Le piano est avec la guitare l’instrument de musique le plus jouer au monde. Les tarifs varient du simple au centuple, parfois bien davantage pour les pièces d’exception. Bretagne Actuelle vous propose d’en faire entrer un dans votre bibliothèque.

Certaines statistiques assurent qu’un Breton sur dix possède un piano… sans en préciser l’état. La plupart sont dans nos salons par héritage, là où d’autres y ont trouvé place suite au souhait d’apprendre à en jouer. Hélas ! Sans réelle constance ni véritable obstination, l’instrument devient vite un meuble décoratif qui se transmet au fil des générations. Il y a donc énormément de pianos en Bretagne, surtout chez Emmaüs, là où beaucoup finissent leur carrière.

Une démocratie trompeuse

Par la vertu de son véritable nom, pianoforte, il partage la musique en deux types de sons : forts et doux ; une musicalité bicolore, à la fois ébène et ivoire, propre à quelques dièses et autres bémols qui, au fil d’un voyage acoustique, mène à des sonorités particulières, chacune avec ses propres couleurs mélodiques. Notons de surcroît qu’il n’est pas indispensable de savoir jouer du piano pour lui faire émettre une douceur lancinante ; en époussetant les touches d’un seul geste, on obtient un glissando là où bien d’autres instruments se montrent plus capricieux et réfractaires au premier abord. Ainsi peut-on dire que le piano est d’une approche démocratique… mais fort trompeuse.

Sa maîtrise est d’une exigence redoutable pour qui envisage le soumettre à ses compétences. La maestria n’y suffit pas. Seul un travail quotidien en vient à bout. L’instrument a aussi des exigences qualitatives. Plus on progresse et plus sa facture doit être performante. Si les moins chers se dénichent pour quelques euros dans les brocantes ou sur Internet, les plus belles pièces avoisinent des sommes himalayennes ; quant aux pianos de concert, certains modèles : Steinway D… Yamaha CFX… Bösendorfer Impérial… approchent et parfois dépassent les 300.000 euros, soit le prix d’une Aston Martin DB 11 ou, pour les plus exceptionnels, celui d’une Rolls-Royce Phantom, avec le même nombres de pédales… bien que leur musique soit différente.

Un piano dans la bibliothèque

Les objets du quotidien sont comme les soldats d’une guerre : leur avancée culturelle sur un territoire (région… pays… continent…) s’engage au fur et à mesure d’une redoutable lutte culturelle et civilisationnelle. Le piano s’est installé en Europe mieux que ne l’aura fait Napoléon. Il occupe encore les territoires conquis par l’Empereur, là où ce dernier a dû fuir à reculons sans avoir unifié l’Allemagne comme il le souhaitait. Bref ! Le piano est un héros des temps modernes, chaque concert témoigne de son existence, comme dans la bande dessinée Interlude, de Céline Pieters et Celia Ducaju.

Hiver 1944. Nous sommes dans les Ardennes. Des soldats Américains observent un parachute en descente. Il est porteur d’un authentique Steinway protégé par une caisse peinte en vert olive, couleur de leurs uniformes. Dès lors, nos militaires interprètent des airs populaires afin d’oublier la triste réalité du quotidien. Lorsque les Allemands lancent une attaque-surprise, ils doivent immédiatement plier bagage. Abandonner le piano ? Trois d’entre eux s’y refusent. Ils négocient. Un gradé leur donne quarante-huit heures pour rejoindre la compagnie avec le précieux instrument ; au-delà, ils seront accusés de désertion.

Les archives de guerres méconnaissent cette histoire. Et pourtant ! 2436 Steinway surnommés Victory Verticals furent expédiés sur le front par l’armée américaine entre 1943 et 1945. Ils étaient conçus pour supporter les conditions climatiques de chaque région ; souvent des pianos droits, modèle Regency, réadaptés à l’usage militaire. L’US Army acheta 405 Victory Verticales en 1943, suivi huit mois plus tard par une autre commande de 800 instruments. En 1944, les forces américaines émargèrent un bordereau pour 589 pianos supplémentaires au prix de 486 $ l’unité : les désormais célèbres G.I. pianos, dont certains, malgré leur robustesse, ne résistèrent pas aux conditions éprouvantes du front – qu’il soit au cœur des Ardennes ou sous la mousson philippine.

Touristes du clavier ou professionnels de la gamme

Les statistiques sont d’ailleurs prometteuses puisque de plus en plus d’enfants apprennent à jouer du piano. Après avoir traversé un siècle chaotique de catastrophes planétaires plus effroyables les unes que les autres, l’instrument est encore là, sous ses différentes formes classiques : droit… à queue… acoustique… ; mais aussi plus modernes : numérique… Hybride… etc. Bien entendu, les progrès de chaque élève sont à la mesure du temps qu’il accorde aux leçons, la régularité est également un facteur de réussite. Tous les professeurs conseillent d’apprendre le solfège en parallèle… S.O.L.F.È.G.E… Sept lettres, comme les sept notes de la gamme, pour un mot qui souvent effraie. À tort !

Comme pour l’apprentissage d’une langue étrangère, avec un peu de vocabulaire, de méthodologie et de pratique régulière, la motivation peut chasser une légitime crainte et laisser place à la maîtrise d’un nouveau langage : celui de la musique. Les méthodes ci-dessous proposées privilégient l’expérimentation plutôt que la théorie. Bretagne Actuelle les a choisies parce qu’elles favorisent l’approche du piano comme un véritable moyen d’expression, une ultime détente redevenue à la mode grâce à un système d’apprentissage moins autoritaire et mieux adapté aux pédagogies contemporaines. Ainsi, les touristes du clavier n’auront désormais plus à rougir face aux professionnels de la gamme.

« La musique est plus essentielle pour les vivants que les cercueils ne le sont pour les morts. »
Théodore Steinway

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Octobre 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Outre les publications énumérées ci-après, cet article est inspiré d’un essai allemand (en deux parties) signé Dieter Hildebrandt : Pianoforte. Der roman des Klaviers im 19. Jahrhundert et Piano. Piano ! Der roman des Klaviers im 20. Jahrhundert.

Interlude
Une BD de Céline Pieters & Celia Ducaju aux éditions Dargaud – 104 pages – Couverture cartonnée – 21,00€

La Partoche, une BD (humoristique pour comprendre les notes) de Damien J. Jarry chez Hit Diffusion – 82 pages – Format A5 – 10,90€

Destination : musique (solfège – volume 1), formation musicale en 7 volumes chez Hit Diffusion – 86 pages incluant des portées vierges – 26,60€

Beau comme un piano, méthode pour débutants de Mathilde Carré chez Hit Diffusion – 110 pages – 26,90€

La méthode Pianorama, méthode pour débutants de D. Le Guern & R. Cohen chez Hit Diffusion – 110 pages – 24,90€

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