10/18 : Le format idéal d’un monde à portée de pages HermineHermineHermineHermine

Un auteur anglais… deux Américains… un Japonais… un Français… Voici cinq livres de poche dernièrement (ré)édités chez 10/18.  Autant de textes qui flirtent avec l’hédonisme de la lecture grâce à des histoires riches de la vie des autres… distrayante… amusante… larmoyante…

Fondées par Paul Chantrel en 1962, les éditions 10/18 sont avec J’ai Lu, Pocket, Le livre de Poche et Folio, l’une des cinq maisons « poche » essentielles de la littérature française. Haruki Murakami… Claude Izner… Jack London… Ellis Peters… Boris Vian… Tous participent au catalogue, y compris ceux présentés ci-dessous.

Widow Land de C.J. Carey, 456 pages – 9,20 €

Nous sommes à Londres en 1953. Le Royaume-Uni est un protectorat conduit par l’administration hitlérienne depuis l’écrasante victoire de l’Allemagne nazie. Edward VIII et Wallis Simpson se préparent à leur couronnement. Rose Ransom a pour charge la modification des textes littéraires avant leur (re)publication. Les héroïne de Jane Austen, Charlotte Brontë ou des frères Grimm se doivent d’être de parfaits modèles ariens… jusqu’à ce que les phrases censurées réapparaissent en graffitis sur les murs de Londres. Et c’est Rose que l’on envoie au cœur des Widowlands, banlieues délabrées où l’on confine les femmes insoumises, pour démasquer les traitresses… MADE IN ENGLAND… A la fois uchronie (évènements fictifs à partir d’un point de départ historique), dystopie (fiction décrivant un monde utopique sombre), et enquête policière peu banale, ce roman fourmille de détails en descriptions d’aspects sociologiques passionnants malgré le choix d’un axe politique fort improbable. Retenons toutefois l’idée merveilleuse que la littérature peut changer les gens et leur façon de percevoir le monde. On pense au sublime Complot contre l’Amérique de Philippe Roth… A l’incontournable Fatherland de Robert Harris… Au surprenant et très long (7 tomes) Thursday Next de Japser Fforde… Et pourquoi pas ? au déroutant Civilizations de Laurent Binet… Bref ! Widow Land (la ville des veuves) est une plaisante distraction qui embellira le temps des lectures hivernales.

Traquenoir de Ed Lacy, 240 pages – 8,00 €

Toussaint Marcus Moore est un détective afro-américain peinant à vivre de son métier. Engagé pour retrouver un criminel dont l’arrestation constitue le clou d’une émission de téléréalité, il doit suivre cet homme blanc, qui, malgré une filature médiatisée, se fait assassiner. Toussaint devient alors le premier suspect ; si on l’arrête, il est bon pour la chaise électrique. Charge à lui de retrouver rapidement le véritable coupable… MADE IN USA… Couronné en 1958 par le prix Edgar Allan Poe, cette histoire sombre oubliée des bibliothèques justifiait une réédition. Et quelle réédition ! Enfin découvre-t-on Ed Lacy – pseudonyme « policier » de l’écrivain Leonard Zinberg (1911-1968) – dans une version française digne de ce nom ; qui plus est judicieusement préfacée par le traducteur, Roger Martin, spécialiste de la littérature policière à qui il arrive également d’écrire sous pseudonyme, en l’occurrence celui de Kenneth Ryan. Un roman noir tout autant visionnaire son auteur : Ed Lacy c’est l’avant Chester Himes qui excella dans la description des tensions interraciales et des inégalités sociales, sans bien entendu négliger le suspense propre au genre. Épatant !

Les Sirènes de Malibu de Taylor Jenkins Reid, 80 pages – 9,60 €

Malibu. Août 1983. Nina donne sa garden-partie annuelle à laquelle tout Los Angeles rêve d’être invité. La seule personne à ne guère partager cet enthousiasme est Nina elle-même qui, sous la séduisante façade de la réussite, cache un terrible secret. Si à minuit la fête bat son plein, dès l’aube le palais de verre des invités sera en flammes. Une description sautillante d’un milieu happy few qui évolue ente Malibu et les plages du Pacifique, en passant par l’emblématique PCH (Pacifique Coast Highway) ; même si, au bout du compte, le portrait de Nina et de sa fratrie ne fera rêver personne malgré les strasses et les paillettes… MADE IN CALIFORNIA… Tout commence et tout finit dans les flammes, on le sait dès les premières pages, il y aura un incendie, reste à savoir sous quel forme et à quel moment le feu s’attaquera aux paysages californiens de Taylor Jenkins Reid qui n’en est pas à son coup d’essai. On se souviendra de One True Love et Maybe in Another Life, hélas ! toujours pas traduits en français, malgré des histoires plaisantes ; certes, nous sommes loin de Stendal mais ce n’est pas non plus vendu comme l’étant. Les Sirènes de Malibu respirent la crème solaire et les embruns. L’essentiel est d’y avoir pris plaisir. Un plaisir de lecture facile. Et alors !  Ce retour dans la Californie des années 1980 est jubilatoire et ensorcelant.

Abandonner un chat de Haruki Murakami, 96 pages illustrées en couleur sur papier glacé – 9,20 €

On ne présente plus Haruki Murakami. Alors qu’il avait cinq ou six ans, lui et son père sont partis à bicyclette abandonner un chat sur la plage. Mais pourquoi diable ! ne pas l’avoir gardé ? L’auteur ne se souvient plus de tous les détails relatifs à cet abandon, ce dont il se rappelle en revanche, c’est qu’au retour à la maison, le chat était là, et, sur le visage de son père, il y avait de la surprise… de l’admiration… et du soulagement… MADE IN JAPAN… Très bel objet que ce petit livre illustré par la magie talentueuse de l’italien Emiliano Ponzi. Haruki Murakami est un magicien des scènes de la vie ordinaire. Il offre ses lettres de noblesses à l’insignifiant de tous les jours grâce au portrait lacunaire d’un père marqué par la douloureuse expérience de l’abandon. Ce texte est en quelque sorte une absolution à la famille, même (et peut être surtout) lorsqu’elle est imparfaite. « Il y a toujours eu des chats à la maison. Je crois que nous vivions heureux avec eux. Pour moi, ils ont toujours été des amis merveilleux. Étant fils unique, mes compagnons les plus précieux étaient les livres et les chats. »

Qui a tué le minotaure ? de Claude Izner, 288 pages – 16,90 €

Mars 1926. Un mystérieux Arlequin cherche à frayer chemin dans une foule carnavalesque pour rattraper la troupe des comédiens. Le lendemain, Sammy tambourine à la porte de son ami Jeremy, car la police le soupçonne d’être mêlé à la mort d’un médecin retrouvé gisant en costume de Minotaure. Le meurtre s’avère beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et l’enquête va devoir augurer de tous les talents d’un détective opiniâtre et rusé pour innocenter Sammy… si tant qu’il soit défendable.  MADE IN FRANCE… Claude Izner est le nom de plume unifié de deux sœurs :  Laurence Korb et feue Liliane Korb, l’une et l’autre bouquinistes sur les quais de Seine. Elles se sont faites spécialistes des décors de la Belle Époque et de ceux des Années Folles. Les images au sein desquelles évoluent Les enquêtes de Victor Legris et Les aventures de Jeremy Nelson, sont soignées, belles, un peu folles, chaque fois comme la période qui leur sert de toile fond. Qui a tué le minotaure est leur dernière publication à quatre mains. Découvrir Claude Izner, c’est y revenir un jour ou l’autre.

Jérôme Enez-Vriad
© Décembre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

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