musique que je propose aujourd’hui.

Chanter en breton facilite une tournée à l’étranger ?
M.A. : Au Pays de Galles, oui. Mais il faut creuser ce terrain. Les groupes de musique galloise jouent en Europe, alors que nous, artistes bretons, restons au pays. Tous les genres musicaux sont représentés dans la langue galloise. Nous, c’est essentiellement de la musique traditionnelle. Mais entre le Pays de Galles et la Bretagne, il y a de vraies passerelles. Tout comme avec la Cornouaille. A l’inverse de l’Irlande ou de L’Ecosse. En France, les Basques aussi n’hésitent pas à chanter dans leur langue dans des groupes de rock de punk, etc.

Madelyn Ann, c’est vous ou le nom du groupe ?
M.A. : Les deux. J’ai débuté sous mon nom, sauf que le nom du groupe ne s’écrit pas de la même façon. Ça sonne un peu plus anglais.

Le groupe existe depuis quand ?
M.A. : Ça date du confinement. On a commencé à bosser à distance. J’ai chanté avec Robin Foster et son bassiste n’est autre que Gaëtan Fagot. On a décidé de bosser ensemble pour poursuivre ce que j’avais initié avec Robin. Olivier nous a rejoints aux guitares et Brendan ensuite à la batterie. On s’échangeait des fichiers, même si tout le monde était en Bretagne.

Que s’est-il passé après le confinement ?
M.A. : On a sorti un EP qu’on avait enregistré chacun chez nous. Du DIY complet. Ensuite, on a répété et travaillé sur de nouvelles compositions. On se voit surtout avec Olivier et Gaëtan. Le fait d’être « repéré » par les médias régionaux nous a incités à poursuivre. Là avec ce deuxième LP, on opère un tournant. On veut s’ouvrir au-delà de la langue bretonne. On touche un public très sensible à la cause et à la langue. Mais derrière, on ne va pas toucher un public qui n’est pas forcément intéressé par la culture bretonne. Nous on fait de la musique pour toucher le plus de monde possible. J’écris sur des thèmes qui me sont chers, j’ai envie de faire passer des messages. C’est donc tout naturellement qu’il y a une chanson en français sur le disque.

C’est donc ce titre en français qui va passer sur les radios ?
M.A. : Du précédent album, le titre « Rose » est passé en commission sur Europe 2. Mais il a été retoqué parce qu’il était en breton ! Donc oui, on va pousser notre titre en français. Et si ce titre fonctionne en national, les gens vont découvrir notre album et donc une autre langue. C’est bien pour la diversité culturelle.

Et pourquoi un titre en anglais ?
M.A. : On a été confronté à une problématique de sonorité. Olivier a apporté une instru que je trouvais géniale. On a commencé à écrire des lignes mélodiques en breton, mais ça ne fonctionnait pas. J’ai essayé en français, pareil. Il restait l’anglais. On a fait appel à un copain anglais pour nous aider sur les paroles. Et comme c’est un titre pop, ça fonctionne très bien. Mais on ne veut pas devenir un groupe de pop qui chante en anglais !

« Lies » a été enregistré quand et où ?
M.A. : Il a été enregistré en juin 2024 au Garage Hermétique à Rezé. Pierre Le Gac (Ingénieur du son du studio, ndlr) avait mixé notre premier album. On était super content donc on a décidé de faire la totalité de l’enregistrement de « Lies » chez lui. Le tout a pris une semaine. C’est rapide parce qu’on bosse beaucoup les démos avant. On arrive on est prêt. On travaille déjà sur le troisième album.

Déjà !
M.A. : Oui, il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Il ne faut pas se faire oublier. On est dans un milieu ultra compétitif avec des milliers de groupes chaque jour. Quand on n’a pas le succès qui permet de faire un break, il faut continuer à bosser. Et cela reste notre passion. Il y a pire. On entre en studio en mai pour le troisième album.

Avec plus de titres en français ?
M.A. : Pour l’instant, ça reste majoritairement du breton. Quand même ! Mais on arrivera à deux ou trois titres en français.

Pour « Lies », les médias bretons continuent à vous soutenir ?
M.A. : Oui toujours ! Ici Breizh Izel (ex France Bleu Breizh Izel, ndlr) est là depuis le début, les radios régionales aussi, tout comme France 3 Bretagne. On est très soutenu. En revanche, pour le live, c’est plus compliqué. Pour les festivals, on est associé à l’univers folklorique parce qu’on chante en breton, alors que souvent, ils n’ont pas écouté l’album. Le cloisonnement par la langue est typiquement français. Des artistes sont montés à Paris pour réclamer plus de langues régionales sur les ondes nationales, mais ce n’est toujours pas le cas. Alors que la langue régionale fait partie du quota français des radios. C’est pour ça qu’on ne veut pas se tirer une balle dans le pied en ne chantant qu’en breton. Quelque 100 000 locuteurs en Bretagne, ça ne suffit pas.

Quel est le profil de votre public ?
M.A. : Un peu tout le monde. Mais en majorité, se sont les gens de notre âge, les 35 – 45 ans. Du fait des influences pop, rock. Après, notre musique parle aussi à tous les jeunes qui sont dans les filières bilingues.

L’album sort en vinyle ?
M.A. : Non, ça a un coût. Mais peut-être pour le troisième. Il y a une vraie demande.

Hervé DEVALLAN
Madelyn Ann « Lies » (Aztec Music)
Sortie le 7 février 2025

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